BESTETTI Eugène, François

Né le 14 avril 1817 à Paris ; mort le 2 septembre 1905 à Limeil-Brévannes (Seine-et-Oise) ; révolutionnaire de 1848 ; membre de l’Internationale ; communard, déporté en Nouvelle-Calédonie.

Bestetti navigua comme marin du commerce, puis travailla à Paris comme journalier dans différents ateliers de produits chimiques, gagnant 3 francs par jour. Il se déclarait chimiste ou fabricant de produits chimiques, comme employé à la désincrustation des machines à vapeur, mais son patron lui interdit l’entrée de son bureau en raison de ses opinions « antisociales ». Ami de Chipron, il fut successivement commissaire puis secrétaire du Club Popincourt, à la tribune duquel il fit l’apologie de Barbès, s’écriant : « A bas les propriétaires ! » ou encore « Messieurs les gardes nationaux et la bourgeoisie s’éloignent du peuple avec mépris, mais nous saurons bien nous venger. »

Le 23 juin 1848, il travailla parmi les premiers aux barricades, rue des Amandiers (VIIIe arr., maintenant rue du Chemin-Vert, XIe) où il demeurait, puis il alla aux barricades du faubourg du Temple (VIe arr., maintenant XIe) engager les insurgés à ménager les cartouches. Les 24 et 25, il figura constamment à la barricade de la rue des Amandiers et quand on lui demanda pourquoi il se battait, il répondit : « Pour la République démocratique et sociale », en déployant le drapeau tricolore qui surmontait le retranchement. Le 25, en fin de journée, il s’opposa à la destruction d’une barricade et quand la troupe dut se replier, il proclama : « Tant mieux, nous sommes les maîtres. » Le 27 juin, il disparut de son domicile pour se réfugier aux Moulineaux (Seine). Arrêté en possession du paquetage d’un chasseur de Vincennes, il fut transporté, sur les très mauvais témoignages de son propriétaire et de son patron. Il rentra gracié en juillet 1849.

Marié, père de quatre enfants, coupeur de chaussures, Bestetti était, depuis 1870, membre de l’Internationale, secrétaire-correspondant de la section des Gobelins, qui se réunissait tous les mardis rue d’Arras (Ve arr.) dont le secrétaire était Jules Hamet.

En 1876, sa femme habitait, 16, rue des Boulangers (Paris, Ve), où elle logeait déjà avec son mari sous la Commune.

Avec Jules Hamet, Bestetti signa, au nom de la Section des Gobelins alors en formation, le manifeste contre la guerre, adressé aux travailleurs de tous les pays, en juillet 1870 (Le Réveil, 18 juillet 1870). Puis il déploya une grande activité à la Section des Gobelins jusqu’à la fin de la Commune de Paris. Sans être candidat, il obtint dans le Ve arr., le 26 mars 1871, 1 029 voix sur 12 422 votants (cf. J.O. Commune).

Garde durant le Siège de Paris à la 4e compagnie de marche du 119e bataillon de la garde nationale, Bestetti fut élu sergent-major après le 18 mars 1871. Du 2 au 10 avril, il demeura au fort de Bicêtre (Seine). Le 7 mai, il alla à Issy avec son bataillon, mais il « paraît avoir profité de ce que sa qualité de sergent-major lui permettait d’aller à Paris toucher sa solde pour partir au début de l’action ; il a même été pour ce fait cité dans un rapport du commandant comme ayant lâchement abandonné le bataillon ». À cela semble s’être borné son rôle militaire.

Mais Bestetti fut très actif comme délégué à la direction des cantines municipales du Ve arrondissement. Ces cantines fonctionnaient déjà durant le Siège en vue de « donner des secours aux indigents ». À cette époque, Bestetti secourut 1 200 personnes recueillies dans les caveaux du Panthéon. Le 10 avril, il fut nommé par Régère directeur des cantines du Ve arrondissement, chargé, concurremment avec l’adjoint Murat, « de contrôler et de modifier le personnel ». Courant mai, accompagné de Murat, sur ordre de la municipalité du Ve arrondissement, il fit prendre deux pièces de vin dans l’établissement des Pères du Saint-Esprit, rue Lhomond, occupé alors par les gardes nationaux.

Avec Pierre Bisson, Bonnard, Boyenval, Duvivier, Larmier, Charles Longuet, Marchand, Piéron, Régère, Édouard Roullier et Treillard, il appartint sous la Commune au Comité démocratique socialiste du Ve arr. de Paris (cf. Murailles..., 1871).

