BROSSARD Pierre, Marie, Joseph, Élie. Pseudonyme dans la Résistance « Philibert »

Par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason, Claude Pennetier

Né le 10 avril 1913 à Orléans (Loiret), mort en déportation le 3 mai 1945 à Lubeck (Allemagne) ; ajusteur-outilleur, balancier selon son acte de décès ; domicilié à Fontenay-sous-Bois ; militant et résistant communiste ; responsable des cadres dans la région parisienne sud, puis nationalement dans la clandestinité.

Pierre Brossard.
Pierre Brossard.

Domicilié à Fontenay-sous-Bois (Seine, Val-de-Marne), Pierre Brossard était titulaire du certificat d’études primaires. Il adhéra au Parti communiste en 1937. Il n’eut aucune responsabilité importante avant la guerre ni au début de l’occupation. Mobilisé en 1939 à Fontainebleau (Seine-et-Marne), il fut affecté spécial comme chef d’équipe chez Bréguet à Villacoublay (Yvelines).
De mars à décembre 1941, son action clandestine se déroula sur le plan syndical ; il était alors employé comme ajusteur outilleur dans une usine d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) avant de passer dans la clandestinité en juin 1941. Il accepta un travail de propagande pour le Parti communiste et devint responsable des cadres de la section de Juvisy (Essonne) pendant trois mois avant d’accéder à la responsabilité des cadres de la région parisienne sud jusqu’en décembre 1942. Depuis le début des années trente, le contrôle des cadres avait pris une place importante dans le système communiste ; la guerre en modifiait le fonctionnement tout en renforçant son importance. La direction des cadres avait subi de sérieux revers et une crise majeure en raison de la mise à l’écart de Maurice Tréand, d’Edmond Foeglin et de l’arrestation puis la mort d’Arthur Dallidet. Il fallut faire appel à des hommes nouveaux.
Même si les sources varient lorsqu’elles abordent les responsabilités exactes de Pierre Brossard, les causes et la date de son arrestation, il semble bien qu’il ait été adjoint de Robert Dubois, alias Breton puis son successeur comme responsable national des cadres à partir d’octobre 1942.
Du 23 novembre 1942 au 27 février 1943, 15 inspecteurs
de la BS1 filèrent et identifièrent
des militantes et militants dont Pierre Brossard.
« Le 23 novembre 1942, mademoiselle Lacipière quitte le 36 rue Rochechouart à 11 heures 30 et se rend avenue de la porte de Clignancourt où, à l’angle de cette voie et de la rue Brisard, elle rencontre à 12 heures 15, un individu identifié par la suite comme étant le nommé Kammeney Léon, né le 6 décembre 1905 à Varsovie (Pologne) demeurant 1 rue Gozlin à Paris (VIe arr). »
« Pris en filature, Kammeney se rend 158 rue Damrémont d’où il n’a pas été vu sortir. De son côté, Mlle Lacipière est rentrée 36 rue Rochechouart. »
« Le 24 novembre 1942, mademoiselle Lacipière quitte son domicile à 8 heures 55. Par le métro, elle se rend boulevard Raspail où, à l’angle de la rue Chomel, elle rencontre à 9 heures 15, une femme identifiée par la suite comme étant Mlle Bertho Yvonne, née le 2 mars 1908 à Paris XIXe arrondissement 44 avenue Aristide-Briand à Montrouge. Par différentes voies, elles se rendent au métro Chambre des Députés où elles se séparent à 10 heures 15. Mademoiselle Lacipière est abandonnée, de son côté mademoiselle Bertho se rend par le métro 44, avenue Aristide-Briand à Montrouge. »
