BRIQUET Jean, Félix

Par Daniel Grason, Claude Pennetier

Né le 3 octobre 1913 à Paris (VIe arr.), mort le 12 novembre 2003 à Courcouronnes (Essonne) ; déporté à Mauthausen (Autriche) ; résistant ; syndicaliste du bâtiment ; secrétaire général de Tourisme et Travail (1950-1966), membre de la commission exécutive de la CGT (1969-1978), vice-président de l’Union internationale du Bâtiment (Fédération syndicale mondiale) (1954-1975), secrétaire général de l’Union confédérale des retraités (1969-1978).

Fils de Robert Gaston Jules, vingt-cinq ans, employé de commerce et de Félicie Zélie Alphonsine Desjours, vingt-cinq ans, le couple fut aussi brodeurs à domicile, Jean Briquet travailla sept ans dans la dentelle comme coursier puis représentant enfin vendeur. Entra dans la corporation du Bâtiment en 1933 comme aide dans une petite entreprise, il adhéra alors à la CGT. Deux ans plus tard, au retour de son service militaire, il adhéra au Parti communiste dans l’élan du Front populaire fut organisé sur une cellule locale. Il travaillait dans une grande entreprise lors des grèves de 1936 et exerça alors ses premières responsabilités syndicales. Trois ans plus tard, il devint permanent du syndicat des cimentiers-maçons d’art de la région parisienne.
Il fut membre du conseil syndical des cimentiers maçons d’art de la région parisienne en 1936-1937, membre de la commission de contrôle du Bâtiment en 1938. Il adhéra dans l’élan du Front populaire au Parti communiste, fut organisé sur une cellule locale. Il épousa le 20 août 1938 Aurore Aline, Mariette Cécile Cholin en mairie d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).
Mobilisé le 26 août 1939 au 163ème Régiment d’artillerie à Faÿ en Moselle, sur la ligne Maginot, Briquet connut l’arrestation le 13 mai 1940 en raison de son appartenance au Parti communiste. En juin 1940, il a été replié sur Cepoy, isolé il regagna Paris. Interné à la Santé, il réussit à s’évader pendant l’exode et à rentrer à Paris le 2 juillet 1940. Le greffe de la prison de la Santé lui restitua ses objets personnels et la gendarmerie d’Ivry-sur-Seine lui délivra une feuille de démobilisation. Il demeurait 66 rue des Carreaux à Fontenay-sous-Bois.
Il contacta Eugène Hénaff, vécut au grand jour pendant deux mois puis passa dans la clandestinité pour organiser les comités populaires du Bâtiment de la région parisienne. Il s’occupa d’aménager une planque pour les archives et le matériel d’impression de sa branche. Lenoir ayant été arrêté, il le remplaça comme responsable interrégional au travail de masse, avec sous ses ordres, les dirigeants syndicaux des neuf régions de la région parisienne.
Jean Briquet a été filé par des inspecteurs de la BS1 pendant près d’un mois. Le 15 septembre 1942 il était à la gare Saint-Lazare à 14 heures avec Dion et Bachet. Il rencontrait Lecoutre dès 9 heures 30 le 18 septembre à la gare de Beauchamp en Seine-et-Oise, le même jour à 17 heures 30, il s’entretenait avec Dion à la gare du Nord. À 10 heures le 23 septembre, il était à nouveau gare du Nord avec Dion, à 11 heures il retrouvait Le Ballanger, Kieffer et Varagnat en forêt de Chantilly.
Il rencontra Varagnat et Le Ballanger le 2 octobre 1942 à 17 heures 45 à la hauteur du 45 rue de la Convention à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Il conversa avec Varagnat, Le Ballanger et Kieffer à la gare Montparnasse le 7 octobre 1942. Alors qu’il parlait le 13 octobre avec Henri Gautier rue du Landy à Saint-Ouen, les deux militants furent interpellés par plusieurs inspecteurs.
