BACCI Jean

Par Christine Delpous-Darnige

Né le 24 décembre 1922 à Montpellier (Hérault), mort le 14 juillet 2014 ; employé de la SNCF puis cadre de banque ; résistant, syndicaliste, président du syndicat national des cadres du Crédit agricole ; élu municipal, militant associatif

Jean Bacci naquit à Montpellier. À seize ans, il entra comme employé à la SNCF où il travaillait quand la guerre éclata. En 1943, pour échapper au STO, il rejoignit, par une filière clandestine du dépôt ferroviaire, le maquis Paul Claie (ou Clé), de l’Armée secrète (liée à Combat) commandé par H. Barthes dit « Dumont », basé à Saint-Affrique dans le sud-Aveyron. Il y prit le nom de « Tito » et rencontra en son sein sa future épouse Joséphine, engagée dans les services médicaux du maquis, elle aussi montpellieraine et avec laquelle il eut deux fils.
Il fut un des témoins-acteurs de l’épisode sanglant de La Couvertoirade [Aveyron) où, le 22 août 1944, les vingt-trois jeunes membres du groupe de sabotage du maquis furent éliminés par les Allemands. La veille, ils avaient saboté sur ordre le goulot d’étranglement rocheux constitué par Le Pas-de-l’Escalette (Hérault). Sur le chemin du retour, ils croisent un détachement allemand à La Pezade (Aveyron, à la limite de l’Hérault) qui anéantit le groupe des 23 maquisards. Jean Bacci fait partie de la patrouille de reconnaissance envoyée le soir même par Dumont. Les quatre hommes découvrent, juste avant le hameau de La Pezade, le camion gazobois, portes arrière ouvertes. Joseph Torres, le chauffeur, stoppa aussitôt ; Jean Bacci et Raymond Lacaze sortirent immédiatement ainsi qu’André Gibert qui découvrit les premiers corps. Mais les Allemands déclenchèrent alors le feu et la voiture parvint à s’éloigner. R. Lacaze et J.Bacci s’abritèrent tant bien que mal dans les rochers tandis qu’André Gibert plongeait parmi les morts. Petit à petit, les trois hommes se dégagaient et rejoignaient le village des Rives. La colonne allemande partie, Dumont emmèna quelques hommes sur les lieux du combat où les corps mutilés furent récupérés.
Jean Bacci fut le dernier survivant de cette équipe et, dès 1945, il s’était attaché durant toute sa vie à entretenir la mémoire du Maquis et de cet événement en devenant notamment président de l’Amicale Paul-Clé. Il organisa notamment la cérémonie annuelle d’hommage sur les lieux du drame.
Bien que présent à Montpellier, il ne participa pas à la libération de la ville le 26 août 1944. Mais, affecté à l’état-major de la région, il fut employé comme inspecteur de police militaire chargé de contrôler les rapatriements des déportés et des prisonniers de guerre.
En 1946, ce fut le retour à la vie civile. Jeune marié et papa, il entra, pour trois mois, comme auxiliaire à la Caisse Régionale de Crédit agricole du Midi de Montpellier où il gravit les échelons pour se retrouver en 1949, à l’âge de 24 ans, responsable de l’agence d’Agde. En 1973 il fut nommé chef des agences de Béziers qu’il dirigea jusqu’à sa retraite en 1982. En 1963, il participa à la création du syndicat autonome des cadres de la caisse du Midi qui adhère le 11 octobre 1965 à la FGCA CGC. Il joua un rôle actif dans la naissance du syndicat national des cadres du Crédit agricole, le SNECA, dont il devint successivement président actif, président fondateur invité, président de la section des retraités jusqu’en 1998.
En 1965, il fut candidat aux élections municipales à Agde sur une liste d’intérêt communal menée par Pierrick Lapeyre. Bien que soutenus par le maire divers gauche sortant Louis Vallière, qui ne se représentait pas, ses membres se sont engagés par écrit à n’être membre d’aucun parti politique. La liste fut élue et Jean Bacci devint alors deuxième adjoint du maire. C’est la période de l’aménagement touristique du littoral du golfe du Lion par l’État et Agde doit accueillir en son cap une des cinq stations balnéaires phares du projet. Dans un contexte tendu où de nombreux propriétaires s’opposent aux expropriations effectuées par la Mission Racine, maîtresse d’œuvre du dispositif, c’est Jean Bacci qui fut chargé de négocier avec P. Racine et P. Reynaud, les dirigeants de la mission interministérielle, non seulement la hausse des indemnités des propriétaires mais aussi la rénovation des infrastructures de la commune.
En 1971, cette liste fut battue par celle du candidat gaulliste Pierre Leroy-Baulieu dans une triangulaire avec la liste amenée par le communiste P. Balmigère*. Avec d’autres amis , il fonda alors une association, l’Office du Tourisme Syndicat d’Initiative – OTSI - d’Agde dont il devint président après en avoir été membre actif. La structure se chargea de la promotion touristique du centre ville historique tandis qu’une structure municipale s’occupait de la station balnéaire du Cap d’Agde. En 2009, le maire UMP de la commune supprima les subventions municipales à l’association entraînant sa disparition définitive.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article181080, notice BACCI Jean par Christine Delpous-Darnige, version mise en ligne le 24 mai 2016, dernière modification le 7 février 2019.

Par Christine Delpous-Darnige

SOURCES : Arch. dép. Hérault, 2027 W 86 ; 2027 W 94 ; témoignage filmé de Jean Bacci, alias Tito, résistant au sein du maquis Paul Clé. — ADA, 1 D 27, registres des délibérations du conseil municipal 1965-1971 — ADA, fonds Nespoulous, Syndicat d’initiative. — Enregistrements oraux réalisés au domicile du témoin : 31/01/2010 – 20/10/2013. — Henri Moizet et Christian Font, L’Aveyron et les Aveyronnais dans la seconde Guerre Mondiale, Rodez et Toulouse, Éd. CRDP Midi-Pyrénées. Coll. Savoir-faire, 1995. — Bacci Jean, 1965-2005, quarante ans d’action syndicale, Paris, Syndicat National de l’Entreprise Crédit Agricole, 2009. — Jean Sagnes*, (collectif sous la direction de ), "Le Cap d’Agde et son histoire", Les Cahiers du Grhista, numéro 4, 2012, 160 p.

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