THOBY Yves

Par Louis Morice

Né le 25 avril 1924 à Trignac (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), mort le 28 mars 2007 à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) ; ajusteur ; adhérent à la JOC ; syndicaliste CFTC puis CFDT, secrétaire de l’UL de Saint-Nazaire (1959-1979), membre du bureau de l’UD de Loire-Atlantique (1959-1979), membre du bureau du Comité régional puis de l’Union régionale des Pays de la Loire (1966-1979), secrétaire de l’Union des métaux de Saint-Nazaire (1959-1972), membre du conseil de la FGM (1959-1971).

Yves Thoby en 1972.

Les parents d’Yves Thoby étaient employés à la Compagnie des Chemins de fer du Morbihan qui desservait la ligne reliant Saint-Nazaire à La Roche-Bernard, (Morbihan). Sa mère, Marie Thoby, née Josso, (1905-1997) était chef de gare à Trignac et son père, Emmanuel Thoby (1893-1991) chargé de l’entretien. Ils eurent trois garçons dont Yves était l’aîné. Ils étaient de confession catholique mais seule sa mère était pratiquante. Ils n’eurent aucun engagement militant.
Il fut scolarisé à l’école primaire communale Jaurès-Curie de Trignac où il obtint le certificat d’études primaires puis fut apprenti mécanicien au garage Pineaud à Saint-Nazaire. Pendant cette période, il milita à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) et fréquenta diverses sections sportives de « L’Etincelle », le patronage de la paroisse de Trignac. Ce fut dans cet environnement qu’il rencontra sa future épouse, Yvonne Dubois. Ils se marièrent le 24 mai 1947 et eurent deux enfants. En 1942, il fut réquisitionné par la mairie de Trignac pour la « Défense passive » comme ambulancier-brancardier pour porter secours aux victimes des bombardements alliés qui s’abattirent sur Trignac et Saint-Nazaire en 1942. Cela lui permit d’échapper au STO. Après avoir obtenu son CAP il fut embauché comme ouvrier à la ferronnerie Noël à Trignac puis, en 1946 comme ajusteur aux Ateliers de Saint-Denis.
Après un court passage à la CGT, il adhéra à la CFTC en 1946. Il assuma son premier mandat de délégué du personnel en 1947 et fut élu secrétaire de sa section syndicale en 1950. Homme de conviction au caractère bien trempé, il marqua rapidement de son empreinte la CFTC nazairienne. La grève de 1955 qui se termina par une augmentation de salaires de 22 % et qui eut un retentissement national, fut pour lui un évènement fondateur de son parcours militant. Laurent Lucas et lui en furent les meneurs pour la CFTC. Pendant le conflit, ils s’opposèrent à la majorité des membres du bureau du syndicat qui voulait accepter une augmentation de 10 % proposée par les patrons. D’un avis contraire, ils convoquèrent une assemblée d’adhérents qui désavoua le bureau, la suite leur donna raison. Leur notoriété en ressortit renforcée.
En 1958, alors que Nestor Rombeaut secrétaire de l’UL-CFTC était candidat à la députation sous l’étiquette MRP, Yves Thoby demanda qu’en cas d’échec il ne retrouve pas ses fonctions syndicales. Il estimait avec quelques autres militants, dont Robert Bigaud, qu’il y aurait eu un risque majeur de confusion entre le politique et le syndical. Nestor Rombeaut fut élu député le 30 décembre 1958. Yves Thoby lui succéda comme secrétaire de l’Union locale en 1959, responsabilité qu’il exerça avec celle de secrétaire l’Union des métaux de Saint-Nazaire créée la même année et qui regroupait le syndicat des ouvriers et celui des employés, techniciens, agents de maitrise (ETAM). Dans ces fonctions, il donna toujours la priorité au contact avec les sections syndicales et syndicats. Défricheur infatigable, il multiplia les implantations syndicales, en apportant toujours une attention particulière à l’émergence de jeunes militants et à leur formation. Cela permit à la CFDT de couvrir, au milieu des années soixante, tout le champ des activités de l’industrie, des services et de l’administration de la région nazairienne. Il favorisa aussi la mise en place d’une dizaine de sections locales par bassin d’emploi pour faciliter les échanges et le soutien aux salariés des petites entreprises. Parallèlement l’UL s’organisa pour prendre en charge les problèmes rencontrés par les salariés dans la cité : formation professionnelle, femmes salariées, enseignement…
Il prit une part active à la mobilisation intersyndicale des années 1960 pour l’emploi. Partie de Saint-Nazaire, le 29 janvier 1964, où trente mille manifestants défilèrent contre les licenciements aux Chantiers de l’Atlantique et la fermeture des Fonderies, elle fut relayée le 19 février par une manifestation départementale pour l’emploi et le développement économique qui rassembla soixante-dix mille personnes, et trouva son apogée le 8 avril 1965 par une marche sur Paris organisée par les UD-CFDT, CGT et la FEN des neuf départements de Bretagne et des Pays de la Loire, autour du slogan « L’Ouest veut vivre ».
Le fil rouge de la vie militante d’Yves Thoby fut l’émancipation des individus et des groupes. Dès 1956, il s’engagea résolument contre la guerre d’Algérie et pour l’autodétermination du peuple algérien. Au moment du débat sur l’évolution de la CFTC, il était déjà sur une perspective de changement, considérant que le syndicalisme devait décider de ses choix en toute indépendance. En 1968, il ouvrit les locaux de la CFDT qui devinrent un lieu de débats permanents entre ouvriers, cadres, enseignants, femmes au foyer, militants syndicaux, politiques, professions libérales pour libérer la parole et sortir des postures et clichés établis.
Pendant vingt ans il marqua durablement le milieu syndical nazairien et une large frange de la population par ses positions progressistes. Il quitta ses responsabilités syndicales en 1979.
Il reprit une activité professionnelle et militante dans le tourisme social. S’appuyant sur les travaux d’une association de tourisme qu’il créa en 1974, il fut l’inspirateur, le réalisateur et le directeur d’un village de vacances à Piriac (Loire-Atlantique) « Le Moulin de Praillane », rattaché à Loisirs vacances tourisme (LVT). Il prit sa retraite en 1985 et entra au conseil syndical de l’Union locale de retraités de Saint-Nazaire. En 1990, il créa l’association « Mémoire et savoir nazairiens » avec des habitants de tous milieux pour recueillir et faire connaitre des témoignages sur le passé de cette région. De la fondation de l’association au décès d’Yves Thoby, en 2007, une vingtaine de brochures et cahiers fut éditée.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article179782, notice THOBY Yves par Louis Morice, version mise en ligne le 7 avril 2016, dernière modification le 21 octobre 2020.

Par Louis Morice

Yves Thoby en 1972.

ŒUVRE : Ouvrage collectif, Un printemps sur l’estuaire. Saint-Nazaire : la CFDT au cœur des luttes (1945-1975), Centre d’histoire du travail de Nantes, 2005.

SOURCES : Archives locale, départementale et régionale CFDT. — Témoignages d’Yves Thoby recueillis en novembre 2003 par Jean-Luc Souchet pour Un printemps sur l’estuaire. — Entretien avec Yvonne Thoby en janvier 2016.

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