VIDAL-BARRAGUÉ Laurent, Albert

Par André Balent

Né le 6 avril 1881 à Saint-Laurent-de-la-Salanque (Pyrénées-Orientales), mort le 28 juillet 1967 à Claira (Pyrénées-Orientales) ; capitaine au long cours ; agriculteur ; syndicaliste agricole ; adhérent du Parti socialiste de France (1935) ; républicain-socialiste ; a été fugacement membre de la SFIO ; maire de Saint-Laurent-de-la-Salanque élu en 1935 à la tête d’une municipalité de front populaire et destitué en 1941, maire à nouveau de 1945 à 1953 ; conseiller général du canton de Saint-Laurent-de-la-Salanque (élu en 1937).

Laurent Vidal Barragué était le fils de Laurent cordonnier à Saint-Laurent-de-la-Salanque et d’Honorine, Victoire Barragué.
Élève de l’École de la marine marchande, il en sortit diplômé en 1901 et le 4 octobre de cette même année, s’engagea volontairement pour trois ans dans la Marine, au 5e dépôt des équipages de la flotte à Toulon (Var). Son passage et son diplôme de l’École de la marine marchande lui permit de n’effectuer qu’une année sous les drapeaux. Il navigua du 20 octobre 1901 au 4 octobre 1904 sur le cuirassé le « Brennus », navire amiral de la flotte de réserve de Méditerranée.
Après son retour du service militaire, il se maria le 4 novembre 1905 à Saint-Laurent-de-la-Salanque avec Honorine, Victoire Puig.
Sa fiche du registre matricule des armées n’indique pas qu’il ait été mobilisé pendant la Première Guerre mondiale. Entre temps, il était passé à l’armée territoriale
Après avoir fait une carrière de capitaine au long cours dans la marine marchande, Laurent Vidal-Barragué devint une des figures politiques de Saint-Laurent-de-la-Salanque (Voir aussi Joué-Delmas Augustin, Paret-Escudié Urbain). Il possédait aussi des terres qui lui permirent de compléter ses revenus de retraité marin avec ceux de l’agriculture.
Installé dans son village natal un gros bourg viticole de la Salanque avec une longue tradition maritime, il possédait une mappemonde, ou plutôt un globe terrestre qu’il avait fait confectionner afin de rappeler le souvenir de ses pérégrinations maritimes sur les mers et océans de la planète. À cause de cela, dans les années 1920 et 1930, et du nombre élevé de marins parmi les Laurentins, Saint-Laurent-de-la-Salanque fut surnommé par ses habitants et ceux des communes environnantes Sant Llorenç de la Bola (en catalan : « Saint-Laurent-de-la Boule », c’est-à-dire le globe terrestre). En quelque sorte, il est vraisemblable qu’ils assimilaient étroitement la ville à celui qui devint son maire en mai 1935. Cela montre sa popularité parmi ses concitoyens. Au-delà de ceux qui s’affirmaient comme « Rouges ». Dans une localité où les passions politiques étaient vives, Laurent Vidal-Barragué n’avait pas que des amis. Selon un témoignage oral, lors d’une élection qui l’opposait à Augustin Joué-Delmas — le scrutin du 10 octobre 1937 — une femme cria à son intention : « À bas la « coco », vive Joué ! ». Parmi les Laurentins, la « coco » désignait, la cocaïne. Certains d’entre eux lui reprochaient d’avoir pratiqué le trafic de ce stupéfiant et de s’être enrichi. Il était devenu, il est vrai, un propriétaire foncier cossu. D’ailleurs, la tradition orale locale confirme que de nombreux marins laurentins auraient pratiqué le trafic de ce stupéfiant à l’occasion de leurs voyages professionnels. On ne peut, toutefois, imputer de façon sûre ce genre de pratique à Laurent Vidal-Barragué et il convient donc de prendre ces accusations formulées au cours d’une campagne électorale agitée avec beaucoup de prudence.
Laurent Vidal-Barragué devint l’un des principaux leaders du Front populaire à Saint-Laurent-de-la-Salanque. Nous ignorons s’il fut membre de la SFIO. En 1935, il adhérait au parti socialiste de France. En mai 1935, il conduisit à la victoire, à l’occasion des élections municipales à Saint-Laurent-de-la-Salanque, la liste de Front populaire. À l’issue de ce scrutin, il fut élu maire. Ses trois adjoints étaient respectivement : radical-socialiste, socialiste SFIO (Sébastien Carcolse) et communiste (Sécolier Jacques). Juste après les élections, le conseil municipal comprenait : trois communistes, sept socialistes SFIO, quatre socialistes de France et dix radicaux-socialistes. En cours de mandat, un socialiste SFIO adhéra au PC (Justin Durand) et un des communistes élus en 1935 exclu du parti (Aimé Henric). Après la déchéance des trois élus communistes en 1940, le conseil municipal comprit : six socialistes SFIO, quatre socialistes de France et dix radicaux-socialistes.
