VINCENT Adolphe, Émile

Par Jacques Girault, Renée et Claude Lapeyre

Né le 27 avril 1911 à Langogne (Lozère), mort le 9 septembre 2008 à Carpentras (Vaucluse) ; instituteur en Lozère puis dans le Vaucluse ; militant du SNI ; militant socialiste.

Son père, entrepreneur de maçonnerie, gravement blessé pendant la Première Guerre mondiale à Verdun, ne put reprendre son travail. Parmi ses quatre enfants, trois devinrent instituteurs laïques dans ce département très marqué par la religion. Émile Vincent reçut les premiers sacrements catholiques. Pupille de la Nation, élève du cours complémentaire de Langogne, il entra à l’École normale d’instituteurs de Mende (Lozère) en 1928 et en sortit instituteur trois ans plus tard. Il effectua son service militaire à Marseille (Bouches-du-Rhône) comme deuxième classe dans l’infanterie alpine.

Il se maria religieusement en décembre 1933 à Chanac (Lozère) avec Juliette Parayre, institutrice, fille d’instituteurs. Le couple eut deux enfants qui reçurent les premiers sacrements catholiques.

Instituteurs en Lozère pendant quatre ans, ils durent quitter le département lorsque le gouvernement Laval supprima des écoles de hameaux, mesures qui ne furent pas annulées après 1936. Ils furent nommés à Richerenches (Vaucluse).

Membre dès la sortie de l’école normale du Syndicat national-CGT, Émile Vincent milita au Syndicat national des instituteurs à partir de 1936 et fut le délégué cantonal. Gréviste le 12 février 1934, il participa aux actions syndicales contre les décrets-lois et pour la défense de l’école laïque, menacée en Lozère. Pour la grève du 30 novembre 1938, le conseil syndical du SNI dans le Vaucluse annula l’ordre de grève et Vincent, qui avait milité en sa faveur, fut l’objet d’une enquête administrative diligentée par l’Inspecteur d’Académie. Aucune sanction ne s’en suivit. Distant par rapport au pacifisme “bêlant“, il se rangeait « parmi les pacifistes “éclairés“ » depuis l’occupation de la rive gauche du Rhin par Hitler. « Le “patriarche“ Giono ne m’inspirait pas confiance » et il se montrait « réservé » par rapport à la campagne contre la guerre de la direction du SNI en 1938. Après avoir approuvé la non-intervention pendant la guerre d’Espagne, « devant l’aide massive de Mussolini et de Hitler, j’étais partisan d’une aide massive aux Républicains espagnols ». Il se montra très hostile à l’approbation du pacte germano-soviétique par la direction du Parti communiste « qui a laissé dans le désarroi les communistes de la base ».

Émile Vincent, devenu profondément athée et militant laïque, pratiquait la coopération scolaire et adhéra à la Mutuelle assurances automobiles des instituteurs de France dès l’acquisition d’une voiture en 1938. De plus, en Lozère puis dans le Vaucluse, il animait des sociétés sportives.

Membre du Parti socialiste SFIO depuis la troisième année de l’ENI, il devint secrétaire adjoint de la fédération socialiste de Lozère en 1936.

Mobilisé en septembre 1939, fait prisonnier le 21 juin 1940 près de la ligne Maginot, Émile Vincent fut affecté au stalag XIIA d’où il s’évada en octobre 1940 et rejoignit Richerenches. Son épouse ayant été nommée au Thor, il obtint un poste dans cette commune.

