VERGNAUD Robert, Louis

Par Jacques Girault

Né le 6 novembre 1913 à Suris (Charente), mort le 30 avril 2015 à Saint-Michel (Charente) ; instituteur en Charente ; militant du SNI ; militant du PCF ; conseiller municipal d’Angoulême.

Fils d’un ouvrier sabotier et d’une jeune femme sans profession qui devinrent des ouvriers papetiers d’idées radicales-socialistes, Robert Vergnaud entra à l’École normale d’instituteurs d’Angoulême en 1932. Rappelant son pacifisme, il l’expliquait par la formation reçue qui "nous poussait à ce genre de compromis et nous mettions l’homme au-dessus de tout, sans voir les conséquences à terme d’une politique d’abandon immédiat". Il commença à suivre les cours de la préparation militaire, mais les abandonna la deuxième année, sensible aux arguments antimilitaristes.

Il se maria en août 1935 à Laruscade (Gironde) avec une institutrice, fille d’un cultivateur. Ils eurent trois enfants. Avec son épouse, il enseignait en poste double à Guimps (Charente) et y animait une société de loisirs. Il pratiquait les techniques de Freinet puis par la suite ne conserva que les pratiques de la coopérative et du texte libre.

Robert Vergnaud adhéra au Syndicat national des instituteurs en 1935. Élu au conseil syndical de la section départementale en 1937, il occupa pendant peu de temps la responsabilité de la commission des jeunes. D’accord avec toutes les initiatives de la direction nationale, il participa activement à l’aide aux Républicains espagnols, favorisant notamment la venue d’une troupe théâtrale catalane à Barbezieux. Toutefois, après l’approbation des accords de Munich, il ne participa pas à la campagne du SNI contre la guerre. N’ayant pas reçu l’ordre de grève, bien que conseiller syndical, il ne fit pas grève le 30 novembre 1938. Par la suite, lors des discussions internes entre partisans et opposants de la majorité, il se rapprocha de ces derniers.

Robert Vergnaud vota pour la première fois en 1936 pour le candidat radical-socialiste. Il adhéra au Parti socialiste SFIO en 1937 et fut le secrétaire de la section de Guimps. Il le quitta après le décret Albert Sérol du 8 avril 1940, ne pouvant accepter cette "faute impardonnable de la part d’un parti de gauche".

Mobilisé en décembre 1939, il suivit les cours d’élève-officier de réserve pendant la "drôle de guerre".

Robert Vergnaud enseigna à Angoulême à partir de 1945 comme instituteur et devint directeur d’école de 1958 à sa retraite.

Il joua un rôle de premier plan dans la reconstitution clandestine du syndicat et était le secrétaire de la section départementale à la Libération. Lors de la réunion du conseil national, le 27 décembre 1946, il traita de la question des rapports entre la direction du syndicat et les sections. Réélu au conseil syndical, le 8 janvier 1948, maintenu secrétaire général, lors de l’assemblée générale de la section, le 19 février 1948, il défendit le maintien dans la CGT en s’appuyant sur son expérience de trois années de secrétariat. Lors du congrès national du SNI, le 23 mars 1948, il déposa une motion souhaitant la recherche d’une solution susceptible de rassembler l’unanimité avant de poser la question de l’affiliation. Il espéra que puissent cohabiter les diverses tendances dans le SNI, ne serait-ce que pour favoriser l’éducation syndicale et donner "la cellule initiale du départ vers l’unité du mouvement syndical". Après le vote majoritaire de sa section pour l’autonomie, il resta au secrétariat général, puis fut remplacé au début de 1950, maintenu comme membre du bureau syndical pendant quelques années. Délégué au congrès national du SNI, il intervint, la 20 juillet 1951, dans la séance consacrée aux luttes laïques pour rappeler les grands principes laïques qu’il fallait rappeler constamment au peuple. Sa section syndicale se prononça en 1962 pour le retour à un bureau syndical comprenant des élus de toutes les tendances. Bien que minoritaire, il redevint secrétaire général en février 1962. Mais peu après, aux élections du conseil syndical, la tendance « autonome », qui proposait le retour à un bureau homogène l’emporta, et il cessa d’être secrétaire général, le 28 juin 1962 ; il resta pendant quelques mois membre du bureau de la section. Par la suite, lors des élections du conseil syndical, il conduisait les listes du courant « unitaire » tout en étant élu aux organismes paritaires, notamment la Commission administrative paritaire départementale. Après sa retraite, il resta membre du conseil syndical au titre de retraité. Le 6 mars 1969, sa proposition de faire participer toutes les tendances au bureau de la section fut repoussée. Pendant cette quarantaine d’années, il participa à tous les débats importants, en affichant un esprit de défense laïque et un souci de défense de l’unité corporative. À partir de la fin des années 1960, il fut en outre membre des conseils d’administration de la Fédération départementale des conseils de parents d’élèves et de la Fédération des œuvres laïques.

En 1949, pour les élections du bureau national du SNI, Robert Vergnaud figura en septième position sur la liste "Par l’unité et l’action, nous œuvrerons à la sauvegarde de l’école, de la liberté et de la paix". Lors de la réunion du conseil national, le 27 décembre 1949, élu en cinquième position sur la liste, il participa aux commissions des affaires internationales, pédagogique et d’action laïque. Il présida la réunion du conseil national, le 17 juillet 1950.

Candidat au bureau national en 8e position sur la liste « Pour la défense de l’école laïque, de l’indépendance nationale, de la démocratie et de la paix », il ne fut pas élu par le conseil national du 27 décembre 1951. À nouveau candidat au BN, il était en huitième position sur la liste « Pour renforcer l’unité et l’efficacité du SNI » et, en 1955, en 19e position sur la liste « Pour renforcer l’unité et l’efficacité du SNI. Liste d’action laïque et de défense de l’Education nationale ». En 1957, à nouveau sur la liste du courant en 19e position, il fut placé en 14e après le vote des militants siégeant à la réunion du conseil national. En 1959, il était le dernier sur la liste « Pour l’unité, la démocratie et l’efficacité du SNI ». Enfin pour les élections de 1963, il signa le texte des candidats au BN de la liste « Pour un SNI toujours plus uni, toujours plus fort ».

Robert Vergnaud adhéra au Parti communiste en 1943. Membre du bureau de la section communiste d’Angoulême, il devint membre du comité de la fédération communiste en 1957 et le demeura jusqu’en 1972. Il entra alors à la commission fédérale de contrôle financier qu’il présida à partir de 1974. Responsable à l’éducation dans la fédération communiste à partir de 1963, correspondant fédéral de L’École et la Nation, secrétaire de la section communiste d’Angoulême-Ouest (1963-1966), il participait au seul comité de section à partir de 1966. En 1969, il devint responsable fédéral des enseignants communistes et l’était toujours en 1972.

Robert Vergnaud devint conseiller municipal d’Angoulême en 1953 mais ne fut pas réélu en 1959. Considéré par la direction du Parti communiste français comme "influent", il fut souvent le porte-drapeau communiste dans les diverses élections sous la Cinquième République :

- aux élections législatives, en 1967 et 1968, candidat suppléant dans la première circonscription d’Angoulême, en 1972, candidat titulaire dans cette circonscription (11 556 voix sur 83 402 inscrits, quatrième position),

- élections cantonales, 1967, candidat dans un canton d’Angoulême, 1979, en lice dans le canton de Jarnac,

- élections municipales, tête de liste communiste à Angoulême en 1971, en cinquième position sur la liste d’union de la gauche conduite par le socialiste Jean-Michel Boucheron en 1977.

Robert Vergnaud était très lié avec Jean Pronteau. Mais il refusa de faire "passer ses propres amitiés avant l’intérêt du Parti" selon ses déclarations lors d’une réunion du comité fédéral en janvier 1965. En décembre 1966, selon le rapport de l’envoyé de la direction du PCF, à la conférence fédérale, dans la discussion sur le mouvement communiste international, il proposa de ne pas condamner fermement les positions des communistes chinois indiquant qu’ils n’avaient "pas toujours eu des positions fausses". Finalement après discussion, il accepta de ne pas donner "une caution pour l’avenir" et retira sa proposition.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article180481, notice VERGNAUD Robert, Louis par Jacques Girault, version mise en ligne le 8 mai 2016, dernière modification le 16 mars 2021.

Par Jacques Girault

SOURCES : Archives du SE-UNSA (Charente). — Archives du Comité national du PCF. –L’Ecole libératrice. — Renseignements fournis par l’intéressé.

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