FÉGY Camille, Constant. Pseudonyme : Jean MEILLONAS à partir de 1936.

Par Nicole Racine

Né le 22 avril 1902 à Lyon (Rhône), mort à Ozoir-la-Ferrière (Seine-et-Marne), le 29 août 1975 ; journaliste ; secrétaire administratif de la Fédération nationale et départementale des Jeunesses socialistes communistes (novembre 1920). Membre du PCF (exclu en 1931) ; secrétaire de rédaction à l’Humanité (1927-1931). Membre du Parti populaire français (PPF) de J. Doriot ; rédacteur en chef de La Liberté de Doriot (1937-1939). Sous l’occupation allemande, rédacteur en chef de La Gerbe d’A. de Châteaubriant (1941-1942).

Camille Fégy en 1937-1939, photo extraite du dossier Roger de Lafforest, Dépôt Central des Archives de la Justice Militaire, Le Blanc. Document ransmis par Tristan Rouquet.

Fils de Fégy Henri Gaston Alexandre, employé, et de Marie-Louise Berger. Marié à Paris, Ve arr. le 30 avril 1927 à Gilberte Jeanne Orsal dont il se sépara en 1929

Camille Fégy était encore élève au collège de la place Neyret situé à Lyon sur les pentes de la Croix-Rousse lorsqu’en mai 1918, il fut arrêté pour propagande défaitiste : il sortait de la Bourse du Travail, avec, dans son cartable, des tracts appelant à l’action pour imposer la paix. L’année suivante, il faisait partie du groupe lyonnais des Étudiants socialistes révolutionnaires dont les réunions, selon Georges Cogniot se tenaient le jeudi après-midi dans une cour de café ombragée de platanes, rue Sébastien-Gryphe (Parti pris, tome 1, p. 61). Il animait également un syndicat de locataires.

Fégy vint à Paris dans le courant de l’année 1920 et le 27 juillet, à Puteaux, il fit partie de la commission chargée d’établir un programme communiste pour la Fédération des Jeunesses (voir M. Laporte). Comme délégué des Jeunesses socialistes du Rhône, il participa à la Conférence nationale des JS qui se tint les 31 octobre-1er novembre salle de la Bellevilloise, 23, rue Boyer, XXe arr. À l’issue de cette Conférence, il fut élu secrétaire administratif de la Fédération nationale des Jeunesses socialistes communistes. Il participa ensuite au Ier congrès des JS-C tenu à Paris les 15-16 mai 1921 et fut élu secrétaire adjoint. À ce titre, il dirigea avec Laporte, secrétaire national, la campagne antimilitariste de 1921. La Fédération de la région lyonnaise, qu’il animait toujours, s’était prononcée dès son congrès d’octobre 1920, par 600 mandats contre 150 (ceux du Jura) en faveur de la motion du Comité de l’IC des Jeunes. Elle groupait alors 900 adhérents environ. Assisté de Forestier et de Laurent, C. Fégy organisa en août 1921, une « Centrale communiste d’éducation ouvrière » qui se proposait de donner douze leçons par an sur l’histoire des travailleurs, du socialisme et des révolutions.

Son service militaire fut marqué par son arrestation à Besançon en janvier 1923 pour action antimilitariste (IMTh., bobine 43).

À partir de 1923, C. Fégy travailla à L’Internationale et à L’Avant-Garde ouvrière communiste comme rédacteur. Il entra aussi à la revue Clarté lorsque la revue se rapprocha du groupe surréaliste ; il faisait partie de la rédaction et signa à ce titre le manifeste « La Révolution d’abord et toujours » (l’Humanité, 21 septembre 1925).

Un rapport du Bureau politique du 22 avril 1924 indique sa nomination provisoire à la fonction de secrétaire de rédaction de l’Humanité. Raveau lui succéda et un conflit les opposa début mai. Paul Vaillant-Couturier déclara alors au Comité directeur : Fégy est un camarade dévoué. Il n’est pas contre la direction du Parti. Il faut le conserver car « c’est un bon technicien » (IMTh., bobine 62).

