VIGUEUR Paul, Louis, Charles

Par Jacques Girault, Josette Ueberschlag

Né le 21 mars 1910 à Gasville (Eure-et-Loir), mort le 14 mars 1985 au Coudray (Eure-et-Loir) ; instituteur ; militant syndicaliste ; militant socialiste, puis communiste ; résistant ; membre élu au Conseil général de la Ligue de l’Enseignement (1946).

Paul Vigueur (à droite) et Florentin Alziary en 1950

Fils d’un maçon, Paul Vigueur reçut les premiers sacrements catholiques, mais agnostique à l’âge mûr, il milita pour la laïcité à l’école et l’application stricte de la séparation de l’Église et de l’État. Il entra à l’École normale d’instituteurs de Chartres en 1926, et effectua son service militaire avec la spécialité "radio". Il occupa à ses débuts divers postes ruraux en Eure-et-Loir, Boullay-Thierry, Saint-Denis-des-Puits, Ollé. À la rentrée 1942, il fut déplacé d’office par le gouvernement de Vichy à La Chaussée-d’Ivry, au nord du département. Après la Libération, il devint directeur d’école à Saint-Lubin-des-Joncherets, avant de gagner Pommeuse en Seine-et-Marne.

Paul Vigueur se maria religieusement ("hélas, dernière concession…") en août 1934 à Dreux (Eure-et-Loir) avec une institutrice, fille d’instituteurs. Leurs deux filles, nées pendant la guerre, ne furent pas baptisées.

En 1932, il forma un Groupe de jeunes, rattaché au Syndicat de la Fédération unitaire de l’enseignement, avec une discothèque circulante. Dans son enseignement, il employa très tôt les techniques de la pédagogie de Célestin Freinet et créa, en 1935, le premier groupe départemental d’Éducation nouvelle – doté d’une discothèque-cinémathèque – rattaché, à la fois à la Coopérative de l’enseignement laïque (Freinet) et Groupe français d’Éducation nouvelle. Ce groupe inaugura des rassemblements similaires qui, sous le Front populaire, se multiplièrent dans les autres départements, à l’image de celui d’Eure-et-Loir.

Paul Vigueur adhéra, dès sa sortie de l’école normale, au syndicat de la FUE. Partisan de la fusion avec le Syndicat national (CGT), avec son camarade syndicaliste Marcel Bonin, il accéléra leur rapprochement qui s’effectua en 1935 en Eure-et-Loir. Membre du conseil syndical de la section départementale du SNI, il critiqua vigoureusement les orientations pacifistes pro-munichoises du secrétaire général, André Delmas, qui vint participer à l’assemblée générale de la section syndicale en 1938, afin de défendre ses positions. Il fit grève le 30 novembre 1938.

Titulaire de la médaille de bronze de l’éducation physique (1936) et classé 5e pour services rendus à l’éducation physique (Prix Henri Paté, 1937), Vigueur fut également, champion de l’académie de Paris de cross-country en 1928.

Paul Vigueur militait au Parti socialiste SFIO qu’il quitta en 1939, l’estimant trop pacifiste. Il était alors influencé par le Parti socialiste ouvrier et paysan.

Parallèlement, il dirigeait des amicales laïques affiliées à la Ligue de l’Enseignement. À partir de 1932, il fut membre du bureau fédéral de la Fédération des amicales laïques d’Eure-et-Loir de 1934 à 1940. Il fut aussi délégué départemental de la Ligue de l’Enseignement aux Auberges Laïques de la Jeunesse et secrétaire national de l’organisation cégétiste, Tourisme-Vacances pour tous, de 1936 à 1940. Sportif, il fut le commissaire adjoint de l’UFOLEP d’Eure-et-Loir et le secrétaire de la commission nationale de la marche UFOLEP de 1934 jusqu’à sa dissolution. Il était aussi secrétaire adjoint de l’Office départemental de la Coopération à l’école. Délégué départemental à la Fédération française de camping, il créa en 1941 le Camping Club de l’Enseignement.

À partir de 1943, il participa à la reconstitution du SNI, alors « clandestin », en liaison notamment avec Paul Delanoue, Jean Roulon et Odette Jarlaud. Il fut membre de son comité directeur dans la clandestinité (1943-1944), sous le pseudonyme de « Noël ».

Paul Vigueur, initiateur en Eure-et-Loir du Front national de lutte pour l’indépendance de la France, adhéra en 1942 au Parti communiste clandestin. En février 1943, il quitta son poste d’instituteur pour se consacrer entièrement à la Résistance. En plus de la constitution d’un réseau, il se chargea, au sein du groupe, du renseignement et de la diffusion de l’information par des tracts ronéotés par lui-même. Il organisa, le plus souvent avec la complicité des secrétaires de mairie-instituteurs, des cambriolages de mairie, afin de récupérer des tickets d’alimentation destinés aux maquis et aux clandestins, ainsi que les cachets nécessaires à la fabrication des faux papiers. Il contacta Émile Vivier et Pierre Joseph, des anciens amis socialistes, qui venaient de fonder Libération-Nord. Avec eux, le FN monta une imprimerie clandestine qui sortit Le Patriote d’Eure-et-Loir.

Paul Vigueur participa dès le premier jour, à l’insurrection parisienne (15-27 août 1944). Le 19 août, un groupe, dont Paul Delanoue, Odette Jarlaud, André Ravailhe, Jean Roulon, Vigueur, occupa le ministère de l’Éducation nationale, puis, le 22 août, occupa l’immeuble de la Ligue de l’Enseignement. Il fut aussi un des signataires de l’appel à constituer le SNI en septembre 1944. Après la guerre, il resta membre du conseil syndical de la section départementale du SNI.

En 1946, il fut élu membre du Conseil général de la Ligue de l’Enseignement. En 1945, Paul Vigueur fut détaché aux Francs et Franches Camarades comme délégué national à la prospection-propagande. Il centralisa aussi pour la Ligue de l’Enseignement, les adhésions à l’Union laïque des campeurs-randonneurs qu’il présidait. Dans les années 1970, il fut un des responsables départementaux de l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article180631, notice VIGUEUR Paul, Louis, Charles par Jacques Girault, Josette Ueberschlag, version mise en ligne le 10 mai 2016, dernière modification le 12 janvier 2022.

Par Jacques Girault, Josette Ueberschlag

Florentin Alziary en 1950 ">
Paul Vigueur (à droite) et Florentin Alziary en 1950

ŒUVRE : L‘Occupation et la Résistance en Eure-et-Loir, 2 tomes, CDDP de Chartres, 1978, co-auteur avec Raymond Debon et André Thoby. — Une centaine d’articles dans L’Éducateur Prolétarien et dans le Bulletin mensuel du Syndicat des Institutrices et Instituteurs d’Eure-et-Loir. — « Faucons rouges, socialisme, Éducation Nouvelle », Le Populaire d’Eure-et-Loir, 19 mars 1937.

SOURCES : Arch. Dép. Eure-et-Loir, 91 W 131. — Presse syndicale. — Delanoue (Paul), Les enseignants. La lutte syndicale du Front populaire à la Libération, Éditions sociales, 1973. — Renseignements fournis par l’intéressé en 1976 et archives communiquées par la famille.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément