BAERS Maria, Gabriëlla.

Par Denise Keymolen

Anvers (Antwerpen, pr. et arr. Anvers), 20 septembre 1883 − Bruxelles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 30 décembre 1959. Travailleuse sociale, cofondatrice et dirigeante du mouvement social féminin chrétien, vice-présidence de l’Algemeen christelijk werkersverbond et de la Confédération des syndicats chrétiens, sénatrice.

Maria Baers est issue d’une famille de la classe moyenne : son père est négociant en denrées coloniales, sa sœur, Margriet, est docteur en philosophie. Après des études moyennes chez les Sœurs de Notre Dame, elle complète occasionnellement son éducation intellectuelle en suivant des cours sociaux organisés par le Volksverein für das Katholische Deutschland à München-Gladbach (Allemagne), et par des cours de philosophie et de sciences sociales à l’Institut Saint-Louis à Bruxelles et à l’Université de Fribourg en Suisse.

Vers 1908, Maria Baers s’engage dans le mouvement social féminin anversois. Elle participe dès 1911 au cercle d’études sociales, dirigé par le R.P. L. Perquy*, et devient une conférencière très appréciée, notamment lors de la première semaine sociale féminine à Anvers en août 1911 et à des journées d’études organisées par la Ligue Constance Teichmann. Elle est à cette époque secrétaire du syndicat des employées de commerce d’Anvers. Lorsque le père Perquy l’engage à coopérer avec Victoire Cappe dans le but de créer un mouvement national, elle n’accepte qu’après de longues hésitations. Elle souhaite en effet atteindre un public féminin très large tandis que Cappe veut organiser le mouvement syndical.

Lorsque le Secrétariat général des unions professionnelles féminines chrétiennes est finalement mis en place en octobre 1912, Maria Baers y collabore, dans un premier temps, en tant que secrétaire adjointe de V. Cappe. Peu après, elle en accepte la direction pour la partie flamande du pays. Elle centre ses efforts non seulement sur la formation professionnelle et l’organisation syndicale, mais également sur le travail éducatif, social, religieux et culturel des Vrouwengilden (Gildes féminines), organisations auxquelles sont affiliées des femmes de toutes conditions. Elle organise avec Victoire Cappe deux congrès syndicaux féminins, en 1912 et en 1913. Elle présente des rapports sur diverses questions professionnelles et syndicales, notamment au Congrès de la Ligue démocratique belge à Gand en 1913 et au troisième Congrès syndical chrétien à Gand en 1914.

Maria Baers est l’organisatrice principale des syndicats pour ouvrières à domicile, parcourant les villages flamands pour réunir les gantières, les brodeuses, les dentellières. Membre de l’Union internationale pour la protection des travailleuses à domicile, elle s’efforce d’améliorer leur situation par une action internationale, participant activement au Congrès international de Zürich (Suisse) en 1913. En même temps, elle s’applique à organiser des cercles d’études pour former les futures dirigeantes des syndicats et des gildes, insistant toujours sur la mission sociale des classes aisées. En 1913, Maria Baers entre à la Société d’économie sociale.

Lorsque la Première Guerre mondiale paralyse le mouvement syndical, les deux leaders du mouvement social féminin chrétien s’orientent de plus en plus vers des activités éducatives. Sur proposition de Maria Baers, des cours approfondis de formation sociale et religieuse sont organisés en 1916, à l’instar des sessions de formation des catholiques allemands à München-Gladbach. Le succès de ces semaines d’études, élaborées avec l’aide du professeur Victor Brants, est tel qu’elles sont réorganisées en 1917, 1918 et mènent en 1920 à l’installation d’une école sociale permanente à Bruxelles. M. Baers est nommé présidente de la Katholieke sociale normaalschool voor vrouwen (école normale sociale catholique pour femmes).

