VALS Francis, Léon, Eugène, Louis

Par Gilles Morin

Né le 9 janvier 1910 à Leucate (Aude), mort le 27 juin 1974 au Luxembourg ; instituteur, puis inspecteur de la Jeunesse et des sports ; militant et élu socialiste ; maire de Narbonne (1959-1971) ; conseiller général du canton de Sigean (1945-1974) ; président du conseil général (1949-1951) et député de l’Aude (1951-1974) ; président du groupe socialiste du Parlement européen.

Francis Vals
Francis Vals
Député

Françis Vals était originaire d’une famille de marins et d’agriculteurs. Ses parents, Alphonse Vals et Françoise Cortale, étaient marchands forains. Titulaire du brevet primaire supérieur et du brevet supérieur en 1929, il fut successivement instituteur puis inspecteur de la Jeunesse et des sports.
Françis Vals adhéra à la SFIO en 1927 mais ne semble pas avoir exercé de responsabilité politique avant 1939. Il se fit surtout connaître comme sportif accompli. Rugbyman de 1930 à 1939, il avait en 1936 marqué, comme trois-quarts aile, l’essai de la victoire qui faisait pour la première fois du Racing-Club de Narbonne le champion de France, contre l’AS Montferrandaise, par 6 points contre 3. Vals avait déjà participé aux deux finales auxquelles avait échoué son Club, en 1932 et 1933. Le Club était constitué pour une majorité de militants socialistes. 
Résistant actif durant l’Occupation, instituteur à Villeneuve-lès-Montréal, (Aude) une petite commune du Razès au sud-ouest de Carcassonne, il fut à compter de mars 1943, responsable départemental des Mouvements unis de la Résistance (MUR), adjoint de Lucien Roubaud. Lorsque, en juillet 1944, Roubaud fut appelé à Montpellier (Hérault) à la direction régionale des MUR de la R3, il devint le responsable des MUR de l’Aude. À ce poste, il s’efforça de coordonner puis de reconstituer des mouvements éprouvés par la répression qui provoqua des vagues d’arrestations.
En juin 1944, il fut désigné comme président du Comité départemental de Libération. Un détachement au service de la Jeunesse et des sports, dont il devait par la suite devenir directeur départemental puis inspecteur régional, lui permit de se consacrer entièrement à la vie politique. Avec Georges Guille, il participa avec ses camarades de la SFIO de l’Aude à la conquête électorale triomphale d’un département jusqu’alors dominé par les radicaux.
Françis Vals cumula rapidement les fonctions électives. Élu conseiller municipal de Leucate de 1945 à 1959, il conquit le siège de conseiller général du canton de Sigean. Élu pour la première fois le 30 septembre 1945, il obtint 1906 voix sur 4302 votants au premier tour ; ses adversaires radicaux (1452 voix) et communiste (944 voix) se retirèrent et il fut élu avec 3283 suffrages puis réélu régulièrement, la dernière fois en 1970. Il s’imposa comme un leader de l’Assemblée départemental : il présida la commission départementale à partir d’octobre 1946 et était vice-président du conseil général. Puis, il fut désigné comme président de l’Assemblée départementale que dominait la SFIO de 1949 à 1951. Après son élection à la députation, Guille qui avait déjà présidé l’Assemblée de 1945 à 1949, lui succéda à la présidence à cette date, mais Vals demeura vice-président du conseil général de 1951 à son décès en 1974.
Parallèlement à ses fonctions électives, Vals fut secrétaire adjoint de la fédération socialiste de l’Aude d’octobre 1946 à 1951. Il appartint ensuite au bureau fédéral jusqu’en 1959 puis au comité fédéral par la suite.
Françis Vals fut élu député de l’Aude le 17 juin 1951. Il était placé en deuxième position sur la liste socialiste, après Georges Guille, qui obtint 38 118 suffrages sur 125 375 exprimés. À l’Assemblée nationale, il appartint à la commission de la production industrielle et à la commission de l’Éducation. Réélu le 2 janvier 1956, il siégea à la Commission des affaires économique et à celle de la Défense nationale. Le jeune député de l’Aude se fit remarquer par des positions politiques personnelles qui tranchaient parfois avec celles d’une fédération molletiste dominée par Georges Guille assisté de Lucien Milhau. Il fit partie de la minorité de la SFIO hostile à la Communauté européenne de défense et au réarmement de l’Allemagne en 1954. 
Réélu député le 2 janvier 1956, Francis Vals siégea à la commission des affaires économiques et à celle de la défense nationale. Il se rendit en mission parlementaire en Tchécoslovaquie en avril 1956 et se montrait - en ces temps où les rapports du XXe congrès du PCUS étaient publiés et où une délégation socialiste se rendait en URSS - attentif aux évolutions du monde communiste.
Le premier juin 1958, Vals vota contre l’investiture du général de Gaulle et se prononça pour le “ non ” au référendum constitutionnel de septembre 1958. Mais, battu dans le congrès fédéral, il se rallia à la majorité et ne suivit pas ses amis minoritaires au Parti socialiste autonome. Seul socialiste élu député en 1958 dans l’Aude, dans la IIe circonscription de Narbonne, il siégea à la commission des Finances. Confirmé comme député en 1962, il surmonta encore la vague gaulliste de 1968. Parlementaire viticole, il proposait dans ses professions de foi une organisation des marchés et des réformes de structures. Ainsi, dans sa profession de foi de 1968, il dénonçait notamment « la fiscalité abusive frappant le vin, la politique déterminée non par les besoins du pays, mais la politique étrangère du gouvernement, la propagande anti-vin d’une télévision aux ordres » et « un prix de campagne insuffisant ». Et il ajoutait « Nous avons participé et au premier rang - surtout si elles étaient violentes - aux manifestations auxquelles nous étions conviés ».