Le Bureau politique l’avait suspendu pendant un mois en 1926 après la publication de la brochure de Breton, Légitime Défense.

« Le Bureau politique, saisi des incidents qui se sont produits dans la rédaction de l’Humanité, déclare inadmissible que des collaborateurs aient pu assurer la diffusion dans les services du journal d’une brochure attaquant l’Humanité et le Parti, et exige des camarades Fégy, Fourrier, Guitard et Féret, qu’ils s’en désolidarisent chacun explicitement par une lettre à la Direction du Parti ;

déclare qu’il est aussi intolérable qu’une politique contraire à celle de la Direction littéraire du journal soit préconisée non dans les organismes réguliers de discussion, mais à l’intérieur de l’Humanité, soit par campagnes verbales, soit par écrit, qu’il serait intolérable de voir un groupe fractionnel y faire une autre politique que la politique communiste de la Direction du Parti ;

« enregistre la lettre adressée au camarade Vaillant-Couturier par le camarade Fégy ;

« blâme le camarade Fégy pour les diverses fautes dont il s’est rendu coupable dans l’exercice de ses fonctions de secrétaire de rédaction ;

« approuve la décision prise immédiatement par la Direction de l’Humanité de le relever de son poste ;

« à titre de sanction, mais tenant compte des regrets exprimés par le camarade Fégy, le Bureau politique décide de le frapper d’un mois de suspension et de ne le réintégrer qu’à l’essai au poste de secrétaire de rédaction cette quinzaine écoulée ;

« regrette et condamne les scènes de violences et des outrances de langage qui ont marqué la vie de la rédaction ces derniers temps et rappelle la camaraderie effective qui doit présider aux rapports des rédacteurs entre eux.

« Cette résolution doit être considérée comme un dernier avertissement. »

La signature de Fégy apparaissait fréquemment dans l’Humanité en 1926 : il suivit en particulier le Tour de France en juin et le Conseil de guerre de Metz en septembre. Mais son caractère (il est souvent qualifié par les témoins de « farfelu ») fut à l’origine de conflits au sein de la rédaction, en novembre. Il fut même blâmé pour avoir envoyé une lettre à l’Action française qui la publia.

En novembre 1927, il devenait cependant secrétaire de rédaction de l’Humanité. À la suite d’un article paru dans ce journal en septembre 1927, au sujet des marins mutinés de la Prison maritime de Toulon, « À l’aide des marins révolutionnaires de la prison de Toulon », il fut condamné par défaut le 4 janvier 1928 à trois mois de prison et 100 francs d’amende ; sur opposition, il fut acquitté par jugement, rendu par la 11e Chambre correctionnelle du Tribunal de la Seine, le 11 décembre 1928. Il publia une brochure, Les mutins de Calvi en Conseil de guerre, aux éditions du Secours rouge international qui relatait les conditions de la mutinerie, en décembre 1927, de marins des bataillons disciplinaires de Calvi et donnait le compte rendu du procès (Marseille, 3-7 mai 1928).

Membre de la cellule 125 (isolés) du 1er rayon de la Région parisienne du PCF, il fut candidat du PC sans succès aux élections législatives du 22 avril 1928, dans la 2e circonscription de la Haute-Loire. En mars 1931, il était congédié de l’Humanité pour « déviations politiques ». (Archives de la préfecture de police) ; d’après les mêmes archives, il aurait ensuite travaillé, en qualité de rédacteur en chef de La Vie économique des Soviets, à la Représentation commerciale de l’URSS.

