THOREZ Maurice [fils]

Par Paul Boulland, Jacques Girault

Né le 26 juillet 1926 à Noyelles-Godault (Pas-de-Calais), mort le 24 août 2012 à Autun (Saône-et-Loire) ; instituteur ; militant communiste à Drancy (Seine-Saint-Denis).

Fils aîné de Maurice Thorez, secrétaire du Parti communiste, né de son union avec Aurore Membœuf, Maurice Thorez fut longtemps tenu éloigné de son père, notamment à la fin des années 1920, au cours desquelles ce dernier fut contraint à la clandestinité puis emprisonné. Après la séparation de ses parents, en 1934, le jeune Maurice fut élevé par sa mère, devenue la compagne d’Eugen Fried, émissaire de l’Internationale communiste (IC) auprès du PCF. Dès l’interdiction du PCF en septembre 1939, Fried se réfugia en Belgique ; Aurore Memboeuf et son fils, ainsi que Maria, la fille de Fried et d’Ana Pauker, le rejoignirent à Bruxelles où ils vécurent dans la clandestinité. Au cours de l’année 1940, Eugen Fried réclama à plusieurs reprises aux dirigeants de l’IC le départ de sa famille vers Moscou. Il réitéra sa demande en avril 1942, insistant sur le fait que le jeune Maurice, désormais âgé de quinze ans, pouvait être aisément reconnu, en raison de sa grande ressemblance avec son père. Malgré l’accord d’André Marty et de Géorgi Dimitrov, le départ ne fut pas organisé. Le 17 août 1943, Fried fut abattu par la Gestapo à Bruxelles. Aurore Memboeuf et le jeune Maurice, accompagnés de Maria, parvinrent à quitter Bruxelles. Pris en charge par l’appareil clandestin du PCF (notamment par le couple Bruneau), ils furent cachés à Amiens (Somme) puis à Bougival (Seine-et-Oise, Yvelines).

Après la guerre, Maurice Thorez reprit ses études, obtenant le premier et le second baccalauréat, mais renonça à poursuivre en classe préparatoire scientifique. Il adhéra au Parti communiste français en 1948. Sa relation avec son père devint alors plus régulière, notamment lorsque ce dernier séjourna en URSS à partir de fin 1950, pour sa convalescence, et il échangea avec lui une correspondance nourrie, où le fils multipliait les témoignages d’affection et d’admiration à l’égard de son père. Il était également très proche de sa belle-mère Jeannette Vermeersch. Au début des années 1950, il était instituteur remplaçant, assurant notamment des heures d’enseignement à l’école des garçons de la rue des Petits-Hôtels et au collège Jean-Poulmarch, à Paris (Xe arr.). Habitant Drancy, il devint secrétaire de la section communiste, responsabilité qu’il conserva jusqu’en 1956. À ce titre, il intervint dans les conférences de la fédération communiste de la Seine (Montreuil,14-16 décembre 1951 et Aubervilliers, 27 février-1er. mars 1952). En 1951, il rendit compte de l’activité des communistes à Drancy, notamment au sein de l’« Union patriotique drancéenne pour la paix ». Le compte rendu des travaux de cette conférence le présentait ainsi : « Le fils du secrétaire général du Parti est chaleureusement applaudi. Il remercie les délégués de cet accueil qui s’adresse à son père ». En 1952, il approuva la décentralisation de la fédération de la Seine. Après la violente manifestation contre le général Ridgway, le 28 mai 1952, il fut identifié sur des clichés des participants et fut recherché par la police pour atteinte à la Sûreté de l’État. Il passa dans la clandestinité et se réfugia à Quenoche (Haute-Saône), avant de se rendre à la fin du mois d’août. Il fut alors emprisonné à la Santé. Au début de l’année 1953, il joua un grand rôle dans la préparation du retour de son père en France et de son aménagement à Bazainville (Seine-et-Oise, Yvelines).

En décembre 1953, Maurice Thorez fut élu au nouveau comité fédéral de Seine-Nord-Est et intégré au bureau fédéral, dont il resta membre jusqu’en 1962. Devenu instituteur à Drancy, il se maria dans cette commune en mars 1957 avec une institutrice. Le couple eut six enfants : Catherine, Clément, Laurence, Manuel, François et Nathalie. Responsable local du Mouvement de la Paix, Maurice Thorez devint membre de son bureau départemental et de son comité national à partir de 1956. Dans le bureau fédéral du PCF, il était responsable du Mouvement après 1959. En mai 1962, il demanda à ne pas être réélu au comité fédéral, en raison de problèmes de santé. En juin suivant, il ne fut par réélu, de même qu’il quitta le comité de section de Drancy. À cette date, il était devenu administrateur permanent de l’hebdomadaire communiste France Nouvelle. En 1964, les responsables communistes de Drancy espéraient qu’il pourrait reprendre ses activités au sein de la section, mais il ne fut pas réélu au comité de section.

En mai 1969, Maurice Thorez intervint dans les débats sur l’histoire du PCF. Dans une lettre au journal Le Monde, il affirma le rôle d’Eugen Fried comme initiateur de la politique de Front populaire, rendant plus largement un hommage appuyé à son beau-père.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article178777, notice THOREZ Maurice [fils] par Paul Boulland, Jacques Girault, version mise en ligne le 27 février 2016, dernière modification le 3 avril 2019.

Par Paul Boulland, Jacques Girault

SOURCES : Arch. du comité national du PCF. — Arch. de la fédération PCF de Seine-Saint-Denis. — Le Monde, 11 mai 1969. — Annette Wieviorka, Maurice et Jeannette : biographie du couple Thorez, Paris, Fayard, 2010. — Témoignage de Roland Leroy.

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