AENISHANSLIN Maurice, Emile [né Aenishänsli]

Par Jean-Pierre Ravery

Né le 20 septembre 1893 à Saint-Denis (Seine, aujourd’hui Seine-Saint-Denis), mort le 19 octobre 1968 à La Chapelle (Savoie) ; ingénieur, gérant de société, communiste ; membre du réseau Robinson.

Archives nationales

Maurice Aenishänsli naquit dans une famille originaire de Bâle (Suisse). Le patronyme familial fut francisé par jugement en 1961. Il sympathisa avec la révolution russe dés 1917 et devint l’un des hommes de confiance de Henri Robinson. Ingénieur de formation, il fut agent général d’un fabriquant suisse de matériel de distillation, ce qui le conduisit à s’intéresser à l’utilisation de la pectine de pomme pour la conservation des aliments. Une société, « l’Unipectine », fut fondée à Zurich, partiellement financée par le trésorier du PC suisse, Karl Hofmaier, sur la foi de quoi certains policiers conclurent qu’il s’agissait d’une couverture commerciale utilisée par les services de renseignement soviétiques. Maurice Aenishanslin devint directeur d’Unipectine-France dont les bureaux parisiens étaient situés avenue de l’Opéra. Il avait épousé le 3 juillet 1926 à Blois (Loir-et-Cher) Gabrielle Lucile Schneider mais à la veille de la guerre, il s’était mis en ménage avec sa secrétaire, Edwige Couchon, née le 31 janvier 1902 à La Chapelle (Savoie), une militante communiste active dans le Ve arrondissement de Paris et qui fut un temps comptable au quotidien Ce Soir. Le couple vivait 25, rue Raynouard à Passy dans le XVIe arrondissement, dans un appartement appartenant à Franz Schwartz, un Allemand naturalisé français, puis américain, et exerçant d’importantes responsabilités au sein du groupe agro-alimentaire « General Foods ».
Repérés par les policiers des renseignements généraux parisiens et les spécialistes allemands du « Sonderkommando Rote Kapelle » engagés dans la lutte contre les émetteurs-récepteurs en liaison avec Moscou, Maurice Aenishanslin et Edwige Couchon furent finalement arrêtés le 12 avril 1943. Mais auparavant, Maurice avait été impliqué à son insu dans le « grand jeu » mené par l’Abwehr suite à la capture de Léopold Trepper. En mars, un message de Moscou avait demandé d’envoyer en Suisse un homme de confiance afin de recevoir des fonds destinés à « l’Orchestre rouge ». Se faisant passer pour des responsables du réseau, les Allemands avaient alors confié cette mission à Maurice Aenishanslin, qui s’en était acquitté comme tant d’autres fois.
Transféré en Allemagne, Maurice Aenishanslin fut condamné à mort par le tribunal militaire de Berlin le 4 novembre 1943, mais la peine fut commuée en dix ans d’emprisonnement suite à une intervention des autorités suisses. Edwige Couchon quant à elle fut déportée à Ravensbrück où elle fut gazée le 9 avril 1945.
Maurice Aenishanslin se remaria avec Geneviève Gambard le 26 octobre 1957 à Savigny sur Orge (Seine et Oise). Il se retira au hameau de Coppet à La Chapelle, le village natal d’Edwige Couchon où il termina ses jours.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article179852, notice AENISHANSLIN Maurice, Emile [né Aenishänsli] par Jean-Pierre Ravery, version mise en ligne le 11 avril 2016, dernière modification le 28 mars 2021.

Par Jean-Pierre Ravery

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SOURCES : SHD Vincennes GR 16 P 3518 ; SHD Caen AC 21 P 695842 ; The National Archives Kew KV-2-2058 et KV-2-2072. — Guillaume Bourgeois, La véritable histoire de l’orchestre rouge, Nouveau Monde éditions, 2015. — The National Archives, Kew KV 2/2058. — État-civil de Saint-Denis. — Renseignements fournis par Jean-Louis Portaz, maire de La Chapelle.

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