« Le 26 novembre 1942, Mlle Lacipière quitte son domicile à 13 heures 30 et se rend rue Belliard où à 14 heures 10, elle rencontre un individu identifié par la suite comme étant le nommé Henri, Joseph Bouchaud né le 2 février 1897 à Sillards (Vienne), demeurant 38 boulevard Zamenhoff à Clamart. Ils se séparent à 14 heures 30, Mlle Lacipière est abandonnée. Bouchaud, de son côté, se rend boulevard Barbès. »
(une page est manquante)
République, « Ducret est abandonné et madame Payen se rend 30 rue Louis Besquel à Vincennes. »
« Le 17 décembre 1942, madame Payen quitte son domicile à 8heures 50 et prend le métro, elle descend à la station Mouton-Duvernet où à 9heures 50, elle rencontre une femme identifiée par la suite comme étant madame Berger Jeanne, née le 13 novembre 1899 à Villetoraux (Dordogne) demeurant 34 rue Saint-Sulpice. Toutes deux se rendent 17 rue Brézin. Par le métro, ensuite elles se rendent 8 avenue du Parc de Vanves à Vanves. Elles reprennent le métro et descendent à Pasteur où madame Payen est abandonnée. De son côté, madame Berger se rend par le métro à Sèvres-Babylone, et de là se dirige au 34 rue Saint-Sulpice. Le même jour, mademoiselle Lacipière quitte son domicile à 9 heures 45 et, par le métro, se rend boulevard Henri IV, où, devant le n° 25 elle rencontre Kammeney Léon. Tous deux, par le métro, se rendent au Château de Vincennes où, à 11 heures, devant le 70 avenue de la République, ils rencontrent un individu identifié par la suite comme étant le nommé Payen Roger, Désiré, né le 14 janvier 1913 à Puiseaux (Loiret), demeurant 8 avenue du Parc de Vanves à Vanves et précédemment 30 rue Louis-Besquel à Vincennes. »
« Kammeney Léon, par le métro, se rend 158, rue Damrémont à 12 heures 45 ; il en sort à 16 heures 45 et se rend 1, rue Gozlin. À 19 heures 10, il sort de cette dernière adresse, porteur d’une valise, et se rend à la Gare d’Austerlitz où il fait enregistrer sa valise à destination de Mme Kammeney "Bon Auberge", 16 avenue Jean-Jaurès à Cahors (Lot). À la sortie de la gare, il se rend à Gentilly où il est perdu de vue. »
« Le 21 décembre 1942, mademoiselle Lacipière quitte son domicile à 8 heures 35 et, par le métro, se rend place du Théâtre Français où, à 9 heures, elle rencontre Kammeney Léon. Ils se promènent dans le jardin des Tuileries et se séparent. Kammeney est abandonné. De son côté, mademoiselle Lacipière se rend Place de la Madeleine où à l’angle de la rue Duphot, elle rencontre à 9 heures 35 un individu identifié par la suite comme étant un nommé Weisse Robert, Jean, né le 24 juin 1905 à Paris (XIXe), demeurant 12 rue Gouthière. »
Mademoiselle Lacipière prend le métro et est abandonnée. De son côté, Weisse se rend 17, rue des Cloys à 11 heures 30, à l’Imprimerie dite "Gutenberg" »
« Le 23 décembre, madame Payen quitte son domicile à 14 heures 10. Par le métro et l’autobus, elle se rend avenue des Écoles à Villejuif où, à l’angle de cette voie et de la rue de Verdun, elle rencontre une femme identifiée par la suite comme étant madame Thévenin, née Robbe Jeanne, le 23 avril 1900 à Villeneuve-l’Archevêque (Yonne), demeurant 23 rue Rambuteau. Elles se séparent à 15 heures 50, madame Payen est abandonnée. De son côté, madame Thévenin, par différentes voies, se rend rue Raymond où à 16 heures, elle rencontre une femme identifiée par la suite comme étant madame Louise Welscher, née le 26 décembre 1898 à Noisy-le-Sec, demeurant 12, rue de Constantinople à Paris. Toutes deux rentrent à Paris et regagnent respectivement leur domicile. »