Immédiatement fouillé, Jean Briquet portait sur lui : cinq feuilles de papier portant des indications sur son activité : un ticket de métro au verso duquel figurait des rendez-vous ; une feuille de démobilisation et deux certificats de travail au nom de Duval ; deux indicateurs de chemin de fer de la banlieue-ouest et sud-ouest ; un carnet où figuraient des notes sur son activité ; trois feuilles de paies, une carte d’identité française et une carte d’alimentation au nom de Duval. Enfin, un trousseau de clefs et une somme de cinq mille quarante-six francs furent saisis.
Le nom de Jean Briquet figurait dans les archives centrales de la Préfecture de police comme membre de la Commission Exécutive de l’ex-Comité Régional du Bâtiment parisien. Dans les archives de la Police judiciaire, son nom était dans le dossier n° 162 441 pour « complicité d’attentats terroristes ». Il figurait dans les Sommiers Judiciaires pour une condamnation par défaut à cinq ans de prison, 10 000 francs d’amende, par le Tribunal militaire d’Alger, le 16 juillet 1941 pour détention de tracts de provenance étrangère pouvant nuire à l’intérêt national.
Interrogé dans les locaux des Brigades spéciales, il retraça son parcours militant et fut chargé du fait de l’interdiction du Parti communiste de former des Comités populaires d’usines en Région parisienne. Il quitta son travail, devint permanent appointé 1 800 francs par mois, fut en contact avec Eugène Hénaff. Il eut la responsabilité de la région nord jusqu’à la fin avril 1941. À partir de mai, il a été chargé de l’Ouest de Paris pour quelques mois, puis retourna dans le Nord. En avril 1942, il fut l’un des dirigeants de l’Inter région parisienne.
Selon ses déclarations obtenues sous la contrainte policière, il était en relation avec les responsables de plusieurs secteurs de la Région parisienne : Paris I, Paris II, Paris III : Aubervilliers et Saint-Ouen et toutes les localités jusqu’à la limite de la Seine-et-Oise ; Paris IV : Pantin, Les Lilas, Bagnolet, Montreuil, Vincennes, Saint-Mandé, Charenton et toutes les localités jusqu’à la limite de la Seine-et-Marne ; Paris V : Ivry, Bicêtre, Gentilly, Montrouge, Malakoff, Vanves, Issy-les-Moulineaux et toutes les localités jusqu’à limite de la Seine-et-Oise ; Paris VI : Sèvres, Boulogne, Suresnes, Puteaux, Courbevoie, Neuilly, Levallois et toutes les localités jusqu’à limite de la Seine-et-Oise.
Il déclara recevoir les directives de « Marteau » pseudonyme d’un militant qu’il voyait une fois par mois. Il était en relation avec deux autres membres du triangle inter-régional Kieffer qui a été appréhendé en même temps que lui et le responsable politique.
Questionné sur l’Organisation spéciale (OS) du Parti communiste, il répondit : « Je ne connais rien de l’Organisation spéciale que j’appelle les FTP ou plutôt j’en connais seulement ce qui est dit par les tracts ou par la presse. » Il ajouta : « Il est bien évident que dans certains cas j’ai eu à transmettre des documents destinés aux FTP. »
Il possédait des fausses pièces d’identité au nom de Duval, sous ce nom il loua un pavillon au 66 rue des Petits-Carreaux à Fontenay-sous-Bois. Une ronéo, deux machines à écrire et du papier permettait à Marguerite Guillaudin de taper des stencils et d’éditer des tracts. Il était locataire de deux logements, l’un sous le nom de Duval au 7 rue de l’Abbé de l’Epée à Paris, l’autre au 25 rue de Patay, loué par Marguerite Guillaudin au nom de Galina.
