BRUGUET Bernard, Lucien

Par René Crozet

Né le 8 janvier 1914 à La Remuée (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), mort le 22 juillet 2007 au Havre (Seine-Maritime) ; instituteur, militant syndicaliste du SNI, dirigeant départemental et national de la MGEN.

Fils de petits exploitants agricoles qui avaient eu dix enfants, (son père était aussi boucher), Bernard Bruguet reçut les premiers sacrements catholiques et eut très tôt connaissance des grandes luttes sociales (manifestations pour Sacco et Vanzetti lors d’un séjour chez son oncle, cheminot à Sotteville). Ses instituteurs lui avaient expliqué le sens de la guerre, le pacifisme, ce qu’étaient les communistes. Il prépara l’École normale d’instituteurs de Rouen à l’école primaire de Saint-Romain-de-Colbosc où il entra en 1930. Trois ans plus tard, il fut nommé instituteur-adjoint à l’école Massillon du Havre. Il accomplit son service militaire en 1935 dans un régiment de Zouaves à Alger. Inscrit au peloton préparatoire des élèves officiers, fiché comme « propagandiste-révolutionnaire » il fut envoyé comme soldat de 2e classe à Fort-National, en Kabylie, dans un bataillon considéré comme disciplinaire. Il reprit son poste en 1936. L’année suivante, au cours d’un rassemblement de jeunes instituteurs et institutrices syndicalistes qu’il avait organisé, Bruguet rencontra Annette Clément, institutrice venue du Loir-et-Cher qu’il épousa civilement. Le couple eut quatre enfants qui ne reçurent pas de sacrements religieux. Partisan des accords de Munich, il fit grève le 30 novembre 1938 et subit huit jours de suspension de traitement.
Mobilisé en septembre 1939 dans l’infanterie au Havre, Bruguet participa à la bataille de la Meuse, en Belgique puis embarqua le 2 juin 1940 pour l’Angleterre. Le 5 juin, il regagna Brest et termina la guerre dans le Lot où il fut démobilisé en septembre 1940.
Le 1er novembre 1940, Bruguet retrouva un poste d’instituteur à Bourville où il exerça jusqu’en janvier 1944 date à laquelle il fut nommé à nouveau au Havre, à l’école Massillon. Depuis 1942, il était en contact avec des socialistes résistants.
Militant au Syndicat national des instituteurs depuis 1933, Bruguet fut de 1934 à 1939 le secrétaire du groupe havrais du SNI et représentant des jeunes au conseil syndical de la section départementale à partir de 1938. Il réorganisa le groupe havrais à partir de janvier 1944. Délégué à l’Union locale CGT, il devint membre du bureau. Élu membre de la commission des résolutions, lors du congrès de l’Union départementale CGT de Seine-Inférieure (11-12 octobre 1947), membre de la commission administrative de l’UD CGT lors de ce congrès, il y défendait les thèses de la tendance Force ouvrière. Il participa, au début de 1948, à Paris à la réunion qui se prononça pour la scission et la création d’une CGT-FO.
Quand le bureau national du SNI, le 23 septembre 1947, décida la création de commissions extra BN à mandat limité, Bruguet fut désigné pour la Commission du statut de la fonction publique. Il figurait parmi les vingt candidats au bureau national lors des premières élections à la proportionnelle sur la liste Déclaration « Pour une action constructive dans l’indépendance du syndicalisme », conduite par Henri Aigueperse. Avec 707 voix, il ne fut pas élu, le 28 décembre 1947. Il fut le porte-parole du courant partisan de l’adhésion à la CGT-FO au congrès national du SNI de mars 1948 qui décida le retrait du SNI de la CGT. Rallié à l’autonomie, il conduisit la liste majoritaire aux élections de la section départementale de Seine-Inférieure qui, grâce au scrutin majoritaire, obtint tous les sièges. Il fit adopter par la suite le vote à la proportionnelle pour la désignation du conseil syndical de la section. Élu au Conseil départemental de l’enseignement primaire en 1948, il y siégea jusqu’en 1960.