« Le 8 janvier, mademoiselle Lacipière quitte son domicile à 14 heures 15 et, par le métro, se rend au Bois de Vincennes où, à 14 heures 50, elle rencontre Kammeney Léon. Ils se séparent à 15 heures 30. »
« Le 12 janvier 1943, madame Thévenin quitte son domicile à 14 heures 40, et, par le métro, se rend au Bois de Vincennes où, à 15 heures 15, elle rencontre madame Payen, à 15 heures 30 ; elles se séparent, madame Thévenin est abandonnée. De son côté madame Payen prise en filature est perdue de vue. »
« Le 13 janvier, Kammeney Léon quitte son domicile 1, rue Gozlin à 10 heures 30, il gagne le boulevard Saint-Germain où, devant le bureau des PTT situé au n° 195, il rencontre à 10 heures 35 et sont abandonnés. Weisse, de son côté, pénètre à 11 heures 15, 48 rue Jacob où se trouve une remise de papier. »
« Le 14 janvier 1943, madame Thévenin quitte son domicile à 14 heures 30. Par le métro et l’autobus 94, elle se rend à Montrouge où à la station « avenue Verdier », elle rencontre madame Payen. Elles se promènent dans le quartier et se séparent à 15 heures 30. Madame Thévenin est abandonnée. De son côté, madame Payen réintègre son domicile. À 16 heures 40, elle ressort et se rend rue de Neuilly à Paris où elle rencontre Ducret. Ils sont perdus de vue quelques instants plus tard. »
« Le 16 janvier, madame Thévenin quitte son domicile à 14 heures 15 et se rend par le métro à la Porte d’Orléans. Elle prend l’autobus 94, quelques instants plus tard, madame Payen monte dans le même autobus. Toutes deux descendent à l’arrêt Place Carnot à Fontenay-aux-Roses. Elles s’engagent dans la rue des Châtaigner où elles échangent des papiers, puis prennent la route de Bièvres où elles doivent être abandonnées. »
« Le 18 janvier 1943, madame Payen quitte son domicile à 8 heures 30 et, par le métro et l’autobus, se rend rue Sorbier à Thiais où elle rencontre un individu et une femme (perdus par la suite). Madame Payen est abandonnée, la femme rencontrée à Thiais se rend Porte d’Italie, prend le métro et descend au Châtelet, se rend 13, rue du Temple à 10 heures 30. Elle en sort à 10 heures 45. Elle reprend le métro et descend au Pont de Neuilly à 11 heures 30. Elle traverse le pont et monte l’avenue de la Défense. À une centaine de mètres, elle croise un individu qui lui dit quelques mots sans s’arrêter. À 12 heures, au Rond-Point de la Défense, elle est rejointe par cet individu identifié par la suite comme étant le nommé Pierre Brossard, né le 10 avril 1913 à Orléans, demeurant 36 rue Dalayrac à Fontenay-sous-Bois. Au bout de 5 minutes, ils sont rejoints par l’individu vu le matin par madame Payen (individu non logé). Ils se quittent à 12 heures 30, l’homme et la femme sont perdus de vue, Brossard réintègre son domicile. »
