BREUILLER Robert, Émile

Par Louis Métral

Né le 1er avril 1917 à Grandchamp (Yonne), mort le 20 avril 2004 à Auxerre (Yonne) ; instituteur ; secrétaire de la section du Syndicat national des instituteurs (SNI) de l’Yonne (1956 -1967), secrétaire de la section départementale de la FEN (1953 -1956), membre du bureau national du SNI (1965-1967) et de la CA nationale de la FEN (1956-1967).

Fils d’un poseur de voies, militant syndical à la CGT et d’une garde-barrière, Robert Breuiller, après ses études primaires à Grandchamp, entra au cours complémentaire de Saint-Fargeau puis à l’école primaire supérieure de Sens. Son père, soucieux d’assurer la promotion sociale de ses enfants (son frère ambitionnait d’être architecte) le poussa à passer le concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs d’Auxerre où il effectua sa scolarité de 1933 à 1936. Les jeunes normaliens étaient très politisés. Militants communistes et socialistes (souvent Pivertistes) discutaient à propos du comité Amsterdam-Pleyel, de l’antimilitarisme, du danger de l’hitlérisme et du danger de guerre, ainsi que du congrès de Tours et du Front Populaire. Les réunions étant interdites dans l’établissement, comme toute participation à des manifestations, ils bravaient l’interdiction et se réunissaient à l’extérieur. Ainsi Breuiller participa au congrès des jeunesses socialistes. Après avoir obtenu le brevet supérieur, le 3 juillet 1936, il adhéra au SNI.

Robert Breuiller, nommé instituteur à Toucy (1936-1937), fut incorporé dans l’artillerie sur la ligne Maginot. Il refusa la proposition de suivre une formation d’EOR, mais libérable en août, fut mobilisé et affecté à l’État-major du Commandant. Après l’armistice, il fut interné avec sa compagnie à Haguenau puis affecté dans une ferme dirigée par des anti-hitlériens près de Stuttgart jusqu’à sa libération, le 29 avril 1945.

Il retrouva un poste d’instituteur à Saint-Martin-des-Champs puis à Auxerre (1945-1946). Il se maria le 16 septembre 1946 à Toucy avec Adeline Chambenoît, institutrice près d’Auxerre, dont il eut trois enfants.

Membre du bureau de la section départementale du SNI depuis 1952, Breuiller devint le secrétaire de la section départementale de la FEN en 1953. Lucien Chevalier, ami de son frère, souhaitait assurer une succession à la tête de la section départementale du SNI après la démission par surprise d’André Moreau, favorable au courant Force ouvrière, qui avait entraîné une vingtaine de collègues avec lui et le refus de Renvosé d’assurer l’intérim à cause de l’existence d’un très fort courant favorable aux ex-unitaires. Sur l’injonction de Denis Forestier, venu donner vie au courant majoritaire lors d’une réunion de militants, dans l’Yonne, en 1956, Breuiller accepta de reconstituer le conseil syndical, bénéficiant de la « neutralité » du courant ex-unitaire ; un fort courant de syndicalisation s’en suivit. Il devint le secrétaire général de la section départementale du SNI.

Élu membre de la commission administrative nationale de la FEN (1959-1967) et membre du bureau national du SNI (1965-1967), Breuiller conserva ses responsabilités départementales comme membre du conseil syndical du SNI (1946-1960), délégué du personnel à la commission administrative paritaire départementale (1956-1968) membre du conseil départemental (1956-1958). Il s’occupa également activement de la Fédération des œuvres laïques qui gérait d’importants centres de vacances en Savoie, à Saint-Jean-de-Monts (Vendée) et des classes de mer après 1968, de la Mutuelle générale de l’Education nationale et de l’Association de placement et d’aide pour jeunes handicapés.

Par sa présence dans le département, Breuiller s’attacha à mieux défendre les positions majoritaires de la direction nationale et de la tendance « autonome ». Dans le cadre du bureau national du SNI, il travailla à mieux faire connaître les problèmes des classes rurales (l’école urbaine était jusque là, à ses yeux, seule mise en valeur) au moyen d’une enquête faite sur le terrain, publiée dans L’École Libératrice (effectifs chargés de 41-43 élèves, classes uniques parfois de 50 élèves, absence de personnel remplaçant) qui eut un grand retentissement dans l’opinion.

L’ampleur du mouvement de contestation de mai 1968 le surprit comme beaucoup d’autres responsables (les locaux du SNI furent « occupés » par des militants minoritaires à Auxerre). Pendant toute cette période, Breuiller participa aux manifestations organisées conjointement par la section de la FEN de l’Yonne et par la CGT, en tentant de canaliser les groupuscules lycéens et en essayant d’éviter toute violence et toute répression policière.

Robert Breuiller passa la main à Yves Debort qui devint secrétaire général de la section du SNI en 1968, la majorité autonome détenant 75 % des mandats. Mis à disposition, il poursuivit ses activités comme secrétaire général (1961-1972) puis comme président de la FOL à partir de 1972 et comme vice-président (1969-1978) de l’œuvre des Pupilles de l’enseignement public. Dans le même temps, il continuait de s’occuper de la gestion des librairies universitaires, composées de plusieurs succursales à Auxerre, Sens et Nevers.

Retraité en 1972, Breuiller, membre de la Fédération générale des retraités, consacra une grande partie de son temps à constituer une documentation (bulletins de la section, histoire de la FOL, des Pupilles, des coopératives scolaires) utilisée par des chercheurs. Il travaillait également à plusieurs études sur le milieu du canton dont il était originaire (histoire locale du monde rural, des journaliers, bûcherons, métayers et fermiers depuis 1789), sur la question de la fuite des instituteurs vers d’autres professions : police, employés de préfecture et l’attrait de la région parisienne qui fit de l’Yonne un département déficitaire obligé de recruter dans le Gard, l’Hérault...

Breuiller fit la guerre comme simple soldat, eut une retraite d’instituteur-adjoint et ne fut titulaire d’aucune décoration.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17902, notice BREUILLER Robert, Émile par Louis Métral, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 17 août 2021.

Par Louis Métral

SOURCES : Presse syndicale. — Renseignements fournis par l’intéressé.

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