Laurent Vidal-Barragué fut le candidat (PS de F) d’3union des gauches » dans le canton de Saint-Laurent-de-la-Salanque (scrutin du 26 mai 1935). En fait il n’était allié qu’avec les radicaux puisque la SFIO et le PC présentaient chacun des candidats. À l’issue du premier tour, la situation n’était pas très nette. Certes, Laurent Vidal-Barragué arrivait en tête de tous les candidats en lice (il recueillit 567 suffrages). Mais le candidat socialiste SFIO Henri Abbadie, surveillant général au collège de garçons de Perpignan obtint pour sa part 565 voix. Les autres candidats (Boher, Parti communiste) et Jonquères d’Oriola (« Front paysan », Action française) recueillirent respectivement 156 et 555 voix. Entre les deux tours, Laurent Vidal-Barragué et Henri Abbadie échangèrent une correspondance. Abbadie décida finalement de maintenir sa candidature. Le 2 juin 1935, il fut élu avec 782 voix, Laurent Vidal-Barragué en obtenant 610 et Jonquères d’Oriola 697.
Laurent Vidal-Barragué se présenta à nouveau à une élection cantonale (scrutin des 10 et 17 octobre 1937) dans le canton de Saint-Laurent-de-la-Salanque. Bénéficiant du retrait du candidat socialiste SFIO, Augustin Joué-Delmas (Henri Abbadie devenu entre-temps un activiste pivertiste ne se représentait pas), il l’emporta largement avec 1059 voix. Contre 788 au radical Olive.
Avant la guerre de 1939-1945, Laurent Vidal-Barragué adhérait à la Fédération des officiers de réserve républicains. En 1938, il fut réélu au bureau départemental de cette organisation.
Après la Seconde Guerre mondiale, il fut pendant quelque temps président départemental de la CGA (Confédération générale agricole). La scission de la FNSEA (localement après 1949-1950) porta un coup décisif à la CGA. Au plan départemental, Vidal-Barragué ne put enrayer son inexorable déclin et, en dépit de ses efforts, elle n’eut plus qu’une existence purement symbolique.
Vidal-Barragué adhéra un moment à la SFIO mais s’en détourna bientôt, se proclamant socialiste indépendant ou républicain socialiste.
Élu maire (socialiste indépendant) de Saint-Laurent-de-la-Salanque en 1945, il fut réélu en octobre 1947 et demeura maire jusqu’en 1953. En 1945, bien que conseiller général sortant, il décida de ne pas se présenter à l’élection au conseil général. Il fut candidat, avec l’étiquette de républicain-socialiste, dans le canton de Saint-Laurent -de-la-Salanque (scrutin des 20 et 27 mars 1949). Au premier tour, il obtint 574 voix (Roger Torreilles, PCF, 1307 ; Joseph Artès, radical-socialiste, maire de Torreilles, 1038 ; Dominique Parsuire, SFIO, 273). Artès fut élu au second tour.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article179950, notice VIDAL-BARRAGUÉ Laurent, Albert par André Balent, version mise en ligne le 17 avril 2016, dernière modification le 3 février 2017.

Par André Balent

SOURCES : Arch. dép. Pyrénées-Orientales : 2 E 3465, acte de naissance et mentions marginales ; 1 R 457, f° 1490 ; 2 M5 302/303/304 (ancienne cote). — Le Cri socialiste, 1er juin 1935, 8 juin 1935. — Le Socialiste des Pyrénées-Orientales, 21 octobre 1937, 22 avril 1938. — Le Républicain du Midi, 21 mars 1949. — Roger Bernis, Les Pyrénées-Orientales sous la IVe république, thèse, de droit, dactylographiée, Montpellier, 1971. — Roger Bernis, Roussillon politique. Du réséda à la rose … 1. Le temps de quatrième (1944-1958), Toulouse, Privat, 1984, 286 p. [pp. 26-27, 81, 269]. — Renseignements communiqués par le secrétariat de mairie de Saint-Laurent-de-la-Salanque, lettre du 24 novembre1982. — Entretien avec Madeleine Rousseau, née Guillaume, originaire de Saint-Laurent-de-la-Salanque, Latour-de-Carol, 22 juillet 1983. Et son témoignage écrit dont une partie a été recueilli auprès de sa mère elle aussi otiginaire de saint-Laurent-de-la-Salanque.

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