CAPPE Victoire.

Par Denise Keymolen

Liège (pr. et arr. Liège), 18 mars 1886 − Bruxelles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 29 octobre 1927. Démocrate chrétienne, fondatrice et dirigeante du mouvement social féminin chrétien.

Issue d’une famille bourgeoise et libérale − son père est avocat et franc-maçon −, Victoire Cappe fait ses études primaires dans une école communale de Liège, ses études secondaires du premier degré à l’école moyenne de Soignies (pr. Hainaut, arr. Soignies). Sur ses instances, elle est baptisée à l’âge de quinze ans, en même temps que ses sœurs. Entrée à l’École normale des Filles de la Croix à Liège en 1901, elle y est initiée par l’abbé Paisse, disciple d’Antoine Pottier, aux idées démocratiques chrétiennes. Déjà pendant ses études de régente, achevées en 1907, elle s’oriente vers les œuvres d’apostolat : sous les directives de l’abbé Paisse, elle réunit les nombreuses jeunes ouvrières qu’elle rencontre comme zélatrice de L’Apostolat de la prière.
L’action sociale l’absorbant très vite entièrement, sa carrière d’enseignante à l’institut Sainte-Véronique des Filles de la Croix, puis à l’institut Ubaghs est de courte durée.

Inspirée par les premiers syndicats chrétiens féminins, fondés à Lyon (département de l’Auvergne-Rhône-Alpes, France) par Marie-Louise Rochebilliard, son amie, Victoire Cappe fonde, en 1907, le Syndicat des ouvrières de l’Aiguille. Les membres, couturières, modistes, lingères, brodeuses, giletières, ouvrières en ameublement entre autres, travaillant à domicile ou en atelier, jouissent de réductions sur l’achat d’outils ou de matières premières nécessaires à leur métier, reçoivent du travail ou une indemnité en morte-saison, une indemnité journalière en cas de chômage, des journaux de mode, des patrons,...

Grâce à un appui financier important, des cercles d’études, un home, un restaurant, un secrétariat d’apprentissage, des cours professionnels, une bourse de travail, une mutualité, une caisse de retraite, une caisse dotale et une revue mensuelle L’Aiguille sont bientôt jointes au syndicat.

La jeune Victoire Cappe, enthousiaste et énergique, oratrice talentueuse, est remarquée par le cardinal J. Mercier lors de sa participation au Congrès des catholiques à Malines (Mechelen, pr. Anvers-Antwerpen, arr. Malines) en 1909. En vue de l’organisation nationale du mouvement social féminin, il lui assure une formation philosophique approfondie et confie son instruction économique et sociale au professeur Victor Brants de l’Université catholique de Louvain. Ce dernier restera toujours son conseiller dans les questions de doctrine et de méthode de travail.

Parcourant le pays, Victoire Cappe suscite alors la création d’œuvres très diverses et collabore, par le fait du R.P. J. Perquy, de plus en plus étroitement avec Maria Baers, une dirigeante du mouvement anversois.
Après avoir centralisé début 1912 quelques cinq syndicats de l’Aiguille en une fédération nationale, Victoire Cappe détermine finalement la forme que prendra l’union des œuvres féminines : le Secrétariat général des unions professionnelles féminines chrétiennes est fondé le 25 juillet 1912. Elle en devient la secrétaire générale pour la partie wallonne du pays.

V. Cappe organise avec Maria Baers deux congrès des syndicats chrétiens féminins en 1912 et 1913, devient membre actif de la société d’économie sociale, fait partie de l’Union internationale pour la protection des travailleuses à domicile, prend part au Congrès international du travail à domicile à Londres en 1914 et aux congrès de la Confédération des syndicats chrétiens (CSC), dont elle devient vice-présidente en 1914.