« Le 18 janvier 1943, Mme Payen quitte son domicile à 8 h 30 et se rend 39, rue de Châteaudun à Ivry. Elle fait différentes courses ensuite et se rend au métro Charenton Écoles où à 11 h 30, elle rencontre Mlle Lacipière. Ensemble, elles prennent le métro, Mme Payen est abandonnée et Mme Lacipière gagne la station Chevaleret où dans la rue du même nom, elle rencontre à 12 heures, le nommé Bouchaud. Tous deux se dirigent à pied vers la Place d’Italie où ils se séparent. Mlle Lacipière est abandonnée. De son côté, Bouchaud prend le métro et descend à la Bastille, et va déjeuner au restaurant Duffourd, 84 rue de l’Hôtel de Ville de 13 heures à 13 heures 30. À la sortie, il prend le métro et descend au Château de Vincennes et semble attendre quelqu’un. Il reprend le métro et se rend à la Gare du Nord où, à 16 heures 15, il rencontre Abonneau. Ils conversent ensemble et se séparent à 16 heures 30 où tous deux sont perdus de vue. »
« Le 19 janvier 1943, madame Thévenin quitte son domicile à 14 heures 15 ; par le métro et l’autobus 85 elle se rend au cimetière de Villejuif où elle rencontre à 15 heures 15 madame Payen. Elles se séparent à 15 heures 50 et madame Payen est abandonnée. De son côté, madame Thévenin prend contact à l’angle de la rue Jean-Jaurès et de l’avenue de la République avec madame Welscher. Il est 16 heures. Elles se dirigent au café-tabac Terminus. Madame Thévenin en sort à 16 heures 15 et est abandonnée. Madame Welscher quitte cet établissement à 16 heures 20 et retourne à Paris où elle est logée 12, rue de Constantinople. »
« Le 20 janvier 1943, madame Payen quitte son domicile de Vanves à 9 heures 15 et, par l’autobus et le métro, se rend à son ancien domicile de Vincennes où elles se séparent. Madame Payen est abandonnée. De son côté, Mlle Lacipière se rend à Paris où elle fait des visites dans les Grands Magasins. Puis, par le métro, elle se rend à la Mairie d’Issy-les-Moulineaux où, à 16 heures, elle rencontre Bouchaud. Ils se séparent à 16 heures 15. Bouchaud est abandonné. [Mademoiselle Lacipière reprend le métro et se rend à la Nation où, à 17 heures, elle rencontre Weisse. Ils sont perdus dans le cours de Vincennes. »
« Le 21 janvier 1943, madame Thévenin quitte son domicile à 14 heures et, par le métro, et l’autobus, se rend rue Edmond-About au Plessis-Robinson où, à 15heures, elle rencontre madame Payen dans la rue Camille-Pelletan. Madame Thévenin remet différents paquets à madame Payen. À 15heures 20, elles se séparent, Mme Thévenin est alors abandonnée. De son côté Mme Payen, par le métro, se rend au Château de Vincennes. À 16 heures 40, elle se rend 30 rue Louis-Besquel à Vincennes, d’où elle sort quelques instants plus tard pour se rendre à l’Asile de la Maison Blanche à Ville Evrard où, à 18heures, elle rencontre son mari, M. Payen. Ils sont perdus de vue quelques instants plus tard. »
« Le 25 janvier 1943, madame Payen sort de chez elle à 8 heures 30 et se rend avenue du Roule à Neuilly, où, à l’angle de la rue Saint-Pierre, elle rencontre à 11 heures, Mlle Lacipière. Elles prennent le métro à 11 heures 30, à la Bastille, Mme Payen descend et est abandonnée. Seule, Mlle Lacipière reste sur le quai et à 11 heures 45 est rejointe par Bouchaud. À 12 heures, ils se séparent. Bouchaud est abandonnée. Mlle Lacipière prend le métro et descend au Pont-Neuf ; elle se rend sur le quai Conti où, devant la Monnaie, elle rencontre à 12 heures 30, Kammeney. Ils se séparent à 12 heures 45, Kammeney est abandonné. Mlle Lacipière se rend 26 rue des Francs-Bourgeois à sa sortie n’a pas été remarquée. »
« Le 26 janvier 1943, Mme Thévenin quitte son domicile à 14 heures 25 et se rend route de Châtillon à Malakoff où à 15 h 05 elle rencontre Mme Payen. Elles se séparent quelques instants plus tard. Mme Payen est abandonnée.
