PALANT Charles

Par Michèle Krivine, Marie-Paule Valentini

Né le 27 septembre 1922 à Paris (XIIe arr.), mort le 26 février 2016 ; déporté ; fondateur, secrétaire général, vice-président puis président délégué du MRAP de 1950 à 1996 ; délégué du MRAP à la Commission nationale consultative des Droits de l’homme ; membre du PCF.

Les parents de Charles Palant , arrivés de Pologne l’année de sa naissance, s’étaient installés à Belleville comme de nombreux juifs de même origine. Son père, mécanicien dans la confection, était de tendance anarcho-syndicaliste .En 1934, Charles Palant obtint son certificat d’études primaires et entra en apprentissage chez un petit patron maroquinier en 1935. Il adhéra en 1938 à la LICA et devint membre du secrétariat de la Seine.
Réfugié à Lyon pendant la guerre, il fut arrêté par la Gestapo avec sa mère et sa jeune sœur qui ne revinrent pas de déportation. Il fut interné au fort de Montluc, transféré au camp de Drancy, déporté à Auschwitz, participa à la marche de la mort en janvier 1945 vers Buchenwald où il adhéra au PCF. Libéré en avril 1945, il revint à Paris, puis devint vice-président des jeunes de la LICA lors de sa reconstitution en 1946. Le 22 mai 1949, il prit la parole au congrès de fondation du MRAP au cirque d’Hiver et fut exclu de la LICA qui n’acceptait pas la double appartenance.
De 1950 à 1969, il fut secrétaire général du MRAP, non permanent, sous les présidences d’André Blumel, de Léon Lyon-Caen et de Pierre Paraf, puis, à partir de 1969, l’un des vice-présidents de l’organisation et de 1979 à 1996, membre de la présidence collégiale.
Dans les années 1950, il fut très actif dans les quatre grandes campagnes menées par le MRAP : campagne pour la signature de l’appel de Stockholm en 1950, contre les lois d’amnistie des anciens collaborateurs en 1951 et 1952, pour la défense des Rosenberg, (il fut l’un des principaux orateurs du meeting du 17 juin 1953 qui réunit 150 000 personnes place de la Nation à Paris), enfin contre le projet de la CED entre 1952 et 1954.
Toutes ces campagnes furent menées aux côtés du PCF dans un contexte de guerre froide ; Charles Palant analysa plus tard les erreurs d’appréciation du MRAP liées à un soutien trop inconditionnel à l’URSS : absence de réaction lors des procès Rajk et Slansky, de l’affaire des Blouses Blanches en 1953, des événements de Budapest et de la publication du rapport Khrouchtchev en 1956.
Par ailleurs, Charles Palant, en tant que membre du MRAP et du PCF, était collaborateur du comité central de ce parti ; il figura en septième position sur la liste du troisième secteur de Paris aux élections du 2 janvier 1956 qui virent la victoire du Front républicain.
Dans les années 1960, il fut partie prenante des actions très diversifiées du MRAP. En mars 1960, il fit partie de la délégation qui se rendit à l’ambassade d’Afrique du sud pour protester contre l’apartheid et le massacre de Sharpeville. Le 8 novembre 1961, il présida un meeting du MRAP à Paris contre la répression dont furent victimes les Algériens le 17 octobre. En 1963, il fut le premier témoin à charge devant la Haute Cour de la RDA au procès par contumace du Docteur Globke, secrétaire général du gouvernement de Bonn, qui au temps du nazisme avait mis en forme les lois anti-juives de Nuremberg. Aux côtés d’autres organisations, il participa à la campagne pour l’imprescriptibilité des crimes contre l’Humanité qui contraignit la RFA à l’intégrer dans son droit. Il dénonça l’antisémitisme qui sévissait dans certains pays de l’Est sous couvert d’antisionisme et adressa une lettre publique de protestation au premier ministre polonais en 1967. Cette même année, au moment de la guerre des 6 jours, il présida un meeting du MRAP à la Mutualité où il défendit à la fois le droit à l’existence de l’Etat d’Israël et l’ouverture de négociations prenant en compte les intérêts légitimes de la communauté nationale arabe de Palestine. Durant cette décennie, Charles Palant participa activement auprès de Léon Lyon-Caen à l’élaboration et à la diffusion de la proposition de loi contre le racisme qui fut adoptée à l’unanimité par le Parlement en 1972.
Il fut de toutes les manifestations contre le racisme et l’antisémitisme (Copernic en 1980, Marche pour les libertés en 1983) et l’organisateur des Assises du MRAP contre le racisme à l’UNESCO en 1984. Cette même année, il fut désigné représentant du MRAP à la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme. Lui-même avait été victime d’un attentat raciste à son domicile en février 1977.
En 1987, il fut partie civile au procès Barbie à Lyon, en tant que membre du MRAP.
En 1996, en désaccord avec les formes du soutien aux Palestiniens, il refusa d’être renouvelé à la présidence collégiale du MRAP. Il se consacra alors aux organisations ayant en charge la mémoire de la déportation. Vice-président des Anciens Déportés d’Auschwitz, administrateur de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, il participa à des débats dans les lycées et collèges et à la rédaction d’un ouvrage destiné aux enfants de 9 à 14 ans dans la collection « Histoires vraies »financé par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et distribué par l’Éducation nationale dans les écoles de France.
Charles Palant avait épousé en 1946 Daisy Safan, dont les parents et la petite sœur avaient été déportés à Auschwitz en 1942. Le couple eut trois filles, Eliane, médecin psychiatre, Francine, professeure d’Université et Judith, cadre de gestion.
Au plan professionnel, Charles Palant créa une PME de maroquinerie qu’il ferma en 1956 ; il devint salarié, représentant puis directeur commercial d’une papeterie en gros. En 1965, il devint directeur commercial d’une imprimerie sur textile pour laquelle il fit de nombreux voyages professionnels dans les pays de l’est européen. Il prit sa retraite professionnelle en 1982.

Mort le 26 février 2016, l’inhumation eut lieu au cimetière du Père-Lachaise le 2 mars.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article178974, notice PALANT Charles par Michèle Krivine, Marie-Paule Valentini, version mise en ligne le 4 mars 2016, dernière modification le 30 mai 2020.

Par Michèle Krivine, Marie-Paule Valentini

OEUVRE : Je crois au matin (autobiographie).

SOURCES : Chronique d’un combat inachevé, 50 ans contre le racisme, Éditions Le Temps des Cerises, Pantin, 1999. — Articles dans les journaux du MRAP : Droit et Liberté, puis [Différences. — Alexis Spire, Identités communistes juives en France après la Seconde Guerre mondiale, Mémoire de maîtrise 1995. — Entretiens en 2004. — Le Monde, 1er mars 2016 et 2 mars.

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