Victoire Cappe, dirigeante du mouvement syndical féminin, qui veut relever les conditions de vie économiques et matérielles des ouvrières par l’action et la formation professionnelle, qui prône la solidarité et le self-help des travailleuses, part cependant du principe que la femme est d’abord épouse et mère de famille. Attachant une grande importance au travail éducatif des femmes, elle propage les cercles d’études comme instruments par excellence de la formation intellectuelle, sociale et religieuse. Elle stimule notamment les ligues de femmes, les mutualités, de sorte que le secrétariat devient vite l’instrument principal de la direction et de l’extension de tout le mouvement social féminin.

La Première guerre mondiale opère un changement radical des activités de Victoire Cappe. Le travail syndical est entravé, les industries féminines étant particulièrement frappées par le chômage. En collaboration avec M. Baers et V. Brants, elle réalise alors un vœu, déjà exprimé lors du Congrès de Malines en organisant des cours approfondis de formation sociale et religieuse en 1916, 1917, 1918, 1919, lesquels mènent en 1920 à la fondation d’une institution permanente, l’École normale sociale catholique. Une fédération nationale des cercles d’études est également mise sur pied et les premiers secrétariats régionaux sont organisés.

Finalement le Secrétariat général, qui ne reflète plus la gamme toujours plus large d’activités entreprises, change de nom et devient le Secrétariat général des œuvres sociales féminines chrétiennes.

La paix restaurée, Victoire Cappe s’engage résolument dans la voie tracée : au lieu d’accorder la priorité aux problèmes professionnels des ouvrières, son attention se porte davantage sur les conditions de vie générales de la femme des classes laborieuses. Elle organise, guide et coordonne, avec Maria Baers, les nombreux départements dont elle suivra le fonctionnement jusqu’à la dernière minute de sa vie : la Fédération nationale des Ligues ouvrières féminines chrétiennes (LOFC), les services féminins des mutualités chrétiennes, la Centrale d’éducation professionnelle et ménagère, la Commission intersyndicale féminine, la Fédération des cercles d’études, l’École sociale. Elle collabore au démarrage de la Jeunesse ouvrière féminine chrétienne et assure l’orientation fondamentale du mouvement : la promotion de la famille par l’éducation et l’action des femmes. « Un chef incomparable », témoigne Joseph Cardijn.

Malgré la création de la Commission intersyndicale féminine en 1919, et bien que Victoire Cappe continue de promouvoir les organismes de défense et d’organisation du travail féminin et intensifie la propagande syndicale dans les ligues féminines, une crise du mouvement syndical ne peut être évitée, la lente agonie des industries à domicile décimant les rangs des unions féminines. En 1924, le mouvement est repris par la Confédération des syndicats chrétiens.

En matière politique, la conduite de la secrétaire générale est plutôt ambiguë. Elle écarte, pour des raisons de principe et de tactique, l’action politique directe des femmes - elle prône, par exemple, l’absentéisme par rapport à la question du suffrage féminin -, mais elle recommande et pratique d’autre part délibérément l’action indirecte, influençant l’opinion publique et les législateurs par des campagnes, des pétitions, faisant des démarches auprès des instances publiques, élaborant des projets de loi et exerçant une pression en sa qualité de membre de diverses commissions officielles. Après l’Armistice, elle est en effet nommée conseiller gouvernemental en matières sociales et déléguée à la première Conférence internationale du travail à Washington. Elle devient membre du Conseil supérieur du travail, du Conseil des écoles de service social, du Conseil supérieur de l’enseignement technique, du Conseil national des œuvres de l’enfance.

Représentant le mouvement féminin au Conseil central de la Ligue nationale des travailleurs chrétiens (LNTC) de Belgique, Victoire Cappe défend avec fermeté l’autonomie du secrétariat : elle veut pour les femmes dans le mouvement général une forme d’organisation bien appropriée au rôle spécial qu’elles doivent jouer dans la société et à la formation sociale qui doit leur être donnée.