Les renseignements recueillis sur Bestetti étaient tous favorables. « Sa probité, dit le capitaine rapporteur, ne peut pas être mise en doute ; et plusieurs lettres qui ont été réunies au dossier par l’avocat général Benoist le montrent comme un homme animé d’un bon esprit de famille et d’excellents sentiments ». Il « ne paraît pas avoir d’antécédents judiciaires ». (Aucune recherche n’avait été faite).

Le 25e conseil de guerre le condamna, le 15 mai 1872, à la déportation dans une enceinte fortifiée.

Dès juillet 1872, la femme de Bestetti formula des recours en grâce. L’un d’eux est signé par trois anciens patrons du condamné. Le 10 septembre 1872, la peine était commuée en déportation simple, et il arriva à Nouméa le 28 septembre 1873.
Le 29 novembre 1876, sa peine était commuée en cinq ans de détention. Le commissaire du Gouvernement formula sur Bestetti ce jugement balancé : « Les actes du suppliant dénotent en lui un ennemi conscient, systématique de l’ordre social. Il y a cependant lieu de relever à sa décharge d’abord son honorabilité privée, incontestable, sa position de père d’une nombreuse famille qu’il paraît avoir élevée dans d’excellents sentiments ; enfin sa franchise dans l’instruction, son attitude pleine de convenance à l’audience ; aussi suis-je d’avis qu’on pourrait commuer en une peine correctionnelle la peine perpétuelle et infamante sous le coup de laquelle il est placé. »

Bestetti était atteint d’une hernie et estropié de la main gauche à la suite de la piqûre d’une mouche charbonneuse. Il serait mort le 17 mai 1877, selon certaines indications mais cela paraît peu probable.

En effet, un nommé Eugène Bestetti, cordonnier coupeur, demeurant 16, rue des Boulangers à Paris, Ve arr. — à l’adresse donc du Bestetti de la Commune — fut délégué par sa chambre syndicale à la 3e session du congrès ouvrier socialiste de France qui se tint à Marseille du 20 au 31 octobre 1879, de même qu’Irénée Dauthier et Louise Tardif (voir ces noms). Tous les trois furent parmi les modérés. B. Malon le confirme du reste (cf. Revue socialiste, n° 23, novembre 1886, p. 1082). Bestetti fut délégué à nouveau par sa corporation au congrès collectiviste du Havre en 1880. L’année suivante, en août, il fut candidat aux élections législatives contre Louis Blanc, dans la 1re circonscription du Ve arr. de Paris. Présenté par le Parti ouvrier sorti du congrès de Marseille (1879) et encore uni, il contresigna son appel : « Qu’ils soient noirs, blancs, bleus ou rouges, les candidats bourgeois ne peuvent être que nos ennemis au point de vue économique, leurs intérêts de classe le veulent ainsi » (cf. Claude Renault, op. cit., p. 70).

Bestetti obtint 383 voix, soit 205 dans le quartier de la Sorbonne et 178 dans celui de Saint-Victor contre 6 837 à Louis Blanc.

Par ailleurs, un Bestetti, du Cercle d’études du Ve arr. — encore lui ? Il est difficile d’affirmer une identité— assista au congrès anarchiste international tenu à Londres le 14 juillet 1881 (cf. Arch. PPo., B a/434).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article181313, notice BESTETTI Eugène, François, version mise en ligne le 31 mai 2016, dernière modification le 30 juin 2020.

OEUVRE : République Française. Citoyens, Au moment où le sol de la France est envahi par la Prusse et ses vassales... (Signé) pour la Fédération des sections parisiennes de l’AIT : Bestetti, Frankel Léo, Franquin, Hamet, Malon, Tolain, etc... Paris, Berthélémy et Cie, s. d. (1870), in-fol. 2 pp. Bibl. Nat., Lb 57/647.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/764, n° 7 501 et BB 27. — Arch. Min. Guerre, A 11 504. — Journal Officiel de la Commune, réimpression, Paris, V. Bunel, éditeur, 1872, 31 mars. — Les Murailles politiques françaises, Paris, Versailles, la Province, tome II, La Commune, 18 mars-27 mai 1871, Paris, L. Le Chevalier, éditeur, 1874 p. 149. — Congrès de Marseille, Musée Social C 5. Revue socialiste, n° 23, novembre 1886, p. 1082. — J. Dautry et L. Scheler, Le Comité central républicain des vingt arrondissements de Paris, Paris, les Éditions Sociales, 1960. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes III, in Encyclopédie socialiste, syndicale et coopérative de l’Internationale ouvrière, publiée sous la direction technique de Compère-Morel, Paris, 1921, p. 129. — Claude Renault, Le Mouvement socialiste parisien de 1881 à 1885, DES, Paris. — Michel Cordillot (coord.), La Commune de Paris 1871. L’événement, les acteurs, les lieux, Ivry-sur-Seine, Les Éditions de l’Atelier, janvier 2021.

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