De son côté, Mme Thévenin rencontre à 15 h 50 au café Dupont à la Maison Blanche Mme Welscher. Elles sortent à 16 heures 20 et rentrent à Paris. Mme Welscher est abandonnée et Mme Thévenin rentre chez elle à 18 h 10. »
« Le 27 janvier 1943, Mme Payen quitte son domicile et se rend 38 bis, boulevard Beaumarchais. À 10 h 40, elle se rend au métro Bastille, elle se rend rue Robespierre à Montreuil où, à 11 h 15, elle rencontre Mlle Lacipiére. Elles se séparent à 11 h 25. Mlle Lacipière est abandonnée. Mme Payen, de son coté, rencontre son mari, Payen à 11 h45 à l’angle de l’avenue de Paris et du Pont du Chemin de Fer de Ceinture où ils sont perdus. Le même jour, Mme Thevenin quitte son domicile à 13 heures 55 ; par le métro elle se rend à Bourg-la-Reine où à 15 heures, dans la rue Hoffmann, elle rencontre Mme Payen. Elles se séparent quelques instants plus tard, et sont perdues de vue. »
« Le 28 janvier 1943, Kammeney quitte son domicile à 8 heures 15. Au pont Sully, à 8h 45, il rencontre Bouchaud ; ils se quittent quelques instants plus tard ; Kammeney est abandonné. Bouchaud, de son côté, rencontre à 9 heures 30, devant l’Institut de France, un individu identifié par la suite comme étant le nommé Bourges Jean, né le 13 janvier 1914 à Plény (Côtes-du-Nord) demeurant 276 rue de Paris à Montreuil. Pris en filature, ils sont perdus de vue. »
Le même jour, Mme Payen quitte son domicile à 9h 50 et rencontre Mlle Lacipière à 9 h 50 à l’église. Mlle Lacipière rencontre à 12 heures, boulevard Magenta Kammeney. Ils se séparent au bout de quelques instants. Kammeney est abandonné. Mlle Lacipière se rend 12 rue Gouthière à son nouveau domicile. De son côté, Mme Payen rentre chez elle, sort à 13 heures 30 et rencontre, à 14 heures 15, près de la gare de Robinson, Mme Thevenin. »
« Le 2 février 1943, Mme Thevenin quitte son domicile à 16 heures, elle se rend route de Châtillon à Montrouge où, à 15 heures 45, elle rencontre Mme Payen. Elles se séparent à 16 heures 15. Mme Thevenin rentre chez elle. De son côté, Mme Payen rentre également chez elle. À 17 heures 30, elle sort accompagnée de son mari, ils se rendent à la Gare de l’Est où ils prennent le train de 18 heures 50 pour Chelles, où ils se rendent chez un nommé Raymond Simon, Louis né le 11 février 1898 à Bruay, demeurant 15 boulevard de la Marne à Champs-sur-Marne. »
« Le 3 février 1943, Mlle Lacipière quitte son domicile à 9 heures 30, elle se rend au Château de Vincennes où, à 10 heures, elle rencontre Kammeney. »
« Tous deux après s’être séparés sont gardés en filature. Kammeney est perdu de vue quelques instants plus tard. De son côté, Mlle Lacipière prend le métro, à la station Étoile Mme Payen monte dans le même wagon. Toutes deux descendent « aux Sablons », par différentes rues elles gagnent l’avenue du Roule où, à 11 heures, l’angle de la rue Saint-Pierre, elles prennent contact. »
« Elles reprennent le métro « "aux Sablons" », et se séparent à "Palais Royal". Mlle Lacipière rentre chez elle, Mme Payen est perdue de vue . »
« Le 4 février 1943, M. et Mme Payen quittent leur domicile de Vanves à 8 heures 10 ; ils se rendent 34 rue Saint-Sulpice d’où ils sortent à 11 heures 15 ; ils prennent le métro et descendent à Michel Ange Auteuil où, à 12 heures ; devant l’Église d’Auteuil, il rencontre un individu identifié par la suite comme étant le nommé Sable Armand, né le 17 août 1911 à Orgibet (Ariège), demeurant 8, rue Auguste Bartholdi à Boulogne. Ils se séparent au bout de quelques instants, le ménage Payen est abandonné. Sable rentre chez lui.
