BRÛLÉ Michel

Par Alain Petit

Né le 26 février 1914 à Courrières (Pas-de-Calais), fusillé comme otage le 14 avril 1942 au fort du Vert-Galant à Wambrechies (Nord) ; mineur au puits no 7 le « Dahomey » des mines de Dourges ; militant communiste ; dirigeant des Jeunesses communistes de Montigny-en-Gohelle (Pas-de-Calais) ; résistant FTPF.

Michel Brûlé
Michel Brûlé
IHS CGT

Fils de Louis et de Marthe Houssin, Michel Brûlé devint orphelin à l’âge d’un an, son père ayant été tué au font en 1915. Les combats se rapprochant de Montigny-en-Gohelle en 1916, la population fut évacuée, Michel et sa mère Marthe n’y revinrent qu’en 1919 ou 1920, dans une ville détruite à 80%. Doué pour les études, il dut les interrompre à la mort de son beau-père en 1927, et aller travailler à la fosse 7 de la Compagnie des mines de Dourges, deux enfants étaient nés de ce second mariage avec M. Hugot. Dans les années 1930, il pratiqua la boxe dans la catégorie poids plume. Il était marié à Madeleine De Luycker, née le 11 mars 1918 à Zulte (Belgique), depuis un an au moment de la mobilisation de la Seconde guerre mondiale.
Membre du Parti communiste et dirigeant des Jeunesses communistes de Montigny-en-Gohelle avant la guerre, Michel Brûlé s’occupait surtout de la propagande et de la distribution des journaux du parti. Soldat propagandiste révolutionnaire, Michel Brûlé était déjà considéré comme « dangereux » au moment de la dissolution du parti. D’ailleurs, en septembre 1940, on le trouva au puits du Dahomey haranguant les mineurs pour dénoncer les conditions de travail qui avaient coûté la vie à deux jeunes galibots ; la police venue pour l’arrêter ne put l’appréhender car les mineurs en colère empêchèrent les policiers d’intervenir.
Michel Brûlé déployait beaucoup d’énergie dans l’organisation des manifestations du parti à Montigny-en-Gohelle qui fut alors souvent présentée comme « un centre d’agitation extrémiste ». Très apprécié par les ouvriers mineurs, Michel Brûlé jouissait d’une aura sans conteste ; les compagnies et plus tard l’occupant le craignaient, car la moindre atteinte à sa liberté ou à son intégrité, était suivie d’agitations sociales graves et de mouvements de grève. Michel Brûlé fut le leader de la grève lancée à l’Escarpelle en janvier 1941 contre la demi-heure supplémentaire, les conditions de travail et le ravitaillement. Le 21 février 1941, il s’adressa aux mineurs et fit déclencher un mouvement de grève lorsque le chef-porion et l’ingénieur tentèrent de l’empêcher de descendre. Seulement la Gestapo l’arrêta et l’emmena. C’est alors que l’agitation s’accentua et le préfet s’entretint alors avec l’autorité allemande qui le libéra. Il tint encore un rôle essentiel dans le mouvement de grève de mai-juin 1941, c’est pourquoi il prit la fuite et entra dans la clandestinité en août 1941.
Michel Brûlé devint alors le chef d’un groupe composé d’Alexandre Cathelain, Serge Havet, Laurent Leterme, Augustin Lombaerts, Georges Pollet, placé sous les ordres de Charles Debarge. Un arrêté d’internement fut pris à son encontre le 6 septembre 1941, en raison de son activité durant les grèves. Julien Hapiot voulait lui confier la direction de « l’Organisation spéciale » composée de groupes d’action (à l’origine des FTP), mais confia dans un courrier adressé à René Lelong, qu’il devait y renoncer car Michel Brûlé était désormais bien connu des services de police et de la Gestapo et donc en danger. Michel Brûlé fut l’un des organisateurs de l’attaque de la poudrière de Beaumont-en-Artois, le 23 septembre 1941, puisqu’il commandait l’équipe des adultes qui neutralisa et désarma le gardien. Michel Brûlé s’occupa alors des détonateurs et c’est lui aussi qui confectionna les dispositifs explosifs qui servirent à deux nombreux actes de sabotages dans le département. Après le « coup de Beaumont », l’activité de sabotage s’intensifia, en même temps que l’étau se resserrait sur toutes les Organisations spéciales du secteur minier. Le 25 septembre 1941, Michel Brûlé et ses hommes firent sauter la voie ferrée à Quiéry-la-Motte ; quelques jours plus tard, on les retrouva dans la tentative de sabotage de la centrale électrique d’Harnes, ainsi que dans le cambriolage des mairies de Courcelles-les-Lens, de Montigny-en-Gohelle et de Loos-en-Gohelle. Michel Brûlé fut en outre chargé de la redistribution des butins : cartes d’alimentation, duplicateur, machines à écrire. Alors qu’il se trouvait chez les époux Hoquet à Hénin, une lettre de dénonciation permit à la police de l’arrêter dans la nuit du 20 au 21 octobre 1941. Emmené à la prison de Loos, Michel Brûlé fit partie du groupe qui tenta en vain de s’échapper avec la complicité extérieure de Charles Debarge, le 18 janvier 1942. Après des semaines de séances de torture au cours desquelles il ne parla pas, Michel Brûlé fut condamné à mort par le tribunal militaire de l’OFK 670 siégeant à Arras. Il se rendit au poteau d’exécution le 14 avril 1942 au fort du Vert-Galant en chantant « L’Internationale » avec trente otages. On retrouva dans ses effets personnels un billet laconique « courage et espoir ».
Sa femme Madeleine Brûlé arrêtée en 1943 fut déportée NN (Nacht und Nebel) le 7 octobre 1943 vers la prison Saint-Gilles de Bruxelles, puis dans des kommandos de Ravensbrück et de Mauthausen d’où elle fut libérée par la Croix Rouge le 22 avril 1945. Veuve sans enfant, elle refit sa vie en Belgique.
Reconnu Mort pour la France, Michel Brûlé a été homologué Interné-résistant (DIR) et FFI. Son nom est gravé sur les stèle et monument commémoratifs de Montigny-en-Gohelle ainsi que sur le monument commémoratif du fort du Vert Galant.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18063, notice BRÛLÉ Michel par Alain Petit, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 31 août 2021.

Par Alain Petit

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SOURCES : Arch. Dép. Pas-de-Calais : M. 5022/2. – J.-M. Fossier, Zone interdite, op. cit., p. 74, 75, 109.— SHD, Vincennes, GR 16P 93942 (nc). — Youenn Martin « Michel Brûlé, celui qui sonna la révolte » s’appuie sur les recherches de l’historien Philippe Rulkin dans La Voix du Nord, 29 mai 2021,p. 38-39, article communiqué par Christian Hermy.— Mémoire des hommes. — Fondation pour la Mémoire de la Déportation. — MémorialGenweb.— Notes Annie Pennetier.

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