Enfin, Victoire Cappe a la vocation d’enseigner. Le bon fonctionnement des cercles d’études et l’organisation continuelle de cours et de conférences lui tiennent particulièrement à cœur. Elle attire souvent l’attention sur la nécessité de l’organisation de l’enseignement professionnel. Afin d’assurer l’éducation sociale et intellectuelle des collaboratrices du mouvement, elle édite dès 1913 la revue mensuelle La Femme belge, dont elle est secrétaire de rédaction. Comme présidente de l’École normale sociale catholique, elle se préoccupe constamment du programme et de la méthodologie. Elle y donne des cours théoriques et pratiques et marque l’esprit des élèves et de l’école qu’elle veut « de tendance syndicale ». En 1925, elle est une des fondatrices de l’Union catholique internationale de travail social, dont elle restera la secrétaire jusqu’à sa mort.

Il faut souligner que Victoire Cappe est profondément croyante et catholique, vivant une vie spirituelle très intense : l’action sociale et économique pour elle est le moyen pour réaliser une finalité supérieure.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article180887, notice CAPPE Victoire. par Denise Keymolen, version mise en ligne le 20 mai 2016, dernière modification le 19 janvier 2021.

Par Denise Keymolen

ŒUVRE :
-  La Femme belge. Education et action sociales. Rapports et documents, éd. par V. Cappe, Bibliothèque de la Revue sociale catholique, Louvain, 1912 − Les rapports que V. Cappe présente au congrès de Malines de septembre 1909 et aux Congrès de la Ligue démocratique belge à Nivelles (septembre 1910) et à Courtrai (septembre 1911) et une leçon donnée à la semaine sociale féminine à Bruxelles (avril 1911), sont repris dans ce recueil sous forme d’articles : « Formation professionnelle et sociale de la femme », p. 1-20 – Cercles d’études féminins, p. 21-36 – « Le salaire féminin », p. 55-74 – « Les syndicats féminins », p. 83-106 – « Les bourses du travail », p. 131-138 – Le deuxième Congrès international des femmes ouvrières, brochure publiée par le Secrétariat général des Œuvres sociales féminines chrétiennes de Belgique, Bruxelles, 1922 – Avec BAERS M., Législation sur le travail à domicile. Résumé du rapport du troisième Congrès syndical chrétien, 12-13 juillet 1914 à Gand, Gand, 1914, 28 p.
-  Collaboration à : La Femme belge, revue d’intérêt général féminin, notamment des comptes rendus des congrès intéressant spécialement les femmes, des articles relatifs à l’action sociale et aux écoles sociales - La Revue catholique des idées et des faits.

fSOURCES : KADOC, Fonds CSVW Christelijke sociale vrouwenwerken - Œuvres sociales féminines chrétiennes, classement provisoire : coupures de journaux, lettres de faire-part, notices nécrologiques, souvenirs, photographies, allocutions, notes de cours, de conférences et de congrès, comptes rendus, correspondance – CARDIJN J., « L’apôtre social », La Femme belge, novembre 1927, p. 55 – VULHOPP T., « La femme catholique », La Femme belge, novembre 1927, p. 55-56 – LECLERCQ J., « Les pèlerins de l’absolu : Mlle Cappe », La Cité chrétienne, 5 février 1928, p. 328-333 – SCHRYRGENS J., « In memoriam », La Femme belge, novembre 1927, p. 53-54 − VAN HAUDENARD R., « Une belle vie de femme », La Ligue des femmes, décembre 1927, p. 3 – NEUJEAN L., Victoire Cappe, s.l., s.d. (dissertation dactylographiée, conservée au KADOC, CSVW, 1981) – RESZOHAZY R., Histoire de l’action sociale féminine chrétienne de Belgique, s.l., 1959, 370 p. (étude inédite) – KEYMOLEN D., Victoire Cappe 1886-1927 - Une vie chrétienne, sociale, féministe, Louvain-Bruxelles, Presses Universitaires de Louvain - Academia Bruylant- CARHOP, 2002 – « Victoire Cappe », dans Site Web : odis.be.

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