Le même jour, Mme Thevenin quitte son domicile à 14 heures 25, par le métro, elle se rend à Robinson où elle rencontre à 15 heures 30 Mme Payen avenue des Quatre Chemins à Châtenay. À 15 heures 45, elles se séparent, Mme Payen est abandonnée. Sa liaison se rend dans une agence de location, rue Houdan à Châtenay, puis dans une autre agence 21, avenue des Quatre-Chemins à Châtenay. Puis elle prend l’autobus et descend rue d’Arcueil à Malakoff où elle est perdue de vue. L’enquête effectuée dans les agences a permis d’établir qu’elle recherchait un pavillon de 6 000 à 10 000 francs, elle a donné comme nom : Madame Pélissier 81 boulevard Lamouroux à Vitry-sur-Seine. »
« Le 10 février 1943, Payen sort de chez lui dans la matinée et va déjeuner au restaurant de la Grande Canette à Vincennes. Il sort à 13 heures et, par l’autobus se rend au Pont de Bry-sur-Marne où à 13 heures 45, il rencontre une femme identifiée par la suite comme étant Mme Duchesne, née Bonnin Zélia, le 14 août 1908 à Sainte-Solange (Cher), demeurant 42 boulevard de la République à Saint-Cloud à 15 heures 10, ils se séparent, Payen est abandonné. Madame Duchêne rentre chez elle. »
« Le 13 février 1943, mademoiselle Lacipière quitte son domicile à 8 heures 30 et, par le métro, se rend rue de Rivoli angle rue des Archives, où à 9 heures elle prend contact avec Bouchaud. Ils se dirigent vers la Place de la Bastille où ils se séparent. Mademoiselle Lacipière est abandonnée. Bouchaud se rend avenue Daumesnil où, à 9 heures 35, il rencontre Abonneau. Bouchaud est abandonné, Abonneau se rend Place de la Nation où à 10 heures 30, il rencontre Bourges, tous deux se dirigent vers le Père Lachaise où ils se séparent. Abonneau est abandonné. Bourges se promène et réintègre son domicile 276 rue de Paris à Montreuil. »
« Le même jour, la surveillance est prise au "Restaurant de la Grande Canette" où certains militants déjeunent généralement. À 13 heures, Payen et sa femme sortent de cet établissement ; ils se dirigent vers le Château de Vincennes où ils se séparent. Payen est abandonné, nous conservons sa femme, madame Payen, qui, au même endroit, à 13 heures 15 prend contact avec Mlle Lacipière. Elles se séparent à 13 heures 25, madame Payen est abandonnée. »
« De son côté mademoiselle Lacipière prend le métro et descend à La Bastille où, à 13 heures 40, elle rencontre Bouchaud à l’angle du boulevard Henri IV et du boulevard Bourdon. Ils prennent le boulevard Henri IV et se séparent à 13 heures 50 à la station de métro Sully-Morland. Mademoiselle Lacipière est abandonnée. Bouchaud, par les quais, se rend devant la Belle Jardinière où il rencontre sa femme. Ils se promènent, vont au cinéma et réintègrent à 18 heures 50 leur domicile 38 boulevard Zamenhoff à Clamart. »
« Le 18 février 1943, Payen quitte son domicile à 8 heures 50, par le métro ; il se rend au Château de Vincennes, il prend l’autobus n° 110, descend au marché de Saint-Maur et rencontre rue de la Liberté un individu identifié par la suite comme étant le nommé : Robert Henri Lebon né le 18 août 1915 à Villejuif, demeurant 10 rue du Moulin de Saquet à Villejuif. Pendant une heure quinze, ils causent en empruntant les petites rues et se séparent au Pont de Créteil. Payen est abandonné.
« De son côté Lebon rentre à Saint-Mandé où, avenue Foch, il rencontre à 11 heures quarante un individu identifié par la suite comme étant le nommé Bré Gaston, François, né le 18 janvier 1898 à Cluis (Indre), demeurant 4 avenue de la Porte de Ménilmontant. Pris chacun en filature, Lebon se rend dans un restaurant 82 rue Montorgueil où, à sa sortie, il est perdu de vue. De son côté, Bré prend le métro et rentre à son domicile 4, avenue de la Porte de Ménilmontant. »
