GUILBERT Désiré, Fernand

Par Daniel Grason

Né le 16 novembre 1900 à Vouneuil-sur-Vienne arrondissement de Châtellerault (Vienne), tué au combat le 23 août 1944 à Paris (IXe arr.) ; employé des chemins de fer, brigadier des gardiens de la paix ; F.F.I.

Désiré Guilbert.
Désiré Guilbert.

Fils d’Ernest, journalier et de Marie-Louise, née Périquiot, cuisinière, Désiré Guilbert alla à l’école primaire. Il effectua vingt-quatre mois de service militaire, en partie à Poitiers au 109e Régiment puis au 130ème Régiment d’artillerie lourde. Il passa quelques mois en 1922 dans la Ruhr en Rhénanie (Allemagne) alors occupée par l’armée française. Deuxième classe, nommé brigadier il fut démobilisé comme maréchal des logis.
Il travailla comme employé aux Chemins de Fer du Nord, il demeurait 17 rue du Pont de Solesmes à Cambrai (Nord).Il adressa en novembre 1924 une première demande au Préfet de Police de Paris où il sollicitait un emploi de gardien de la paix. Il renouvela sa doléance le 31 janvier 1925 où il exposait sa situation, il avait travaillé en tant qu’employé à la régie Franco-Belge des chemins de fer des Territoires occupés. Cette Régie venait d’être supprimée.
Le commissariat de Cambrai fut chargé de recevoir Désiré Guilbert. Il passa l’épreuve de français, un policier lui dicta un texte, extrait : « L’homme chargé de faire respecter la Loi doit commencer par se respecter lui-même.
Il doit donner l’exemple de l’obéissance due à l’autorité publique : être d’une probité intacte et de mœurs irréprochables, avoir de la conduite, de la prudence et de l’activité ».
Il débuta le 11 avril 1925, après une formation d’une année, Désiré Guilbert était affecté au commissariat du XVIIIe arrondissement de Paris, il habita au 21 rue Damrémont. Apprécié d’emblée positivement, il progressa, prit de l’assurance. « Très bon gardien, intelligent, très actif et très dévoué, opérant avec beaucoup de tact et d’initiative. Bonnes connaissances professionnelles. Beaucoup d’autorité. Fera un très bon brigadier », il fut nommé et muté en 1943 au commissariat du IXe arrondissement.
Le 23 août 1944, un groupe franc sous les ordres du gardien de la paix Borne, composé des brigadiers Désiré Guilbert et Thomas de six gardiens de la paix : Chomaudon, Chauvier, Courty, Courdil, Vignals et Coulaud. Deux soldats allemands armés de mitraillettes, revolver en main et grenades à la ceinture qui marchaient rue Lafayette furent repérés par les policiers, ces derniers se postèrent rue Drouot.
Le brigadier Thomas s’avança rue Buffault armé du seul fusil que possédait le groupe, tira sur l’un des soldats le blessant à l’épaule gauche. Le deuxième soldat était blessé à la cuisse par une balle de revolver. Une automitrailleuse allemande passa, échanges de coups de feu, le véhicule ne s’arrêta pas.
Les deux soldats allemands s’étaient réfugiés dans un immeuble, 27 rue Drouot. Désiré Guilbert et Jean Grange n’écoutant que leur hardiesse pénétrèrent dans l’immeuble, ils furent fauchés par des rafales de mitraillettes, Guilbert tomba au pied de l’escalier, Grange s’affaissa dans le couloir. Le revolver du gardien Chomaudon s’enraya, il se replia avec les autres policiers. Le brigadier Robert Thomas parlementa avec les deux allemands, l’un parlait couramment le français, le brigadier s’avança, un soldat allemand refusa de lâcher son arme, il fut désarmé quand il sortit de la maison par le chef de groupe Borne.
Le 28 août Désiré Guilbert fut inhumé au cimetière parisien de Pantin (Seine, Seine-Saint-Denis). Le jeudi 3 janvier 1945, son corps était exhumé et ré-inhumé dans le caveau familial du même cimetière. Une délégation dirigée par un commissaire, un officier, un inspecteur, un inspecteur principal adjoint, deux brigadiers et vingt gardiens de la paix des IXe, XIe, XVIIIe et XXe arr. accompagnaient sa veuve Andrée Guilbert et sa famille.
Désiré Guilbert avait épousé en seconde noces, le 2 septembre 1939, Andrée Von Atzigen en mairie du XVIIIe arrondissement, un fils Gérard, était âgé de deux ans. La préfecture de police nomma un tuteur.
Déclaré « Victime du devoir », Désiré Guilbert fut cité à l’Ordre de la Nation (JO du 20 décembre 1944), décoré de la Légion d’Honneur (JO du 3 janvier 1945). Le ministère des Anciens combattants lui attribua la mention « Mort pour la France », et l’homologua F.F.I. Il fut nommé brigadier-chef à la date du 20 août 1944.
Son nom figure sur la plaque à la mémoire des combattants du IXe arrondissement morts pour la Libération de Paris, sur le monument commémoratif dans la cour de la mairie du IXe arrondissement au 6 rue Drouot, sur la liste des policiers morts pour la Libération de Paris au Musée de la police 4 rue de la Montagne Sainte-Geneviève à Paris (Ve arr.), enfin sur la plaque commémorative au 27 rue Drouot :
« Ici le 23 août 1944 le Brigadier Guilbert Fernand [Désiré] et le Gardien de la paix Grange Jean-Pierre du 9ème arrondissement ont trouvé une mort glorieuse pour la Libération de Paris ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article179607, notice GUILBERT Désiré, Fernand par Daniel Grason, version mise en ligne le 26 mars 2016, dernière modification le 13 novembre 2022.

Par Daniel Grason

Désiré Guilbert.
Désiré Guilbert.

SOURCES : Arch. PPo. BA 1801, KC 17. – SHD, Caen AC 21 P 197886. – Bureau Résistance : GR 16 P 277444. – Christian Chevandier, Été 44. L’insurrection des policiers de Paris, Éd. Vendémiaire, 2014. – « Au cœur de la Préfecture de Police de la Résistance à la Libération », Sous la dir. de Luc Rudolph, Directeur honoraire des services actifs, Éd. LBM, 2009. – Site internet GenWeb. – État civil, AD Vienne 9E 357/13 vue 44.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo.

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