VINCIGUERRA Simon, Jean, dit Simon-Jean

Par Jacques Girault, Ange Rovere

Né le 12 novembre 1903 à Pietra di Verde (Corse), mort le 18 novembre 1971 à Bastia (Haute-Corse) ; professeur ; résistant en Corse ; militant communiste ; conseiller municipal de Bastia ; conseiller général ; écrivain et poète.

Simon-Jean Vinciguerra
Simon-Jean Vinciguerra
Cliché ANACR Corse 2A

Fils d’un propriétaire d’une exploitation agricole de la Castagniccia, Simon-Jean Vinciguerra, élève du lycée de Bastia depuis 1915, bachelier (série Philosophie) en juillet 1923, effectua son service militaire (novembre 1923- avril 1924) où il fut réformé (25 % d’invalidité). Étudiant à la Faculté des Lettres d’Aix-en-Provence, il obtint les certificats d’enseignement supérieur (Histoire moderne et contemporaine en 1927, histoire médiévale en 1928, géographie en 1930 et Histoire ancienne en 1931). Après le diplôme d’études supérieures sur la Corse romaine en 1932, il suivit les cours de préparation de l’agrégation mais ne passa pas les épreuves.

Pour financer ses études, il fut maître d’internat au collège de Sisteron (Alpes-de-Haute-Provence) en 1925, au lycée d’Aix (1926). Il devint répétiteur au collège de Tarascon (Bouches-du-Rhône) en 1928, au lycée Mignet à Aix en 1929. Nommé professeur délégué au lycée de Bastia en 1934, il y enseigna jusqu’à sa retraite en 1964, titulaire de la chaire de Lettres supérieures.

Simon-Jean Vinciguerra, marié, était père de deux enfants, nés en 1929 et en 1938.

Simon-Jean Vinciguerra, sous le pseudonyme de “Ghjuvan di a Grotta“, participa aux activités de défense et de promotion de la langue corse dans le mouvement littéraire corsiste "A Muvra" et à son journal mais refusa en 1934 son rapprochement avec l’irrédentisme. Il anima les luttes antifascistes dans le comité antifasciste de Bastia et présida le comité de soutien aux républicains espagnols en 1937. Syndiqué à la CGT, il anima le Collège du travail organisé en son sein avec d’autres enseignants.

Simon-Jean Vinciguerra, mobilisé le 26 août 1939, réformé le 19 décembre 1939, s’engagea dans la Résistance au printemps 1941 et adhéra au Parti communiste. A l’origine du comité du Front national en mai 1941 dans l’arrondissement de Bastia, compositeur du « chant des maquisards corses », il traduisait en Italien les tracts distribués aux occupants italiens à partir de novembre 1942. De septembre 1942 à février 1943, il fut responsable départemental du Front national et, en mai 1943, lors de la conférence de Porri, le Nord de l’île lui fut confié. Lorsque se déclencha l’insurrection le 9 septembre, les troupes allemandes, remontant de Sardaigne, occupèrent Bastia afin de s’embarquer pour l’Italie. Dirigeant du comité de Bastia, il participa aux négociations clandestines avec le colonel italien commandant les « chemises noires » pour les rallier à la cause corse et dirigea l’assaut de la sous-préfecture de Bastia avant l’arrivée des Allemands.

Saluant son action lors de la reconstruction du lycée, l’inspecteur d’Académie en juillet 1944 notait qu’il fut « très souvent et très injustement attaqué pendant les années vichystes ».

A partir du 4 octobre 1943, il fit partie de la Délégation spéciale qui administra la cité jusqu’ aux élections municipales d’avril 1945. Élu conseiller municipal, il le resta jusqu’en octobre 1947. En juin 1946, élu conseiller général du canton de Pietra di Verde, il fut invalidé en septembre 1947. Le Parti communiste français le présenta sur sa liste aux élections de l’Assemblée nationale constituante de 1945-1946.

Tout en continuant son enseignement, Simon-Jean Vinciguerra animait la vie du lycée avec des causeries d’instruction civique, avec des manifestations folkloriques et artistiques, des réunions amicales où, selon le proviseur, s’affirmaient ses « talents de conteur et de musicien ». Il poursuivait son activité de promotion de la langue et de la culture corse (histoire, poésies, chansons dont il composait la musique, théâtre en langue corse), signant sous divers noms (Simon Vinci, Caïus....). Il participa à la renaissance en 1948 de la Société des Sciences historiques et naturelles de la Corse et de son bulletin, créé en 1881, auquel il collabora régulièrement comme à Études Corses. Il lança la revue U Muntese où il se montra philologue (en participant à l’ élaboration du Dictionnaire Corse-Français) et ethnologue. Dans la lignée d’Arnold van Genepp, pionnier sur le terrain de l’étude des traditions populaires corses, il publia aussi des chroniques historiques dans l’Humanité-dimanche et dans La Marseilaise-Corse (en feuilleton l’« Histoire populaire de la Corse »). Il fut le premier historien insulaire à s’inscrire de plain-pied dans les problématiques modernes, scrutant les structures sociales, les mentalités, la vie quotidienne. Ses « Pages de la Résistance corse » servirent de matériaux à Maurice Choury pour Tous bandits d’ honneur.

Après son décès, son ancien collège prit le nom de collège Simon Vinciguerra. Un ouvrage éponyme fut édité en 1995 par l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance de Haute Corse.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article180608, notice VINCIGUERRA Simon, Jean, dit Simon-Jean par Jacques Girault, Ange Rovere, version mise en ligne le 10 mai 2016, dernière modification le 15 juin 2017.

Par Jacques Girault, Ange Rovere

Simon-Jean Vinciguerra
Simon-Jean Vinciguerra
Cliché ANACR Corse 2A

SOURCES : Arch. Nat., F17/ 28394. — Divers sites Internet dont www.resistance-corse.asso.fr, marc-georgi.e-monsite.asso.fr, www.tousbanditsdhonneur.fr

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