Secrétaire adjoint de la section départementale du SNI en 1949, pour les élections du bureau national en 1949, Bruguet figurait en quatorzième position sur la liste « Pour un syndicalisme indépendant et constructif » conduite par Aigueperse. Il ne fut pas élu avec 799 voix (treize élus pour la liste A) lors de la réunion du conseil national, le 27 décembre 1949. Lors de la préparation du congrès national du SNI, il signa dans L’École libératrice, le 1er juillet 1950, un article sur les relations internationales. Depuis la démission du SNI de la Fédération internationale des syndicats d’enseignants, il se montait favorable à la création d’un Syndicat professionnel international de l’enseignement dans le cadre de la Confédération internationale des syndicats libres. A nouveau candidat au bureau national en 1951, il ne fut pas élu le 27 décembre. Assesseur lors de la réunion du conseil national le 30 mars 1953, il fut désigné pour participer comme suppléant à la commission des conflits lors du conseil national du 26 décembre 1953. Lors des congrès de juillet 1954, de juillet 1957 et de juillet 1958, il participa aux commissions des résolutions. Dans son intervention sur le rapport moral le lendemain, il insista sur la priorité à donner à la revalorisation des salaires des débutants. Lors de la réunion du conseil national extraordinaire, le 8 septembre 1958, assesseur, dans son intervention il affirma que le programme du nouveau gouvernement renouvelait « l’association capital-travail de Vichy. »
Bruguet devint en 1950 permanent de la section départementale du SNI, fonction qu’il exerça jusqu’en 1960, date à laquelle il devint directeur de la section départementale de la MGEN (en position de « Mis à disposition »). Élu au conseil départemental de l’enseignement primaire en 1951, il en démissionna à la fin de 1953, à la demande du SNI, pour protester contre la politique gouvernementale répressive et antilaïque. Il fut réélu en janvier 1954. Il signa la motion d’orientation présentée par la majorité pour le congrès du SNI de Paris en 1961.
Il prit sa retraite en 1969. De 1947 à 1960, il fut secrétaire adjoint de la section départementale de la Fédération de l’Education Nationale. En 1947, élu « majoritaire » à la Commission administrative nationale de la FEN, il y siégea jusqu’en 1956. d’abord comme suppléant puis comme titulaire. Quand fut débattue l’attitude à tenir à propos de Roger Hagnauer, il fit adopter une motion estimant que « Le retard apporté à la solution du « cas Hagnauer » porte un préjudice moral à la Fédération qui donne l’impression de ne pas prendre ses responsabilités. » Il fut responsable avec Edmond Breuillard de la commission de la jeunesse de la FEN jusqu’en 1949. Il participa plus tard aux travaux du groupement pour un mouvement syndical unifié et démocratique.
Bruguet adhéra en 1934 au Parti socialiste SFIO. Au retour de son service militaire, secrétaire de la section havraise des Jeunesses socialistes, en 1938, il fut élu secrétaire de la fédération de Seine-Inférieure des Jeunesses socialistes. Démissionnaire du Parti socialiste en 1958, il le rejoignit à nouveau en 1970.
Membre du bureau de l’Amicale laïque de l’École Massillon, au Havre, en 1933 jusqu’en 1935, Bruguet entra au bureau de la Ligue de l’Enseignement du Havre, en 1945 et y exerça des fonctions actives jusqu’en 1960. Responsable du Comité départemental d’action laïque de Seine-Maritime, il anima la campagne de signatures de la pétition pour l’École laïque qui recueillit dans ce département près de 500 000 signatures et organisa la participation au rassemblement laïque de Vincennes en 1959. Depuis 1997, il était membre du Comité départemental de Solidarité laïque.
Bruguet fut aussi un actif militant mutualiste. En 1946, il participa salle du Musée social à Paris à la création de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale. En 1947, il participa à Rouen à la création de la section départementale dont il fut successivement membre du Conseil d’administration (1947), du bureau (1948), vice-président (1950-1960), directeur (1960-1969), secrétaire du bureau (1969-1977), président (1977-1990), secrétaire général (1990-1998), président d’honneur (1998).
