TROCMÉ Étienne, Paul

Par Michel Roth, Léon Strauss

Né le 8 novembre 1924 à Paris (XIIIe arr.), mort le 12 août 2002 à Étretat (Seine Maritime) ; professeur de Nouveau Testament à la Faculté de Théologie protestante de Strasbourg (1956-1994), président de l’université des Sciences Humaines de Strasbourg (1973-1978, 1983-1988) ; rédacteur en chef de Christianisme social , militant de la Convention des Institutions Républicaines, puis du PS ; président du comité départemental de la FGDS du Bas-Rhin (1967-1968) ; tête de la liste d’Union des Gauches aux élections municipales de Strasbourg (1971, 1977) ; président de la LICRA du Bas-Rhin de 1979 à 1998, vice-président national de la LICRA (1992-1997).

Il était le fils de Pierre Trocmé, médecin, et d’Aline Bernard de Saint-Afrique. Après avoir passé son enfance à La Rochelle (Charente-Inférieure), il poursuivit ses études à Paris (Lycée Henri IV, Ecole des Chartes, École pratique des Hautes études, Faculté libre de théologie protestante) et à l’étranger (Université de Californie du Sud en 1946-1947, Université de Bâle en 1950-1951). Archiviste-paléographe, licencié ès lettres, docteur en théologie, il fut nommé en 1951 enseignant à la faculté de théologie protestante de Strasbourg, où il fut chargé de cours de grec et d’histoire biblique, puis maître de conférences (1956) et enfin professeur du Nouveau Testament ( 1965). Deux fois doyen de la faculté de théologie protestante ( 1971-1973, puis 1982-1983), deux fois président de l’Université des Sciences Humaines de Strasbourg (dénommée depuis Université Marc Bloch) de 1973 à 1978 , puis de 1983 à 1988, il devint vice-président de la Conférence nationale des présidents d’Université ( 1987-1988). À ce titre, il s’opposa à la principale proposition de la réforme Valade du premier cycle de l’université qui prévoyait la création d’une structure appelée « collège universitaire » Il s’agissait selon lui d’un démantèlement des universités qui restaurerait, sous couvert d’autonomie, la centralisation d’avant 1968. Président de l’Observatoire de la vie étudiante (1989-1992), docteur honoris causa des Universités de Glasgow et Tokyo, il a enseigné à Oxford, Houston, Vancouver, Genève, Lausanne et Princeton. Il fut professeur émérite en 1994, date de son départ en retraite.

Auteur d’innombrables articles, il a également publié de nombreux ouvrages, dont Le Livre des Actes et l’Histoire (1957), La formation de l’Evangile selon Marc (1963), Jésus de Nazareth (1972), L’enfance du christianisme (1997) et en langue anglaise The passion as Liturgy ( 1983).

De 1953 à 1965, il avait été rédacteur en chef de Christianisme social, revue « animée d’une idéologie tendant à réconcilier la foi protestante et le socialisme qui se révèle à travers les thèmes de prédilection que sont le travail, la condition ouvrière, l’évolution des régimes communistes et le dialogue avec le marxisme, la lutte pour la paix internationale et pour le désarmement atomique, la non violence et le soutien aux objecteurs de conscience, l’anticolonialisme et l’action pour le développement des jeunes nations » (Guy Pervillé), et en particulier la dénonciation de la guerre d’Algérie. En avril 1958, Étienne Trocmé y exprimait son admiration peu critique pour Nasser, en qui il voyait le futur chef d’un État groupant tous les Arabes du Proche-Orient et le constructeur « d’une nation moderne , riche de sa situation géographique, de ses pétroles et de sa vieille et grande civilisation ». En 1964 ou 1965 , il devint le principal dirigeant du Bas-Rhin de la nouvelle formation créée par François Mitterrand*, la Convention des Institutions républicaines qui recruta essentiellement des universitaires et des enseignants et en cette qualité il présida, à la suite de Robert Weil*, le comité départemental de la FGDS en 1967-1968. De 1968 à 1973, il fut rédacteur en chef d’Aujourd’hui. Le journal du Socialisme moderne en Alsace, fondé à la fin de 1968 par François Schoeller, principal animateur de la CIR dans le Bas-Rhin. Il s’engagea au Parti socialiste à la suite du congrès d’Épinay de juin 1971, mais il renonça alors à prendre la tête de la fédération socialiste du Bas-Rhin, en raison de son élection comme doyen de sa faculté. Dès mars 1971, il avait accepté de prendre, aux élections municipales, la tête de la liste d’union de la Gauche qui ne remporta que 19,8% des suffrages, en recul de deux points sur la liste Weil de 1965. En revanche, aux municipales de 1977, la liste d’union dont il prit à nouveau la direction obtint 28,1%des suffrages exprimés.
Membre de la LICRA depuis 1969, il en présida le comité départemental de 1979 à 1988, puis en devint vice-président national de 1992 à 1997. De 1989 à 1997, il fut membre du Conseil national du SIDA. Il fut aussi jusqu’à sa mort , président du CASAS , le collectif des demandeurs d’asile de Strasbourg.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article179739, notice TROCMÉ Étienne, Paul par Michel Roth, Léon Strauss, version mise en ligne le 11 avril 2016, dernière modification le 14 décembre 2021.

Par Michel Roth, Léon Strauss

SOURCES : Archives de la Ville et de la Communauté urbaine de Strasbourg : Fonds Hoffmann, cote 78 Z 422 ; Fonds Étienne Trocmé -Société des Amis et anciens étudiants de la faculté de théologie protestante de Strasbourg, Bulletin n° 26 avril 2003, pp.2,4,5,18. — Nouveau Dictionnaire de Biographie Alsacienne. n° 35, Strasbourg 2000, p.391& . — Dominique Badariotti, Richard Kleinschmager, Léon Strauss (dir.), Géopolitique de Strasbourg .Permanences et mutations du paysage politique depuis 1871, La Nuée Bleue, Strasbourg, 1995, p. 82 et.84. — -Sébastien Voyneau, La Fédération socialiste du Bas-Rhin. Les faits. Les hommes. 1971-1990, Mémoire IEP de Strasbourg (Léon Strauss, dir), mai 1990, pp. 17, 20. — Pierre-Étienne Rosenstiehl, Le poids des anciens militants chrétiens dans le Parti Socialiste aujourd’hui, Mémoire IEP de Strasbourg, 1982, p.111.

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