À la suite de l’élargissement progressif de son champ d’action, le Secrétariat général des unions professionnelles féminines chrétiennes est finalement dénommé : Secrétariat général des œuvres sociales féminines chrétiennes. Avec Victoire Cappe, Maria Baers organise les nombreuses branches composant l’organisme central : les ligues féminines, l’école sociale, la centrale d’éducation professionnelle et ménagère, les services féminins des mutualités chrétiennes, la commission intersyndicale féminine, dont elle est la responsable, les cercles d’études. Sous sa présidence, de 1920 à 1952, les Kristelijke arbeidersvrouwengilden (KAV - Ligues ouvrières féminines chrétiennes-LOFC) deviennent la cheville ouvrière du mouvement ; elles insistent de plus en plus sur la libération de la femme, mère de famille, des tâches économiques hors du foyer, et centrent leurs activités sur une préparation adéquate à son rôle familial.

Leur intégration dans le mouvement ouvrier chrétien s’accomplit avec la nomination de Maria Baers à la vice-présidence de l’Algemeen christelijk werkersverbond (ACW - Ligue nationale des travailleurs chrétiens-LNTC) en 1923. Elle y défend énergiquement l’autonomie des KAV-LOFC quant à l’élaboration du programme et l’organisation des activités. Elle siège également au bureau de l’Alliance nationale des mutualités chrétiennes dès 1922.

Par ailleurs, l’action syndicale féminine ne retrouve plus son élan d’avant-guerre. Plusieurs facteurs, notamment le déclin des industries à domicile, la conjoncture économique en baisse et la promotion active de la femme au foyer, provoquent une crise qui mène d’abord à la fusion des syndicats féminins avec les syndicats des industries connexes, puis à la reprise de toute l’action féminine par la Confédération des syndicats chrétiens (CSC) en 1924. Maria Baers devient dès lors membre du bureau de la CSC et vice-présidente.

L’étude des questions professionnelles continue à se faire principalement dans les ligues : guidées par M. Baers, elles examinent surtout l’aspect moral, social, familial et hygiénique du problème, revendiquant la suppression progressive du travail de la femme mariée dans la mesure où il est nuisible à la vie familiale et sociale, réclamant la protection et l’assurance maternelles, la généralisation des allocations familiales et défendant le principe « À travail égal, salaire égal ». Secrétaire de la Fédération des gantières, constituée après la grève de 1913, M. Baers démissionne de ce poste en 1922.

Le champ d’activité de Maria Baers quant à la défense des intérêts professionnels féminins ne s’arrête pas ici. Membre du Conseil supérieur du travail depuis 1919, elle participe activement à l’élaboration de divers projets de loi. Cooptée en 1920 par le bureau de la Confédération internationale des syndicats chrétiens (CISC) comme membre consultatif, elle aide à organiser les conférences internationales des ouvrières chrétiennes et présente plusieurs rapports, notamment sur l’éducation sociale et morale des ouvrières, le travail de la femme mariée, la rationalisation de l’industrie et l’hygiène du travail féminin. Dès 1926, elle préside la commission spéciale pour les questions concernant les ouvrières, créée au sein de la CISC.

La notoriété de Maria Baers comme experte en questions sociales devient telle qu’elle est déléguée à presque tous les congrès internationaux et est membre des principaux organismes internationaux qui s’occupent d’affaires sociales. Ainsi elle participe au Congrès de fondation de l’Organisation internationale du travail (OIT) à Washington en 1919, puis aux conférences successives organisées par cette dernière. Elle exerce à plusieurs reprises une pression directe sur le Bureau international du travail (BIT) et est nommée membre du Comité de correspondance de la commission du travail féminin en 1932. Elle prend pour la Belgique l’initiative de la préparation du Congrès international sur le travail industriel de la mère et le foyer ouvrier qui a lieu à Paris en 1933. Elle participe activement aux deuxième et troisième Congrès internationaux consacrés à la mère, ouvrière du progrès humain à Paris en 1937 et 1947. En 1939, elle devient déléguée du gouvernement belge à la Commission des questions sociales de la Société des Nations (SDN).