Au niveau national, Bruguet, élu au Conseil d’administration de la MGEN en 1961, participa aux travaux des commissions de surveillance et des soins coûteux. Il fut membre du bureau national (1969-1979), secrétaire adjoint chargé successivement ou simultanément des allocations journalières et d’invalidité, de l’orphelinat, de la chirurgie, de la maternité, de l’hospitalisation et des soins coûteux.
Ses activités mutualistes débordèrent largement le cadre de la MGEN. Élu en 1953 au Conseil d’administration de l’Union mutualiste de Seine-Maritime, il en devint vice-président (1957), trésorier (1962-1973), vice-président à nouveau lors de la fusion des Unions rouennaise, havraise et dieppoise. En 1995, il en fut nommé vice-président honoraire. Il fut aussi membre du bureau de l’Union mutualiste de Normandie (1965-1998) et membre du Comité de coordination de la Mutualité de Seine-Maritime (1987-1994).
Élu en 1964 au Conseil d’administration de la Fédération nationale de la Mutualité française, Bruguet y siégea jusqu’en 1995. Il participa aux travaux des commissions concernant les personnes âgées, les handicapés, la préparation des congrès. Il la représenta dans des congrès internationaux pour personnes âgées (Davos, Mohamedia, Rome, Helsinki et en Israël). Il créa et présida (1960-1968) la section départementale de Seine-Maritime des Mutuelles de la fonction publique. Il siégea au bureau (1948-1973) de la délégation de Seine-Maritime de la Mutuelle assurances des instituteurs de France. Il s’occupa aussi tout particulièrement des personnes handicapées. Il fonda au Havre en 1951 le Comité Alexis Danan qu’il présida et anima jusqu’en 1956. Il créa et présida en 1964 le Comité de Seine-Maritime de l’Association Pour Adultes et Jeunes Handicapés qui ouvrit plusieurs établissements (centres médico-pédagogiques ou médico-éducatifs, foyer, CAT, atelier éducatif de jour). Il fut, au niveau national, membre du Conseil d’administration et du bureau de l’APAJH et membre d’honneur du bureau depuis 1993.
Bruguet assura en outre diverses responsabilités dans des organismes coopératifs : secrétaire puis trésorier du Groupement d’achat des fonctionnaires (1946-1962), fondateur en 1954 puis président en 1957 de la Société civile de construction des fonctionnaires et assimilés, fondateur en 1957 et membre du bureau jusqu’en 1984 de la coopérative normande de consommation, membre du bureau (1984-1997) du Groupement régional de la Coopération, de la Mutualité et de la vie associative, membre fondateur de la MATMUT et de son Conseil d’administration (1960-1963), membre du Conseil d’administration (1974-1979) de la Coopérative de la maison des universitaires.
Bruguet siégea au Conseil économique et social de la Haute-Normandie, (1982-1997). Il fut le responsable pour la Seine-Maritime du Comité de coordination des œuvres mutualistes et coopératives de l’Education nationale, depuis sa création, en 1970, jusqu’en 1996. Il fut en 1982 candidat à la présidence du CES mais les représentants de la CGT-FO le firent battre.
Bruguet adhéra à la Ligue des Droits de l’Homme en 1946. Il en démissionna en 1997 car il refusait les positions prises concernant l’acceptation du port du voile islamique à l’école. Franc-maçon, il fut également adhérent, durant quelques années, à la Libre Pensée et à l’Union rationaliste.
Mu par l’idéal humaniste et socialiste, Bruguet fut toute sa vie un militant infatigable.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18054, notice BRUGUET Bernard, Lucien par René Crozet, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 17 janvier 2017.

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Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18054, notice BRUGUET Bernard, Lucien par René Crozet, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 18 novembre 2020.

Par René Crozet

SOURCES : Arch. CGT de Seine-Maritime. — Arch. FEN, 1 BB 23. — Renseignements fournis par l’intéressé à R. Crozet et à Jacques Girault. — Témoignage dans le cadre du séminaire sur l’histoire du syndicalisme enseignant et universitaire (17 octobre 2001). — Notes de L. Frajerman, A. Lainé et de G. Pichavant. — Presse syndicale.

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