« Le 17 février 1943, Abonneau quitte son domicile à 8 heures 40. Il se rend dans un café à l’angle du boulevard de la Bastille et du quai de la Rapée (XIIe arr.). Il en sort à 9 heures 15, en compagnie d’un individu non identifié. Ils se dirigent Place de la Bastille où ils se séparent. Abonneau est abandonné. Sa liaison emprunte diverses rues de la Capitale, et à l’angle de la rue Réaumur et du boulevard Sébastopol, cet individu non identifié rencontre un militant identifié par la suite comme étant un nommé Chabanois Louis, Simon, né le 2 juin 1921 à Aulnay-sous-Bois, demeurant 92, rue des Boulets (XIe arr.). Ils se séparent à l’angle de la rue Saint-Martin et rue Rambuteau où ils sont perdus de vue. »
« Le 23 février 1943, Abonneau quitte son domicile à 8 heures 45 et se rend au métro à la station Villiers où à 10 heures 15, il est rejoint par Bouchaud. Ils se dirigent à la place Péreire où Bouchaud est abandonné. Abonneau se rend par le métro au Palais-Royal où il est perdu de vue. Le même jour, mademoiselle Lacipière quitte son domicile à 9 heures 25, par le métro, elle se rend rue de Provence, en face, au n° 62, elle rencontre à 10 heures 10 mademoiselle Yvonne Bertho. Elles se rendent dans un café, puis vont prendre le métro. Mademoiselle Lacipière est abandonnée, mademoiselle Yvonne Bertho réintègre son domicile 44 avenue Aristide-Briand à Montrouge. »
« Le 24 février 1943, Abonneau quitte son domicile à 8 heures 45, prend le métro et descend à Parmentier ; il se rend dans un débit de boissons où à 9 heures 30, il est rejoint par Bourges. Tous deux se promènent dans le quartier et se séparent au bout de quelques instants. Bourges est abandonné et Abonneau, gardé en filature, est perdu de vue. »
« Le 25 février 1943, mademoiselle Lacipière et Weisse quittent à 8 heures 40 le 12 rue Gouthière, ils se séparent au métro Censier Daubenton. Seul Weisse est gardé en filature. Il se rend 56 rue de la Roquette à 10 heures 10 dans un local dont il possède les clefs, puis il rentre à son domicile 12 rue Gouthière.
« Le même jour, Bré quitte son domicile vers 10 heures 30. Il prend le métro et descend à la station Halles. Il se rend, Place Saint-Germain l’Auxerrois où à 11 heures 10 il rencontre un individu identifié par la suite comme étant le nommé Georges Marranne, né le 14 mai 1917 à Paris (XVIIIe arr.) ; domicilié 14 rue Roger Salengro au Kremlin-Bicêtre. Ils se promènent dans le quartier et se séparent rue Rivoli à l’angle de la rue Rohan. Bré est abandonné, de son côté Marranne rentre à son domicile. Le même jour, Lebon quitte son restaurant habituel rue Montorgueil ; il se rend square de la Rapée où à 13 heures 45 il rencontre Bré. Ils sont perdus de vue quelques instants plus tard. »
« Le 27 février 1943, Abonneau quitte son domicile à 8 heures 30 et se rend au café des Templiers, Faubourg du Temple où il rencontre Weisse, à la sortie ce dernier est abandonné. Abonneau se rend place de la Bastille où il rencontre un individu non identifié ; au bout d’un moment ils se séparent. Abonneau est abandonné, son compagnon se rend au métro Porte de Montreuil, où il rencontre Bouchaud et Chabanois. Ils se séparent, seul Chabanois est gardé en filature ; il rentre 92 rue des Boulets. Le même jour, Bré quitte son domicile à 8 heures 40. À 10 heures, à l’angle de la rue Rivoli et de la rue Saint-Martin, il rencontre Marranne. Ils se quittent à 10 heures 25 à la Bastille, Bré est abandonné, Marranne réintègre son domicile à 12 heures 15. »
« Le même jour, Brossard quitte son domicile à 7 heures 45, et se rend à Vincennes où à l’angle des rues Fontenay et Montreuil, à 8 heures 30, il rencontre une femme identifiée par la suite comme étant mademoiselle Julia Romain, née le 10 août 1905 à Lépy-Gy (Territoire de Belfort). Ils se séparent à 8 heures 45 à la Mairie de Saint-Mandé. Brossard est abandonné. Mademoiselle Romain se rend par métro et autobus à Châtillon-sous-Bagneux où à 10 heures, elle rencontre une femme identifiée par la suite comme étant mademoiselle Lucie Gratadoux, née le 25 juin 1919 à Paris (Xe arr.) demeurant 1 rue Racine à Montrouge. Elles sont arrêtées au moment où elles prennent contact. »
L’affaire Pierre Brossard outre les rapports de filatures comprenait 938 scellés.