C. Fégy se tourna en 1936 vers J. Doriot et adhéra au Parti populaire français (PPF) ; il collabora à L’Émancipation nationale dès 1936. Quand Doriot prit en mai 1937 le contrôle de l’hebdomadaire La Liberté, C. Fégy en devint le rédacteur en chef avec Paul Marion. Fégy collabora également, à partir d’août 1936, à Je suis partout où il se fit le propagandiste des thèses de Doriot ; il y tint, sous la signature de Jean Meillonas, une chronique anticommuniste consacrée aux problèmes sociaux. C. Fégy partageait l’anticommunisme virulent de Doriot, son hostilité au Front populaire. L’ancien communiste dénonçait la « terreur communiste » dans les usines, selon le titre d’une conférence qu’il prononça en 1937. Le 15 juin 1939, Camille Fégy démissionna du bureau politique du PPF et de la rédaction en chef de la Liberté. Mobilisé, il poursuivit cependant sa collaboration à Je suis partout.

Durant l’Occupation allemande, il devint rédacteur en chef du Fait (1er février et 12 avril 1941) puis en 1941 et 1942 de l’« hebdomadaire de la volonté française », La Gerbe d’Alphonse de Châteaubriant, rallié à l’idéologie de la Collaboration. Après avoir quitté la rédaction de La Gerbe, Fégy fut nommé Commissaire général des restaurants communautaires. À l’automne 1941, l’avocat André Berthon l’introduisit à la prison de la Santé dans la cellule de Gabriel Péri. Celui-ci écouta ses propositions d’intervention pour lui assurer la vie sauve, fit connaître à la direction du parti le contenu de l’entretien puis, lors d’une seconde entrevue, lui déclara qu’il refusait de recevoir d’autres anciens communistes (voir la biographie de Gabriel Péri).

Après la Libération, C. Fégy fut condamné aux travaux forcés à perpétuité. On le retrouvera en 1956 rédacteur en chef de Fraternité française, organe du mouvement Poujade. Il fut ensuite rédacteur à Dimanche-Matin.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article179624, notice FÉGY Camille, Constant. Pseudonyme : Jean MEILLONAS à partir de 1936. par Nicole Racine, version mise en ligne le 28 mars 2016, dernière modification le 25 juin 2021.

Par Nicole Racine

Camille Fégy en 1937-1939, photo extraite du dossier Roger de Lafforest, Dépôt Central des Archives de la Justice Militaire, Le Blanc. Document ransmis par Tristan Rouquet.

OEUVRE : Les Mutins de Calvi au Conseil de guerre, avec la déposition d’André Marty et six croquis d’audience de Cabrol, éditions du Secours rouge international, 1928, 47 p. — La Terreur communiste à l’usine, s.l.n.d., 8 p.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13053 et 13480. — Arch. Dép. Rhône, 10 M, grèves 1918. — Arch. PPo., B A/1715 et BA/1717. — L. Aragon, L’Homme communiste, Gallimard, 1946, 251 p. (Voir le chapitre « La passion de Gabriel Péri »). — Michèle Cotta, La Collaboration 1940-1944, A. Colin, 1964, 241 p. (Coll. Kiosque 24). — Dieter Wolf, Doriot. Du communisme à la collaboration [Die Doriot Bewegung), Fayard, 1969, 487 p. — P.-M. Dioudonnat, Je suis partout 1930-1944. Les Maurrassiens devant la tentation fasciste, La Table ronde, 1973, 472 p. — Histoire générale de la presse française, publiée sous la direction de Cl. Bellanger, P. Guiral, F. Terrou, PUF, t. IV, De 1940 à 1958, 1975, 486 p. — Pascal Ory, Les Collaborateurs 1940-1945, Le Seuil, 1977, 380 p. — R. Gaucher, Histoire secrète du PCF, op. cit. — Pierre-Marie Dioudonnat, Les 700 rédacteurs de « Je suis partout » 1930-1944, Sedopols, 1993. — Notes de M. Moissonnier, D. Tartakowsky, J. Girault, Cl. Pennetier et Marguerite Bonnet. — État civil.

ICONOGRAPHIE : Les Mutins de Calvi au Conseil de guerre..., op. cit.

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