CHICHÉRY Marcel, Louis, René [pseudonyme « Rémy »]

Par Alain Dalançon

Né le 25 novembre 1910 à Pamproux (Deux-Sèvres), disparu en déportation en Allemagne en avril 1945 ; professeur ; résistant, responsable de Libération-Nord et de l’Armée secrète dans les Deux-Sèvres.

Marcel Chichéry

Marcel Chichéry était le troisième enfant de la famille ; son père, Louis, âgé de 45 ans, sous-officier retraité de l’armée, et sa mère, née Marie Audebrand, tenaient un bureau de tabac à Lezay (Deux-Sèvres) où il passa son enfance. Bon élève, il fut envoyé comme interne à l’école primaire supérieure de garçons de Poitiers puis entra comme élève-maître à l’École normale d’instituteurs de Parthenay (promotion 1926-1929). Il revenait passer ses vacances à Lezay où se réunissait toute la famille dont sa sœur aînée Raymonde, son mari Émile Bèche, tous deux instituteurs à Saint-Coutant, puis à Limalonges, et leurs enfants.

Marcel Chichéry effectua une quatrième année à l’ENI de Rennes, intégra l’École normale supérieure de garçons de Saint-Cloud, option sciences (1930-1932), et passa deux certificats de licence à la Sorbonne en 1931 (physiologie générale et botanique). À sa sortie de l’École, il obtint le certificat d’aptitude de professeur des écoles primaires supérieures et des écoles normales.

Il effectua alors son service militaire au 109e régiment d’artillerie de Poitiers (Vienne) en 1933, qu’il termina comme sous-lieutenant, et se maria le 16 septembre à Lorient (Morbihan) avec Madeleine Oliéro, normalienne de Fontenay-aux-Roses, qu’il avait rencontrée durant leur quatrième année d’EN à Rennes. Ils eurent deux enfants, Jacqueline (1935) et Guy (1936).

Nommé professeur à l’école primaire supérieure de Vichy (Allier), Marcel Chichéry s’inscrivit à la Faculté des Sciences de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) où il obtint un certificat de géologie. Il travailla en collaboration avec le professeur Jung à l’élaboration de cartes géologiques, publia des articles rendant compte de ses recherches sur des gisements de la Vallée de l’Ardoisière près de Vichy, et devint en 1938 membre de la Société géologique de France.

Muté à l’École normale d’instituteurs de Laon (Aisne) à la rentrée 1935, il fut mobilisé en septembre 1939 au 147e régiment d’artillerie à Altkirch puis à partir de mars 1940 comme officier géologue du génie de la Ve armée. Démobilisé en 1940, alors que sa famille était restée dans les Deux-Sèvres où elle s’était réfugiée, il accepta un poste en zone « interdite » au lycée de filles de Saint-Quentin (Aisne), obtint son quatrième certificat de licence de chimie générale après avoir suivi les cours de la Faculté catholique de Lille.

À la rentrée 1941, il fut nommé au collège de Cognac (Charente) et enfin, à la rentrée 1942, au collège de Saint-Maixent (Deux-Sèvres), proche de son village natal, où il enseignait les sciences naturelles et les mathématiques.

Le retour de Marcel Chichéry dans les Deux-Sèvres coïncida avec la prise de responsabilités de son beau-frère, Emile Bèche, dans la Résistance intérieure. Ce militant du parti socialiste SFIO, élu député du Front populaire des Deux-Sèvres en 1936, avait refusé de se rendre à Vichy pour y voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Au début de l’automne 1942, il était devenu responsable régional de « Libération-Nord », du « réseau Raymond » (Confrérie Notre-Dame appelé par la suite CND-Castille) et du Parti socialiste clandestin.

En novembre 1942, Marcel Chichéry (pseudonyme : Rémy) rejoignit le réseau de son beau-frère et de la branche civile de Libération-Nord, dont il devint responsable pour les Deux-Sèvres puis régional en 1943, avant même la fuite forcée de son beau-frère au mois de décembre, suivie de l’incarcération de sa sœur et de sa nièce. Ses déplacements dans la région pour la poursuite de ses travaux de recherche en géologie et paléontologie lui servaient de couverture.

Après la création de l’Armée secrète, dont il favorisa la prise de commandement par Edmond Proust, il se vit confier la responsabilité du 1er bureau (recrutement, lutte contre le STO) avec pour adjoint, un instituteur à Saint-Eanne, René Marsteau. À la suite de dénonciations, son réseau fut démantelé. Arrêté en février 1944 par la SIPO à son domicile à Saint-Maixent, Marcel Chichery fut incarcéré à Poitiers, puis le 16 mai à Compiègne. Déporté au camp de Neuengamme le 7 juin, il fut affecté au kommando de Stöcken-Hanover, dans une usine de production de batteries. En avril 1945, devant l’avance de l’armée américaine, le camp fut évacué. Marcel Chichery, dans un état squelettique, et dix de ses compagnons auraient été vus à proximité de Gardelegen où sa trace fut perdue après la tuerie de 1 016 prisonniers de guerre et déportés, brûlés vifs dans une grange. Son corps ne fut pas retrouvé et identifié.

Aucune mention marginale portant son décès ne figure sur son acte de naissance. Une plaque commémorative a été apposée en 2014 en sa mémoire, au 15, rue des vieilles boucheries à Saint-Maixent, là où il fut arrêté.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article179983, notice CHICHÉRY Marcel, Louis, René [pseudonyme « Rémy »] par Alain Dalançon, version mise en ligne le 19 avril 2016, dernière modification le 13 juillet 2017.

Par Alain Dalançon

Marcel Chichéry
Dessin de René Baumer

SOURCES : Documentation du « Conservatoire de la Résistance et de la Déportation des Deux-Sèvres et des régions limitrophes » de Thouars. — Jean-Luc Cartron (son petit-fils), La vie de Marcel Chichery, Geste éditions, 2015. — La Nouvelle République du 26 juin 2014. — État civil de Pamproux.

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