Vals consolida fermement sa situation politique locale à partir de la fin des années cinquante. Il succéda tout d’abord à Louis Madaule comme maire de Narbonne. Élu du 21 mars 1959 au 21 mars 1971, il pratiqua un socialisme de terrain, attentif aux petites gens, aux personnes âgées et à l’enfance. Ensuite, il présida l’Association des maires de l’Aude en 1964-1971. Il fut d’autre part président de la société d’économie mixte d’équipement et d’aménagement de l’Aude (SMEAA) en 1966-1971. Celle-ci avait acquis d’importantes superficies de terrains pour réaliser des infrastructures et les lotissements nécessaires à l’implantation d’unités touristiques.
Désigné par l’Assemblée nationale comme parlementaire européen, Vals s’investit beaucoup dans ses fonctions. Vice-président de la commission des Pays et Territoires d’Outre-mer en 1958, il présida la commission de l’administration et du budget à partir de 1959 (puis des affaires générales en 1968), fut successivement questeur de l’Assemblée de Strasbourg puis son vice-président en 1966 et il présida le groupe socialiste de cette assemblée à partir de février 1967. Il était encore vice-président de la commission des relations avec les pays africains et malgaches.
Très impliqué au niveau local et au niveau européen, Vals tenait une place modeste dans la SFIO au plan national, celle d’un technicien : responsable technique de la commission des affaires économiques de la commission nationale d’études de la SFIO en 1958, il fut membre de la commission des Affaires internationales du parti en 1959.
En 1971, Françis Vals et les socialistes, alliés cette fois aux communistes, perdirent la mairie de Narbonne que le parti détenait depuis 80 ans au profit d’une municipalité "apolitique", se proclamant plutôt de gauche mais intégrant quatre élus gaullistes. Dans un contexte de crise viticole, on reprochait à la gestion socialiste d’avoir endormi la ville dans l’assistanat et dans le monde rural alentour et de ne pas l’avoir développée économiquement. À Vals était plus particulièrement reprochée sa trop grande présence au Parlement européen. Enfin, les désistements communistes ne s’étaient pas - pour le moins - bien effectués. Vals qui n’avait que 227 voix de retard sur son principal adversaire au premier tour (6 142 contre 6 369), fut battu par 384 suffrages au second, alors que la liste communiste au premier tour avait obtenu 3 296 suffrages. L’accord passé par les socialistes avec les communistes l’avait amené, selon le préfet, à se couper des socialistes modérés et des centristes qui ont définitivement fait pencher la balance en faveur de ses adversaires. Il abandonna à la suite de cet échec la présidence de la SEMEAA et celle de l’Association des maires de l’Aude.
En 1973, la candidature aux législatives de Vals fut contestée par les deux principales sections socialistes de la circonscription, (Narbonne et Lézignan). Il fut mis en minorité le 15 septembre 1972 par la section de Narbonne qui par 163 voix contre 108 lui préféra la candidature de Pierre Guidoni. Mais il l’emporta dans le congrès d’arrondissement à Sallèles-d’Aude par les deux tiers des mandats. En dépit de cette contestation, il fit tout de même le plein des voix socialistes aux législatives. 
Francis Vals prit quelques fois des positions publiques dans les débats internes du parti qui marquèrent les dernières années de sa vie. Pour le congrès national extraordinaire de décembre 1968, il signait un texte intitulé "Non !", refusant la fusion dans un nouveau parti socialiste. Il fut néanmoins signataire de la motion Mitterrand pour le congrès de Grenoble cinq ans plus tard, en 1973. 
Son dernier titre de gloire fut la présidence du conseil régional du Languedoc-Roussillon en janvier 1974. Lors de la cérémonie d’intronisation, il déplora le manque de moyens et de buts de la nouvelle structure.
Françis Vals décéda dans sa chambre d’hôtel à Luxembourg à l’âge de soixante-quatorze ans.
Franc-maçon, il eut des obsèques civiles en présence de près de 5 000 personnes, dont de nombreuses personnalités françaises et européenne. L’éloge funèbre fut prononcé par le président du Parlement européen et par le président en exercice du Conseil des ministres. 
Il s’était marié le 27 décembre 1932 à Leucate avec Renée Tapie, professeur de CET, née le 22 février 1910 dans cette ville. Ils eurent une fille, professeure agrégée d’histoire et historienne (Annie Genzling).
Francis Vals était titulaire de nombreuses décorations, dont la Croix de Guerre, la médaille de la Résistance, les Palmes académiques et de la médaille d’or de l’éducation physique.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article180746, notice VALS Francis, Léon, Eugène, Louis par Gilles Morin, version mise en ligne le 16 mai 2016, dernière modification le 16 mars 2021.

Par Gilles Morin

Francis Vals
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SOURCES : Arch. Nat, F7/15516, n° 4898, F/1cII/201, F/1cII/284, F/1cII/287. F/1cIV/151. CAC, 19830172, article 101. — Archives de l’OURS, dossiers Aude, AGM 139. — Bulletin Intérieur de la SFIO, n° 107 et n° 164, décembre 1968. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-67. — Tribune socialiste, 13 mars 1965. — Julien Allaux, La Résistance dans le département de l’Aude, Carcassonne, CDDP de l’Aude. — Professions de foi aux législatives de 1956 et 1958. — Le Poing et la Rose, n° 15, mai 1977. — Notes d’André Balent.

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