BRIFFOD Henri

Par Gilles Morin

Né le 20 décembre 1913 à Bonneville (Haute-Savoie), mort le 30 juin 1987 à Bonneville ; avocat ; résistant ; militant socialiste, secrétaire de la fédération SFIO de la Haute-Savoie ; conseiller général de Bonneville (1945-1951, 1958-1979), député (1951-1958).

Henri Briffod
Henri Briffod
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956

Le père d’Henri Briffod, comptable, était à la tête d’un petit établissement de crédit, la « Banque Briffod » et fut adjoint au maire puis maire de Bonneville. Henri Briffod fit des études au collège de Bonneville puis à la faculté de droit de Paris où il obtint sa licence en droit, avant de devenir avocat en 1936. Il adhéra à la SFIO en 1934 et fut candidat au conseil général à Bonneville en 1937.

Briffod mobilisé en septembre 1939, dans le 4e régiment d’infanterie, fit la campagne de France et, après avoir été fait prisonnier de guerre à Lille. Il fut interné jusqu’à la fin de l’année 1940 au stalag 17 B en Autriche. Rapatrié en France, pour cause de maladie, marié en février 1943 à Neuville-sur-Saône, il occupa d’importantes fonctions dans la Résistance tout en reprenant ses activités d’avocat. Recherché par les Italiens, puis par les Allemands, il entra dans la clandestinité et devint alors responsable de la Résistance dans le Faucigny. Il appartint au Comité départemental de Libération. Il exerça par la suite les fonctions de président d’honneur des combattants volontaires de la Résistance de Haute-Savoie.

À l’issue de la guerre, Briffod fut élu conseiller général SFIO de Bonneville, en septembre 1945, sans adversaire communiste. Il obtint 1953 voix au premier tour (45 % des exprimés) et 2 653 au second contre le candidat MRP, Thollance. Il prit, selon le préfet « d’emblée une place prépondérante » dans l’Assemblée départementale où il fut désigné comme premier vice-président et où il présida par ailleurs la commission départementale. La défaite socialiste aux cantonales de 1949 diminua son influence, mais il dirigea l’opposition départementale durant deux années. Il ne se représenta pas au conseil général en 1951, mais fut réélu en 1958, grâce au désistement communiste, en battant le sénateur MRP Ruin. Il fut réélu régulièrement jusqu’en 1976.

Briffod était devenu le principal responsable socialiste départemental, après le docteur Amédée Guy qui avait réélu député à la première constituante. L’influence du jeune avocat s’étendait aux professions indépendantes, aux milieux ruraux et aux milieux intellectuels régionaux. Il était en effet bâtonnier de l’ordre des avocats du département, avocat-conseil de la Fédération des producteurs de lait, membre du conseil d’administration de la Caisse régionale du Crédit agricole et membre du conseil supérieur de l’Académie de Grenoble. À partir d’octobre 1945, il fut secrétaire de la fédération socialiste et le demeura au moins jusqu’en 1948. À la veille des élections de 1956, il cumulait par ailleurs les fonctions de président des délégués cantonaux de Bonneville, membre du conseil d’administration de la Caisse régionale du Crédit agricole et d’avocat-conseil de la fédération des producteurs de lait. Il s’était fait élire conseiller municipal de Bonneville en avril 1953.

Briffod avait été, sans succès, candidat aux élections législatives d’octobre 1945, deuxième de la liste, mais seul Amédée Guy fut élu. Il n’était pas présent dans la compétition en juin 1946 lorsque Amédée Guy perdit son siège, mais conduisit la liste socialiste en novembre 1946 (elle obtint 14 045 suffrages sur 121 775 exprimés). Le docteur Guy qui avait été élu au Conseil de la République en novembre 1946 était hostile à la Troisième force ; aussi il quitta la vie politique active les années suivantes, laissant la direction fédérale à Briffod qui, lui, défendait la coalition au pouvoir. Briffod fut de nouveau tête de liste socialiste aux législatives du 17 juin 1951. Il fut élu député de la Haute-Savoie, grâce à une alliance avec les radicaux et le RGR sur une liste commune qui s’apparenta au MRP et aux indépendants. Cet apparentement ayant obtenu la majorité absolue, Briffod fut élu, les trois autres sièges allant au MRP.

Au Parlement, Briffod appartint à plusieurs commissions (Justice et législation dont cet avocat fut secrétaire en 1954, immunités parlementaires, moyens de communication et tourisme qui intéressait particulièrement son département alpin, commission de coordination chargée des questions relatives à la Communauté européenne du charbon et de l’acier, et commission d’enquête sur le trafic des piastres). Ses principales interventions parlementaires portaient sur l’éducation et le budget.

Il manifesta rapidement une indépendance d’esprit, voire un esprit frondeur dans le parti socialiste. Adversaire de la Communauté européenne de défense en 1954, il fut de ceux qui contribuèrent à l’échec du projet en votant la question préalable du général Aumeran et, récidiviste dans l’indiscipline, fut exclu du parti pour avoir voté les accords de Londres et Paris en février 1955. Il reçut l’appui total de sa fédération et s’en expliqua lors du débat d’investiture d’Edgar Faure. Quelques mois plus tôt, il avait présenté une motion contre la participation au gouvernement Mendès France, qui recueillit 498 mandats, au congrès extraordinaire de novembre 1954. Exclu pour son indiscipline en février 1955, puis réintégré en juin, Briffod conduisait la liste du Front républicain comprenant de nouveau des radicaux et des indépendants de gauche en janvier 1956. Sa liste, apparentée comme en 1951 avec le MRP et les indépendants, fut battue du fait de la présence de plusieurs listes poujadiste. Aucun apparentement n’étant majoritaire cette fois, les sièges furent répartis à la proportionnelle et l’apparentement poujadiste qui obtenait 16,3 % des suffrages l’emporta sur la liste du Front républicain qui obtenait 15,9 % des voix. Mais l’élu poujadiste, M. Duchoud, étant invalidé - car son apparentement était contestable -, Briffod fut proclamé élu le 9 mai 1956 et revint siéger à l’Assemblée nationale. Hostile à la politique algérienne de Guy Mollet, il fut de tous les combats de la minorité animée par Daniel Mayer, Édouard Depreux et Robert Verdier et fut indiscipliné dans le vote étendant les pouvoirs spéciaux en Algérie le 20 juillet 1957. Il siégea dans les mêmes commissions que dans la législature précédente, intervenant plus activement sur les problèmes locaux, particulièrement dans le débat sur le tunnel du Mont Blanc en 1958.

En mai 1958, Briffod s’opposa au retour au pouvoir du général de Gaulle. Il refusa de voter pour la confiance le 1er juin 1958, n’approuva pas les pleins pouvoirs et la révision constitutionnelle le lendemain. Au congrès national d’Issy-les-Moulineaux de la SFIO, le 13 septembre suivant, il signa la déclaration d’Édouard Depreux appelant à voter non au référendum constitutionnel en rompant la discipline du parti. Il demeura toutefois à la SFIO, redevenant secrétaire fédéral. Il se représenta aux législatives de novembre 1958, mais fut battu. Dans sa profession de foi, il estimait qu’ » il ne pourra être de solution à ce dramatique problème autre que politique, c’est-à-dire résultant de négociations avec les représentants qualifiés de la population sans aucune exclusive, et parmi eux, ceux avec qui nous nous battons ». Il devait demeurer encore près d’un an dans le parti de Guy Mollet, puis rejoignit le Parti socialiste autonome avec une dizaine d’anciens parlementaires en octobre 1959. Il fut secrétaire de la fédération du PSU à sa fondation en 1960-1961 mais rapidement ne se reconnut plus dans ce parti. Élu minoritaire au comité politique national du PSU en avril 1961, il signa la « déclaration des 47 », protestant contre l’organisation du conseil national de juin 1962 et s’éloigna du PSU avec la fin de la guerre d’Algérie.

Briffod se rapprocha de la SFIO en 1964, mais fut ensuite membre de la Convention des institutions républicaines pour laquelle il fut délégué départemental et candidat aux législatives de mars 1967. Il fut encore président de la Fédération de gauche démocrate et socialiste de la Haute-Savoie en septembre 1966. Briffod semble être revenu dans la « vieille maison » avec Alain Savary, avant le congrès d’Épinay, puisqu’il siégeait comme conseiller général PS en 1970 et fut réélu sous cette étiquette en 1976. À partir de 1973, il siégea par ailleurs au Conseil régional.

Titulaire de la médaille de la Résistance, chevalier de la Légion d’honneur, Henri Briffod épousa Andrée Bryas, avec laquelle il eut quatre enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17947, notice BRIFFOD Henri par Gilles Morin, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 24 juin 2010.

Par Gilles Morin

Henri Briffod
Henri Briffod
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956

SOURCES : Arch. Nat., F/1cII/ 154 ; 220, 285 ; 298 ; CAC, 19830172, article 69. — Archives D. Mayer, 3 MA/28. — Arch. OURS, dossiers Haute-Savoie ; fonds FGDS 2/APO/2. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1960. — Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956. — Tribune socialiste, 7 mai 1960, n° 41, 1er juillet 1961. — Directives, 3 août 1962. — Profession de foi, législatives de 1958. — État civil de Bonneville.

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