BRUGNON Maurice, Charles

Par René Crozet, Jacques Girault, Frédéric Stévenot

Né le 7 mai 1909 à Saint-Michel-en-Thiérache (Aisne), mort le 21 août 1997 à Saint-Michel-en-Thiérache ; instituteur ; syndicaliste et mutualiste et militant socialiste ; résistant FFI ; maire de Saint-Michel (1965-1991), conseiller général du canton d’Hirson (1964-1988), député de l’Aisne (1967-1981).

Né au hameau de Montorieux, fils d’un ouvrier agricole devenu garçon-brasseur, garde-champêtre puis représentant de commerce et d’une domestique de ferme, femme de ménage, Maurice Brugnon reçut les premiers sacrements catholiques. Elève du cours complémentaire de Saint-Michel, il fut admis en 1925 au concours d’entrée de l’École normale d’instituteurs de Laon. Il adhéra alors à la Ligue des droits de l’Homme et aux Jeunesses socialistes. Il débuta comme instituteur en 1928 dans sa commune natale, puis fut nommé à Watigny (1931-1946) où il exerça les fonctions de secrétaire de mairie. Socialiste SFIO depuis 1931, il organisa dans ce village des cours post-scolaires agricoles, créa un syndicat de lutte contre les ennemis des cultures, un champ d’essais agricoles, développa les assurances mutuelles agricoles et s’occupa de la construction d’une école et d’une mairie. En outre, il créa en 1934 un des tout premiers fonds de chômage du département. A la fin des années 1930, il était le secrétaire départemental du syndicat des instituteurs-secrétaires de mairie.

Brugnon avait effectué son service militaire dans l’Infanterie à Haguenau (Bas-Rhin) comme caporal. Il se maria religieusement le 1er août 1931 à Saint-Michel avec Louise Leclère, sans profession, fille d’un ferblantier, qui collabora à son activité. Leur première fille fut seulement baptisée, leur fils ne le fut pas. Il avait adhéré à la Libre Pensée.

Mobilisé, en septembre 1939, fait prisonnier à Dunkerque, Brugnon s’évada et regagna Watigny où il reprit ses fonctions d’instituteur. Il adhéra au mouvement de Résistance Libération-Nord. Sa nécrologie dans la presse locale indiquait que sa participation à la Résistance avait été « autant discrète qu’active » comme responsable local de Libération-Nord puis de l’Organisation Civile et Militaire. Selon Aimé Tourolle, en juin 1944, la section qu’il dirigeait (sous le pseudonyme de « Charles »), basée dans une ferme isolée de Wattigny, comprenant une quinzaine de réfractaires au STO, souvent anciens élèves, se livra à diverses actions contre l’occupant et après son départ, organisa des patrouilles de surveillance. Maurice Brugnon fut homologué comme résistant FFI (GR 16 P 93819).

En 1946, Brugnon devint directeur de l’école du Plateau à Laon jusqu’en 1951. Parallèlement il assurait à l’École normale d’instituteurs le cours de formation aux fonctions de secrétaire de mairie. Sa carrière professionnelle s’acheva à la tête de l’école du Centre à Chauny (1951-1964) où il exerça aussi les fonctions de censeur du nouveau lycée Gay-Lussac. Retraité, il regagna Saint-Michel.

Conseiller syndical depuis 1939, à la Libération, Brugnon participa à la reconstitution de la section départementale de l’Aisne du Syndicat national des instituteurs et en devint secrétaire général (1945-1955), tout en assurant le secrétariat général de la section FEN de l’Aisne. Il fut élu au Conseil départemental de l’enseignement primaire (1945-1957) et à la commission administrative paritaire départementale.