Le rapport de filature rédigé à l’attention du commissaire David après l’arrestation de Pierre Brossard signalait qu’il était membre de la direction du Parti. Dans la demande de carte de Combattant volontaire de la Résistance (CVR) qu’elle rédige en mai 1958, son épouse affirme qu’il avait des responsabilités au sein du Front national en particulier qu’il était responsable aux cadres et qu’il avait mis en place l’appareil de direction de ce mouvement. Selon elle, il aurait été arrêté « le 1er mars à la suite de l’arrestation de Fernand Vion dit Charlemagne son adjoint chez qui on avait trouvé des documents ».
Pierre Brossard fut arrêté vraisemblablement le 1er mars 1943 (une autre source donne le 28 février) à son domicile 36, rue Dalayrac où il rentrait presque tous les soirs, sans prendre de précautions selon la police. Cette arrestation est consécutive à celle, la veille, de deux de ses agents de liaison, Lucie Gratadoux, vingt-quatre ans, institutrice publique en disponibilité domiciliée à Montrouge (Seine, Hauts-de-Seine), et Julia Romain, trente-huit ans, couturière domiciliée à Vincennes (Seine, Val-de-Marne).
La police aurait saisi à l’occasion de son arrestation trois ou quatre cents biographies de militants communistes avec, semble-t-il, le code permettant de les déchiffrer. Dans les jours qui suivirent furent arrêtés son adjoint, Gilbert Delhaye, domicilié à Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine), Léon Isaac Kammeney, fourreur, « adjoint du responsable technique national chargé des traitements des fonctionnaires communistes » et Roger Payen, artiste peintre domicilié à Vanves (Seine, Hauts-de-Seine), responsable technique national. Toujours selon la même source policière, les documents saisis auraient permis l’arrestation de quarante responsables nationaux, régionaux ou interrégionaux, de deux avocats, et la découverte de deux dépôts d’armes.
À la suite de cette affaire, un groupe de trois militants (Jean Chaumeil, Venise Gosnat et Henri Gourdeaux) fut chargé de réorganiser l’affectation des cadres.
Pierre Brossard fut déporté au camp de Neuengamme, en partant de Royallieu, le 21 mai 1944. Il mourut en baie de Lübeck le 3 mai 1945. Le bruit courut qu’il aurait péri dans un bateau au cours d’un bombardement dans le port de Hambourg. Homologué sous lieutenant FFI à titre posthume à partir du 28 février 1943, il est déclaré comme n’ayant appartenu à aucun mouvement ou réseau de la France combattante et classé dans la catégorie « Isolé ». Il a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF).
Son épouse, Denise, Alphonsine, Renée Lansoy, fut déportée à Ravensbruck puis à Oranienburg-Sachsenhausen. Elle revint des camps et mourut le 12 octobre 1996.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18011, notice BROSSARD Pierre, Marie, Joseph, Élie. Pseudonyme dans la Résistance « Philibert » par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason, Claude Pennetier, version mise en ligne le 27 juin 2021, dernière modification le 27 juin 2021.

Par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason, Claude Pennetier

Pierre Brossard.
Pierre Brossard.
Plaque Pierre Brossard à Draveil

SOURCES : Arch. Paris, 1466 W 6 et 7, BS1 37, BS2 (affaire Quillient). – Arch. PPo. 77 W 3101-219674. – Bureau Résistance GR 16 P 92675. – Simone - Bureau Résistance GR 16 P 92675. – Simone et Auguste Gillot, Un couple dans la Résistance, op. cit. – Jacques Duclos, Mémoire, op. cit., t. 3, p. 40-42 et 243. – La Résistance, chronique illustrée, 1930-1950, Paris, 1972-1976, t. 5, p. 186. – Stéphane Courtois, Le PCF dans la guerre, 1980, p. 358. – Roland Gaucher, Histoire secrète du Parti communiste français, 1974, p. 401. – Mémorial des déportés français à Sachsenhausen, édité par l’Amicale des anciens déportés d’Oranienburg-Sachsenhausen, sd. – État civil de Fontenay-sous-Bois. – Renseignements fournis par Fabrice Bourrée, Emmanuel Debono et Martine Garcin. –

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 144 cliché du 1er mars 1943.

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