Il fut interrogé et donna des explications circonstanciées sur toutes les pièces saisies, dont des comptes rendus d’activités, des renseignements sur plusieurs usines La Lorraine, Latil… Les sommes collectées par les comités populaires : Cuirs et peaux, Métaux, Bâtiment, Cheminots s’élevaient à 2130 francs. Figurait sur un document la répartition de 8 200 francs à différents responsables, 2 000 francs à P 9 (Usines Renault), 2 000 francs au responsable de P 6, 2000 francs à « Mercier » responsable du Bâtiment… Jean Briquet avait réparti au total au cours du mois de novembre 41 820 francs, l’argent lui avait été remis par Varagnat.
A la date où Jean Briquet a été arrêté, les forces organisées du Parti communiste clandestin se présentaient de la façon suivante, la Région Paris Sud, comprenait huit sections : Section 1 : XVIIe arrondissement, Section 2 : XVIe et VIIIe arr., section 3 : XVe arr., Section 4 : XIIIe arr. et Ve, Section 5 : VIe et VIIe arr. Section 6 : Cheminots ; Section 7 : Métropolitain ; Section 8 : Gnome et Rhône-Kellermann.
La Région 2 (Paris-Nord) comprend les sections 9 à 18 : Section 9 : XIXe arr. – Section 10 : Xe arr. ; Section 11 : IIIe arr. et IVe arr. ; Section 12 : XVIIIe arr. ; Section 13 : XXe arr. ; Section 16 : XIe arr. ; Section 17  : XIIe arr. ; Section 18 : Cheminots. – Section R.C. : Renault-Citroën formaient la Région P. 9.
Avec sa détention dans les locaux des Brigades spéciales, l’enquête policière continua, Jean Briquet fut accompagné le 14 octobre par S. et B. à son pavillon de Fontenay-sous-Bois. Les policiers saisissaient : une ronéo Gestetner, des stencils usagés, trois mille tracts, 2500 feuilles destinées à « Normandie France » et deux oblitérateurs pour la confection de papillons.
Sur le palier du 1er étage étaient stockés cinq mille tracts, dans une pièce furent découverts : un pistolet automatique FN calibre 6,35 mm ; des cartes d’identité françaises en blanc ; un livret militaire en blanc ; une carte d’identité au nom de Serge Bouche ; un permis de conduire ; dix-neuf cartes d’alimentation en blanc ; une carte d’alimentation au nom de Marcelle, Céline Bertrand ; une carte d’alimentation au nom de Robert Vonet ; un carnet de bulletins de salaires ; une feuille de démobilisation en blanc ; un permis de circuler pour la camionnette immatriculée n° 991 RF 9 ; deux cartes d’identité au nom de Clément Léonie ; un livret militaire au nom de Henri Gauthier ; un reçu au nom de Jean Duval qui concernait un logement au 7, rue l’Abbé de l’Epée (Ve arr. ; une quittance de loyer au nom de mademoiselle Golier ; huit bons d’achat de textile en blanc ; quinze bons textile à différents noms ; une somme de dix-huit mille cinq cents francs ; une autre de six cents quatre-vingt-cinq francs ; une boîte contenant dix-sept balles de revolver et vingt cachets en caoutchouc divers.
Des policiers restèrent en surveillance dans le pavillon et l’arme a été remise au laboratoire de la police pour analyse.
Des policiers accompagnés par Jean Briquet allèrent au logement de la rue l’Abbé de l’Epée situé au 5ème étage. Furent découverts deux cents tracts édités par le Parti communiste, six balles rangées dans une boîte d’allumettes et de la documentation sur l’activité du Parti communiste clandestin.
Jean Briquet fut soumis à un nouvel interrogatoire le 20 octobre, il répondit aux questions, donna des explications, assuma ses responsabilités dans l’appareil clandestin. Il avait bien été en contact avec Robert Vonet né le 17 novembre 1907 à Saint-Céré (Indre-et-Loire), ce dernier avait été arrêté le 19 janvier 1941 par des inspecteurs de la BS1.