Lors de la réunion du conseil national du SNI, le 18 décembre 1947, Brugnon, dans la discussion sur la grève des instituteurs parisiens, se prononça pour une grève nationale « parce qu’il faut être fidèle aux motions votées dans les divers congrès depuis la Libération ». Lors du congrès national du SNI (22-24 mars 1948, où il fut assesseur de la séance du 23, après que l’autonomie eut été décidée par 81 % des mandats, les partisans de l’adhésion à la CGT proposèrent de pouvoir maintenir la liaison avec la confédération. Il proposa une motion, adoptée par 58,5 % des mandats qui interdisait de constituer « un syndicat dans le syndicat », le syndicat n’étant « pas qualifié pour autoriser ou interdire des prises de cartes confédérales à titre individuel ». Ce texte, « avec adjonction présentée par Aigueperse », permettait de maintenir et de renforcer l’unité du syndicalisme enseignant en n’interdisant pas explicitement la possibilité d’une double affiliation à titre individuel. Dans une nouvelle intervention, l’après-midi du 23 mars, il préconisa le « synthèse » entre les motions déposées par René Bonissel et Marcel Valière, modèle pour « assurer la réunification du mouvement ouvrier » et « travailler à l’édification de la paix ».

En 1950, l’état de groupes départementaux de l’École émancipée signalait Delourme*, instituteur à Bois-les-Pargny, par Dercy et Brugnon de Laon, comme responsables du groupe, mais notait Marcel Pennetier "activité réduite, à relancer souvent" et il ne comptait que 6 abonnés à la revue (papiers de Marcel Pennetier). Il semble que les liens de ces deux enseignants avec l’École émancipée se soient rapidement distendus. Il intervint souvent lors des congrès nationaux du SNI. Le 20 juillet 1951, à Saint-Malo, sur les luttes laïques, il regretta l’inaction et la division, affichant son hostilité aux cartels d’action laïque. Le 17 juillet 1953 à Pau, il s’opposa à une alliance avec la CFTC en raison du risque de « confusion, préjudiciable à la défense laïque ». Elu au Conseil départemental en 1951, il en démissionna à la fin de 1953 à la demande du SNI pour protester contre la politique gouvernementale répressive et antilaïque. Il fut réélu en janvier 1954.

Brugnon participa à la création de la section de l’Aisne de la Mutuelle générale de l’Education nationale. Secrétaire dès sa création, il en devint le directeur en 1951 et le demeura jusqu’en 1965. Il fit construire le Centre laïque départemental pour regrouper les œuvres gravitant autour du syndicat. Il exerça de 1945 à 1977 la responsabilité de secrétaire de la Fédération départementale des œuvres laïques. Il créa et présida en 1952 les œuvres post-scolaires de la ville de Chauny.

Brugnon adhéra au Rassemblement démocratique et révolutionnaire le 6 avril 1948, et fut abonné à La Gauche. Membre du bureau de la fédération socialiste SFIO (1955-1956), secrétaire fédéral à la propagande (1956-1958), en 1958, il était considéré par les services du ministère de l’Intérieur comme étant, avec Jean Pierre-Bloch, la personnalité marquante de la Fédération socaliste de l’Aisne. Il intervint au Conseil national en mars 1958, soutint financièrement la minorité Depreux au début de 1958. Il fit partie de la commission « socialisme-laïcité-éducation » aux Journées nationales d’études (7-10 mai 1959). Il échoua dans sa candidature au Comité directeur en 1959.

Brugnon fut candidat aux élections législatives dans la quatrième circonscription (Chauny-La Fère) en 1958 et en 1962. Le 18 novembre, après avoir obtenu 6 135 voix sur 53 448 inscrits et 39 210 votants, il se désistait pour le candidat du Parti communiste. Élu conseiller général du canton d’Hirson, au deuxième tour, le 15 mars 1964, il conserva son siège jusqu’en 1988. Premier vice-président du Conseil général (1982-1985), il fut à l’origine du syndicat du Pays des Trois Rivières dont il devint le président en 1983. Il avait participé aussi à la création du Syndicat mixte pour le développement de la Thiérache en 1979. Élu conseiller municipal puis, le 28 mars 1965, maire de Saint-Michel-en-Thiérache, il conserva cette fonction jusqu’en novembre 1991. Dans une commune frappée par la disparition d’industries (fonderie, boulonnerie), il termina l’adduction d’eau, fit construire des établissements scolaires, des logements, des équipements divers, restaurer le site abbatial détruit par un incendie, créa un musée de la vie rurale, une médiathèque (future Marc Blancpain), organisa des concerts d’orgue....

Lors de l’élection partielle du 12 mars 1967, provoquée dans la troisième circonscription (Vervins-Hirson) par la mort accidentelle du député sortant Jean Risbourg, président UNR du conseil général, Brugnon, candidat de la Fédération de la gauche démocrate socialiste, réunissait 8 931 voix sur 47 842 inscrits et 39 891 exprimés. Le candidat communiste qui le précédait se désistait en sa faveur et il fut élu député avec 20 290 voix (50,9 % des suffrages exprimés). Il conserva son siège en 1968. Au premier tour, le 23 juin, il obtenait 12 117 voix sur 47 423 inscrits et 40 174 votants. Il précédait cette fois le candidat communiste qui se désistait en sa faveur et il l’emporta avec 21 535 voix (54,2 % des suffrages exprimés). À nouveau candidat du Parti socialiste, le 11 mars 1973, il réunissait 15 511 voix sur 48 026 inscrits et 41 097 votants. Il l’emportait largement le dimanche suivant avec 25 114 voix (62,4 % des suffrages exprimés). Enfin il retrouvait son siège en 1978. Le 12 mars, il obtenait 14 798 voix sur 52 770 inscrits et 45 659 votants. Bénéficiant à nouveau du désistement communiste, il était élu au deuxième tour avec 26 335 voix (58,3 % des suffrages exprimés). Il ne se représenta pas en 1981.

Pendant ces mandats, Brugnon exerça diverses responsabilités : vice-président du groupe parlementaire FGDS, membre des commissions de l’agriculture, de la production et des échanges, secrétaire de l’Assemblée nationale (avril 1971-avril 1972).Il participa à diverses missions à l’étranger, fut un des dix-huit représentants de la France au Conseil de l’Europe et siégea au conseil supérieur de l’Enseignement et de la Recherche. Il intervint sur les questions concernant l’enseignement, l’industrie agro-alimentaire et le transport fluvial.

Brugnon domina la vie politique de l’arrondissement de Vervins pendant plus de quinze ans. Cette position de force lui permit de préparer sa retraite définitive. Il choisit ses successeurs et les aida à conserver les trois mandats qu’il détenait. Jean-Pierre Balligand, son assistant parlementaire, devint député de l’arrondissement en juin 1981. Jean-Jacques Thomas, journaliste chargé de mission, fut élu conseiller général du canton d’Hirson au second tour, le 2 octobre 1988. Thierry Verdavaine devint maire de Saint-Michel en 1989.

Brugnon, Vénérable de la loge de Laon, devint dans les années 1970, Grand-maître adjoint du Grand-Orient de France et président de la Fraternelle maçonnique des parlementaires.

Après son décès accidentel, ses obsèques civiles eurent lieu, le 25 août, sur le parvis de l’église abbatiale de Saint-Michel. Un challenge de football, un groupe scolaire primaire à Saint-Michel, un centre aéré à Chauny portent son nom.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18052, notice BRUGNON Maurice, Charles par René Crozet, Jacques Girault, Frédéric Stévenot, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 17 novembre 2020.

Par René Crozet, Jacques Girault, Frédéric Stévenot

SOURCES : Arch. Dép. Aisne, Délibérations du Conseil général de l’Aisne (1945-1998), Fichier RDR (Arch. J.R.). SHD, dossiers adm. résistants. — Arch. com. Saint-Michel. — Arch. OURS, correspondance Aisne. — Arch. A. Seurat. — Archives de la section départementale de la MGEN et de Bernard Bruguet. — Archives du Comité national du Parti communiste français. — Presse locale et nationale. — Presse syndicale. — Notes de Gilles Morin (Bulletin intérieur, n° 111) et d’Aimé Tourolle. — Renseignements fournis par Madame Louvet, fille de l’intéressé.

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