L’aspiration de Maria Baers au progrès social est à l’origine de son rôle actif dans l’organisation du service social catholique et des écoles sociales en Belgique et dans le monde. Comme membre du Conseil des écoles de service social, elle participe de 1921 à 1940 à l’élaboration d’un vaste programme d’enseignement. Cofondatrice de l’Union catholique internationale du service social (UCISS), elle en est la secrétaire générale de 1927 à 1950, puis la présidente jusqu’en 1958. Elle est vice-présidente du Comité belge des conférences internationales du service social de 1948 à 1958.
Après la Seconde Guerre mondiale, elle concentre son action internationale surtout sur le développement du service social.

Au fil des ans, l’attitude de Maria Baers à l’égard de l’activité politique évolue progressivement. Après la guerre 1914-1918, elle refuse, de commun accord avec Victoire Cappe, d’engager le mouvement social féminin chrétien dans l’action politique directe et s’abstient de militer en faveur du suffrage féminin, sans toutefois s’y opposer en principe. Puis elle fait indirectement son apprentissage politique dans les rangs du mouvement syndical national et international, lors des réunions du bureau de la LNTC et de ses nombreuses rencontres avec des hommes politiques. En 1935, elle est membre de la commission du Travail féminin, instaurée par le ministère de l’Industrie, de l’Emploi et de la Prévoyance sociale.

De plus en plus persuadée que l’action politique est nécessaire pour réaliser les objectifs sociaux voulus, Maria Baers pose alors le problème de la représentation féminine sur la liste catholique. Après les élections de 1936, elle est cooptée au Sénat : elle y siège sans interruption jusqu’en 1954 et en est la secrétaire de 1944 à 1954. Elle préside aussi la commission sénatoriale de la Santé publique et de la Famille. Elle participe directement à l’élaboration de la politique en matière de santé publique, d’éducation, de législation sociale, d’amélioration de la condition sociale et juridique de la femme. Elle dépose notamment des propositions de loi tendant à réglementer le contrat de louage des travailleurs domestiques (1939, 1946) et à instaurer des allocations familiales différenciées pour les familles où la mère reste au foyer (1946, 1949). Elle est l’auteur de la loi protégeant le titre d’assistant.e social.e, votée le 12 juin 1945. Elle défend toujours avec acharnement les intérêts des femmes et des familles de la classe ouvrière, attire sans cesse l’attention sur les aspects problématiques du travail féminin et insiste sur la valeur économique du travail ménager.

À côté de cette activité débordante, Maria Baers remplit plusieurs autres fonctions administratives, notamment comme membre du bureau de l’Union internationale des ligues féminines catholiques, comme vice-présidente du Conseil supérieur de la famille… Elle joint tout au long de sa vie l’étude et la réflexion scientifique. Dans ses nombreux écrits et rapports, ses innombrables discours, elle analyse les objectifs de son engagement et traite les différents aspects des problèmes en cause.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article180886, notice BAERS Maria, Gabriëlla. par Denise Keymolen, version mise en ligne le 20 mai 2016, dernière modification le 30 décembre 2019.