En contact avec l’organisation socialiste clandestine, Émile Vincent s’engagea, comme responsable de l’Association professionnelle des instituteurs et institutrices du Vaucluse, créée le 9 juillet 1942. Il créa une caisse de solidarité pour aider les prisonniers et leurs familles. Ce cadre légal permettait aussi la confection de faux papiers et l’organisation de filières pour les réfractaires au Service du travail obligatoire. Quand les troupes allemandes s’installèrent dans l’école du Thor, affilié au mouvement « Combat » depuis 1942, il participa à la Résistance qui s’intensifia avec l’organisation de réunions d’enseignants à Avignon dans des rencontres pédagogiques hebdomadaires à l’école des Ortolans à Avignon. Il devint le responsable de la Résistance universitaire dans le Vaucluse sous l’autorité du chef départemental des MUR. Ainsi se reconstitua un syndicat clandestin dont il devint le responsable à la tête d’un bureau ne comprenant aucun membre du conseil syndical de 1939. Quand le SNI se reconstitua, Jean-Auguste Senèze lui demanda d’être le secrétaire général de l’organisation syndicale départementale, responsabilité qu’il conserva jusqu’en 1948. Il représenta le Vaucluse en 1944-1945 au Conseil académique d’enquête.

Lors de la réunion du conseil national du SNI, les 27-28 mars 1945, il estima dans son intervention que les comités nationaux d’instituteurs issus de Résistance faisaient double emploi avec le syndicat et qu’ils devaient à terme se dissoudre. Pour la première fois, l’élection du bureau national du SNI se fit au scrutin proportionnel à partir de listes de 20 candidats. Il figurait sur la liste B « pour un syndicalisme indépendant démocratique et efficace » conduite par Paul Delanoue et ne fut pas élu lors de la réunion du conseil national du SNI, le 28 décembre 1947. Ce jour-là, dans les débats, il se prononça pour le maintien du SNI dans la CGT. Par la suite il se rallia au passage à l’autonomie présentée comme devant permettre la reconstitution de l’unité syndicale dans la CGT. Il n’adhéra pas à la FEN-CGT en même temps qu’au SNI. Il fut à partir de 1947 le secrétaire général de la Fédération de l’Éducation nationale dans le Vaucluse. Il était élu suppléant à la commission administrative nationale de la FEN en 1950. Il déclina la proposition de partir à Paris pour assurer des fonctions nationales

A partir d’octobre 1946, Émile Vincent dirigeait l’école de garçons du canton Sud de Carpentras, fonction qu’il conserva, sans décharge de service (8 classes en 1946, 18 en 1967), jusqu’à sa retraite en 1967. Il y organisa notamment des classes de neige.

En 1947, Émile Vincent fut très actif avec d’autres secrétaires départementaux du SNI lors de la création de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale et pour le démarrage de la section départementale dont il fut administrateur pendant plusieurs années. Il en fut de même pour la section départementale de la MAAIF. Avec son épouse, ils participèrent à d’autres activités autour de l’Ecole au sein des mouvements associatifs laïques.

Dirigeant du Parti ouvrier français, puis du Parti socialiste SFIO, Émile Vincent n’adhéra pas au Parti socialiste après le congrès d’Epinay. Il figurait en mars 1971 aux élections municipales de Carpentras sur une « liste Charretier », sans autre étiquette, affrontant trois listes (droite, socialiste, communiste). Cette liste l’emporta mais l’élection fut annulée par le tribunal administratif. En septembre 1971, Vincent figurait toujours sur la liste Charretier qui l’emporta. Après le changement de camp du maire Maurice Charretier, il renonça à son mandat de conseiller municipal par rigueur et intransigeance. Toutefois, les archives municipales de Carpentras ne conservèrent pas de trace d’une démission.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article180599, notice VINCENT Adolphe, Émile par Jacques Girault, Renée et Claude Lapeyre , version mise en ligne le 10 mai 2016, dernière modification le 13 mars 2021.

Par Jacques Girault, Renée et Claude Lapeyre

ŒUVRES : L’évasion est pour ce soir. En passant par la Lorraine, Metz, Ed. La Serpenoise, 1980. — Au temps de l’Occupation : La France réduite en esclavage, Paris, Ed. des écrivains, 2001.

SOURCES : Arch. mun. Carpentras (Camille Estevenin). — Presse syndicale nationale et départementale. — Renseignements fournis à Jacques Girault en 1977. —Témoignage recueilli par Claude et Renée Lapeyre en 2005. — Notes d’André Simon.

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