DEBRET Sylvain, écrit parfois par erreur DEBRÉ

Par Michaël Boudard

Né le 30 décembre 1880 à Bourges (Cher), mort le 29 juin 1931 à Nevers (Nièvre) ; typographe ; militant socialiste puis communiste, exclu en 1928 ; syndicaliste CGT puis CGTU et libre-penseur.

D’abord typographe à Épinal (Vosges) à la fin du 19e siècle, Sylvain Debret vint s’installer à Nevers en 1901 et s’y maria en juin 1902. En mai 1905, lors de la fondation du Prolétaire de la Nièvre, journal de la Fédération départementale des syndicats, il fut membre du comité de rédaction. Faisant partie de la Bourse du Travail dont il devint le secrétaire-adjoint, il fut adhérent au syndicat du Livre (il en était le secrétaire) lorsqu’éclata, en avril 1906, la grève générale des typographes dont il s’affirma comme l’un des chefs à Nevers. Lui-même travaillait alors à l’imprimerie Vallière, l’une des plus importantes de la ville, éditant alors le Journal de la Nièvre, organe de droite le plus influent et le plus diffusé à l’époque.
Renvoyé pour son action syndicale, Sylvain Debret fonda avec d’autres hommes (dont Henri Saint-Eloy), une coopérative ouvrière appelée « l’Imprimerie Nouvelle l’Avenir ».
À côté de ses activités professionnelles et syndicales, Sylvain Debret était également membre de la Société de la Libre-Pensée de Nevers et membre du groupe de Nevers du Parti socialiste ; il fut d’ailleurs nommé en avril 1912 secrétaire adjoint à la rédaction du journal Le Socialiste Nivernais, l’organe de la Fédération socialiste de la Nièvre (SFIO).
Durant la Grande Guerre, il fut dans un premier temps exempté pour raisons médicales avant d’être finalement incorporé à partir de mai 1917 au 13e régiment d’infanterie puis au sein d’un régiment d’artillerie de campagne.
Ayant rejoint le Parti communiste à sa naissance, Sylvain Debret en devint l’un des principaux responsables. Et, en février 1922, lors de la fondation de l’Union départementale unitaire rattachée à la CGTU (Confédération Générale du Travail Unitaire), il en fut nommé secrétaire-adjoint (Antoine Coudert est le secrétaire). Il assista en septembre 1922 au congrès fédéral de l’Yonne où fut décidée pour des raison financières la fusion de la presse communiste du Loiret, de la Nièvre et de l’Yonne sous les titre Le Travailleur ; il fut membre du comité de rédaction mais en démissionna après le congrès de Paris.
Il entra dans l’arène politique pour les élections législatives au scrutin de liste de 1924 : Sylvain Debret fut l’un des quatre candidats avec Bailly, Louis Petit et L.-E. Ruhlmann. Il obtint 9 720voix sur 70 669 votants (la liste socialiste 29 033 voix) Et, il était présent sur la liste communiste lors des élections municipales de 1925 à Nevers. Il s’occupa également de faire la liaison entre les communistes nivernais et le journal Le Travailleur, basé dans l’Yonne, et distribué dans la Nièvre (il est l’un des principaux rédacteurs d’articles pour ce journal). Le 13 juillet, il fit une déclaration de gérance de l’hebdomadaire Le Morvan ouvrier et paysan (F7/13004).
Entre octobre et décembre 1927, Sylvain Debret fut l’un des délégués envoyés en Russie pour la célébration du 10e anniversaire de la Révolution. Dès son retour de ce voyage d’études, il fit de nombreuses conférences dans les villes nivernaises pour vanter le modèle soviétique ; il se rendit également à Bourges pour en parler.
Lors des élections législatives d’avril 1928 qui marquèrent le retour au scrutin d’arrondissement, Sylvain Debret fut choisi pour porter le drapeau du Bloc Ouvrier et Paysan dans la seconde circonscription de Nevers. Les autres candidats communistes étaient avec Louis Bailly, Louis Petit, Rulmann et Ernest Girault. Il arriva en troisième position avec près de 17 % des voix, derrière le socialiste SFIO Claude Guillon (21 %) et Fernand Corcos, ancien SFIO, candidat pour le Parti républicain-socialiste et socialiste français (14,5 %). Le candidat des droites, José Germain, fut en tête avec 45,6 % des voix. Est-ce parce que l’ensemble des voix de gauche peut permettre de battre la droite ? Est-ce parce que c’est un ouvrier bûcheron, Claude Guillon*, secrétaire du syndicat des bûcherons de Saint-Benin-d’Azy et membre du comité général de la Bourse du Travail de Nevers, qui pourrait l’emporter et devenir député ? En tous les cas, Sylvain Debret refusa de se soumettre à la tactique du Parti qui refusait de se désister au profit des socialistes. Ne voulant pas faire le jeu de la droite, il se désista pour Claude Guillon, finalement élu au scrutin de ballottage. Un mois plus tard, le groupe communiste de Nevers « considérant les actes d’indiscipline grave commis par les camarades Coudert et Debret, qui ont, par leur attitude, saboté la tactique électorale du Parti au second tour, décida leur exclusion définitive du Parti ». La conférence communiste régionale réunie le 3 juin 1928 examina son cas avec ceux de Maurice Boin et Louis Aurin "qui ont manqué de fermeté politique et ratifia son exclusion.
Trois ans plus tard, après son décès à l’âge de 51 ans, les deux journaux de gauche mentionnèrent ses qualités humaines : la Tribune du Centre, socialiste, précisait que « bien qu’il se fît remarquer souvent par quelques brutalités de langage, c’était au demeurant un grand cœur » et de « nombreux camarades avaient su apprécier ses qualités ». L’Émancipateur, communiste, mentionne « qu’il s’était séparé de nous, il y a quelques temps, mais était resté le militant honnête que nous avons toujours connu ». Et le journal de la CGT, Le Prolétaire écrivit : « D’un tempérament fougueux, il se passionnait facilement et prenait une large part dans nos discussions où il apportait toujours sa manière de voir, n’ayant pour idéal que la défense des intérêts de la classe ouvrière. Doué d’un cœur généreux, il réservait toujours le meilleur accueil aux appels à la solidarité qui lui étaient soumis, tant au point de vue moral que financier. »
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Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article178681, notice DEBRET Sylvain, écrit parfois par erreur DEBRÉ par Michaël Boudard, version mise en ligne le 20 février 2016, dernière modification le 29 mai 2020.

Par Michaël Boudard

SOURCES : Arch. Dép. Cher : état civil de Bourges ; registre matricule (classe 1900) ; journal L’Émancipateur. — Arch. dép. Nièvre : état civil et recensements de Nevers ; M 364 (élections législatives de 1924) et M 366 (élections législatives de 1928) ; M 3354 (syndicats) ; journal La Tribune du Centre. — Arch. Dép. Yonne : journal Le Travailleur. — L’Observateur du Centre. — Le Socialiste Nivernais. — L’Émancipateur. — Notes de Éliane Laurent.

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