Par Denise Keymolen

ŒUVRE :
-  Collaboration régulière à diverses revues, dont : Bulletin d’information de l’Union catholique internationale du service socialCahiers de l’Union internationale des ligues féminines catholiques et de la section des jeunesDossiers de l’action sociale catholique ; La Femme BelgeDe gids op maatschappelijk gebied ; Labor, bulletin de la Confédération internationale des syndicats chrétiensLe progrès socialRevue internationale du travail.
-  Nombreux rapports et discours publiés dans les comptes rendus des congrès soit sous forme d’articles ou de brochures : Aanpassing der christelijke vrouwenorganisatie aan den sociale toestand der vrouw uit den arbeidenden stand, 15de Vlaamsche sociale week, Leuven, 1928, Brussel, 1928, p. 116-144 − L’éducation sociale et morale des ouvrières. Confédération internationale des syndicats chrétiens, conférence internationale des ouvrières chrétiennes, Innsbrück, 20 juin, 1922, s.l., s.d. − Loonarbeid der gehuwde vrouw. 8ste ACV-congres, Gent, 5-6 mei 1928, Kortrijk, 1928, 54 p. – Loonarbeid der gehuwde vrouw. de weg naar de oplossing, in De gids op maatschappelijk gebied, november 1931, p. 650-657 – « De loonarbeid van de vrouw », De gids op maatschappelijk gebied, augustus-september 1954, p. 809-830 – « La mère, ouvrière de progrès humain », Dossiers de l’action sociale catholique, 1947, 10, p. 562-573 – « Moderne beschaving en loonarbeid der gehuwde vrouw », De gids op maatschappelijk gebied, juli-augustus 1938, p. 687698 − Organisatie en werking der arbeidersvrouwen in België, Kortrijk, 1928 − Over de plicht der meergegoeden en ontwikkelden tot socialen arbeid, Verslagen der sociale studiedagen voor vrouwen, gehouden op 7 en 8 augustus 1911 te Antwerpen, Antwerpen, 1911 − Over vrouwenbeweging en vrouwenorganisatie, 8ste Vlaamsche sociale week, Leuven, 1921, p. 247-255 − Les problèmes de vie de l’ouvrière de fabrique, Bruges, (1917), 30 p. – « La protection de la maternité. Notre réponse aux femmes socialistes », La Femme Belge, éd. A, octobre 1924, p. 401-404 − La rationalisation de l’industrie et l’hygiène du travail féminin. Confédération internationale des syndicats chrétiens, conférence internationale des ouvrières chrétiennes, Münich, 25-28 septembre 1928, s.l., s.d., 15 p. − Studiekringen, Antwerpen, 1912 – « Le travail à domicile. Rapport présenté au conseil supérieur du travail au nom de la commission spéciale », La Femme Belge, éd. B, mars 1922, p. 720-741 ; mai 1922, p. 879-886 ; juin 1922, p. 57-67 - De vouw in het tegenwoordig maatschappelijk leven, De katholieke vrouw in de moderne wereld. Richtlijnen voor de katholieke vrouwenbeweging, Brussel-Amsterdam, 1939, p. 57-78 – « Vrouwenarbeid en levensbeschouwing », De gids op maatschappelijk gebied, februari 1935, p. 111-143 – Avec ARENDT J.. en VAN GOETHEM F., Naar meer bescherming voor den vrouwenarbeid. Een wetsvoorstel. (Godsdienstige en sociale trakten, 1932, 6), Antwerpen, 51 p. - Avec CAPPE V., Législation sur le travail à domicile. Résumé du rapport du troisième congrès syndical chrétien, 12-13 juillet 1914 à Gand, Gand, 1914, 28 p.

SOURCES :
Une collection très vaste de photographies, souvenirs, notes de cours, conférences, discours et dossiers parlementaires, circulaires, rapports et comptes rendus, brochures, correspondance, coupures de journaux, etc. est conservée au KADOC : KAV Kristelijke arbeidersvrouwengilden, 1920-1959, sections A, B et C ; CSVW Christelijke sociale vrouwenwerken - Œuvres sociales féminines chrétiennes ; ACW - Algemeen Christelijk Werkersverbond, numéros 174 et 236 − In memoriam, - Maatschappelijk dienstbetoon. Tweemaandelijks tijdschrift, uitgegeven door de beroepsvereniging van de katholieke vlaamse maatschappelijke assistenten, 1960, I, p. 1-7 – MOELANTS, E., « In memoriam Maria Baers. Zo kenden wij haar », De gids op maatschappelijk gebied, januari 1960, p. 3-6 – OFFENBERG, J., Maria Baers. Ein leben für den christlich-sozialen gedanken in der welt, Die christliche Frau, s.l., 1952, 3 – RESZOHAZY, R., Histoire de l’action sociale féminine chrétienne de Belgique, s.l., 1959, 370 p. (étude inédite) – THIELEMANS-DE BACKER, G., « Maria Baers, haar leven en werk », De gids op maatschappelijk gebied, januari 1961, p. 7-21 – TINDEMANS, L., « Gesprek met mejuffrouw Maria Baers », Tijdschrift der jongeren, februari 1956, p. 3-6.

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