Il donna des explications sur toutes les pièces saisies, assuma son engagement dans la Résistance, des éditions de tracts à la location des domiciles clandestins. Quant à l’arme saisie, elle lui avait « été remise il y a environ trois mois à un rendez-vous dans la rue de Tolbiac par un camarade que je ne connais pas. » Il affirma avoir accepté d’être armé « par discipline ».
Trente-deux militants communistes dont Henri Varagnat et Raymond Kieffer, furent arrêtés en même temps que lui.
Incarcéré, il était le 16 avril 1943 dans le convoi de 994 hommes à destination de Mauthausen en Autriche. Matricule 26219 il fut affecté au Kommando de travail de Loib-Pass où les détenus creusaient un tunnel routier entre l’Autriche et la Slovénie. Il a été renvoyé à une date inconnue au camp de Mauthausen, où Jean Briquet but libéré par la Croix Rouge le 23 avril 1945. Soixante-et-onze déportés de ce convoi furent gazés au château d’Hartheim.
Il témoigna le 15 mai 1945 devant la commission rogatoire qui examinait notamment les agissements et comportements de plusieurs inspecteurs de la BS2. Il déclara avoir été détenu douze jours dans les locaux des Brigades spéciales « frappé de gifles et de coups de poings » par le secrétaire R. ainsi que par l’inspecteur B. Il porta plainte pour les coups et les vols dont s’étaient rendus coupable ceux qui l’arrêtèrent, dix-neuf mille quatre-vingt-cinq francs à son domicile de Fontenay-sous-Bois et quatre mille sept-cents francs qu’il portait sur lui. Il précisa : « À mon domicile de l’Abbé-de-l’Épée il m’a été dérobé un costume, un pantalon de golf, un blouson en suiédine, une paire de chaussures et du linge de corps et de toilette ainsi que ma literie, une pendulette en marbre, un poste de TSF et du ravitaillement. »
Il porta plainte contre les inspecteurs qui l’arrêtèrent « et notamment contre ceux qui se sont rendus coupable de vols. »
Jean Briquet a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF), et Déporté interné résistant (DIR).
Le Parti communiste le fit désigner comme chef de cabinet d’Ambroise Croizat, puis de Marius Patinaud, puis à nouveau de Croizat en 1945-1946, comme chargé de la formation professionnelle. Nommé directeur de la main-d’œuvre en mars 1947, il fut évincé de ce poste en juin 1947. Jean Briquet resta membre du bureau de la Fédération CGT du Bâtiment de 1945 à 1950, avant d’accéder au secrétariat permanent (1951-1971). Il fut également secrétaire général de Tourisme et Travail (1950-1966), membre de la commission exécutive de la CGT (1969-1978), vice-président de l’Union internationale du Bâtiment (Fédération syndicale mondiale) (1954-1975), secrétaire général de l’Union confédérale des retraités (1969-1978).
Il divorça le 26 février 1954, se remaria le 30 juillet 1955 avec Odette Martin en mairie du XVe arrondissement.
Les obsèques de Jean Briquet eurent lieu de 18 novembre 2003 au crématorium du Père-Lachaise.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17971, notice BRIQUET Jean, Félix par Daniel Grason, Claude Pennetier, version mise en ligne le 26 octobre 2020, dernière modification le 26 octobre 2020.

Par Daniel Grason, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. PPo. BS2 carton 18 (transmis par Gérard Larue). – Bureau Résistance GR 16 P 91494. – Comptes rendus des congrès de la Fédération du Bâtiment. — Résistance ! novembre 1973. — Stéphane Courtois, thèse 3e cycle, op. cit. J. Eglin, Les Prises de position des Fédérations « Construction » CGT et CFTC/CFDT par rapport à l’évolution du Bâtiment (1946-1967), M.M., Paris I, 1988. — Sylvie Zaidman, Joël Clesse, Guide des sources sur l’histoire de la résistance en banlieue nord-est, Archives départementales de Seine-Saint-Denis, 1995 (entretien de 60 mn avec Jean Briquet).

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément