TORTEY Jean, Marie

Par Jean-Claude Grandhay

Né le 18 février 1915 à Renaucourt (Haute-Saône), mort le 1er octobre 1985 à Vesoul (Haute-Saône) ; garçon-boucher ; résistant ; chef de l’action politique au sein du mouvement Libération ; déporté ; militant communiste ; premier secrétaire de la fédération communiste de Haute-Saône.

Fils de Claude Tortey, ouvrier mécanicien, et de Lambert Marie, Jean Tortey était le cinquième d’une famille de huit enfants. Dès son plus jeune âge, il quitta Renaucourt avec sa famille pour s’installer à Autet (Haute-Saône) d’où elle était originaire. Incorporé le 19 octobre 1936 au 10e RAC, il avait auparavant travaillé comme garçon boucher à Dampierre-sur-Salon et Gray puis en Haute-Marne et en Côte d’Or. Membre du PCF depuis 1935, il avait été secrétaire adjoint de la cellule d’Is-sur-Tille (21) jusqu’à son départ au régiment. Renvoyé dans ses foyers le 14 octobre 1938, il fut rappelé à l’activité au 10e RAC le 25 mars 1939. Fait prisonnier au Mans (Sarthe) le 26 juin 1940, il s’évada le 14 mai 1941 et se fit démobiliser à Lons-le-Saunier (Jura) le 28 mai, déclarant se retirer à Saint-Denis en Bugey (Ain). Il fut condamné à 200 francs d’amende avec sursis par le tribunal de Belley (Ain) au mois de février 1942 pour « organisation d’une réunion sans autorisation ». Contacté au mois de juillet 1942 par un nommé Chambert, de « Libération Sud », il quitta Ambérieu (Ain) où il demeurait alors pour s’installer à Lyon le 20 novembre 1942. A partir du début de l’année 1943, il travailla avec Serge Ravanel et devint, au sein du mouvement « Libération » qui l’appointait à raison de 2 000 francs par mois, le chef de l’action politique, sous les ordres du général Joinville, avec Pascal Copeau, le commandant Duvernois, Lucie Aubrac… Il était en contact avec Roger Morandat* sous le faux nom de « capitaine Davout » et utilisait une carte d’identité sous le patronyme de Fernand Chaplin. Arrêté le 29 mars 1943 par la police française pour « activité anti-nationale, échec aux dispositions de la loi sur le travail obligatoire et fabrication de fausses pièces d’identité », il fut condamné le 12 octobre 1943, par la Section spéciale de la Cour d’Appel de Lyon, à cinq ans de prison et 2 000 F d’amende. Emprisonné d’abord à Lyon puis à Chambéry et enfin à la centrale d’Eysses, il fut déporté le 17 juin 1944 à Dachau, puis à Landsberg, Auschwitz, Mathausen et Ebensee. Libéré le 5 mai 1945, rapatrié le 25 du même mois, il revint à Autet et prit part aux élections cantonales du 23 septembre en se présentant, sans succès, dans le canton de Dampierre-sur-Salon, sous l’étiquette du MURF, contre René Louvot, conseiller général sortant, PRL. Il obtint toutefois un score non négligeable puisqu’il rassembla sur son nom 1 162 voix (41,54 % des suffrages exprimés) alors que son concurrent ne le distançait que de 491 suffrages. Dans sa lettre de remerciements à ses électeurs, René Louvot rendit hommage à Jean Tortey « pour la correction dont il a fait preuve à mon égard d’un bout à l’autre de la campagne ». Il se maria le 7 novembre 1945 à Is-sur-Tille (21) avec Melle Suzanne Poignant, née dans cette commune le 2 février 1916 et quitta peu après le département de la Haute-Saône pour se rendre en région parisienne où il exerça les fonctions de secrétaire administratif de la Confédération Nationale des Réserves (3, rue du Levant à Bondy – Seine). Le couple eut une fille née en 1947.
Dans le courant de l’année 1951, il revint en Haute-Saône et s’installa dans un premier temps à Frotey-les-Vesoul, locataire de M. Mourad Aboura*, militant cégétiste et communiste. puis définitivement à Vesoul. Il travailla alors comme magasinier à l’entreprise de Transport Monin et à partir du mois d’octobre il occupa le poste laissé vacant par le départ de Odile Bogé* à la tête de la fédération départementale du PCF. Lors de la conférence fédérale tenue à Vesoul le 3 mars 1952 en présence de Georges Cogniot* et de Marcel Servin*, il fut élu premier secrétaire fédéral assisté de Gilbert Rousselle *, fonctions qu’il assuma jusqu’à son remplacement par André Vuillien* le 30 janvier 1965. Jusqu’au mois de juin 1952, il occupa tous ses temps libres à assurer le fonctionnement de la permanence puis abandonna ses activités professionnelles pour devenir le permanent appointé, chargé plus spécialement de la réorganisation du PC haut-saônois qui se trouvait alors dans une situation bien compromise. Le 11 janvier 1953, il se présenta aux élections cantonales partielles dans le canton de Dampierre-sur-Salon organisées afin de pourvoir au remplacement de René Louvot, décédé. Sur un total de 2 717 suffrages exprimés, il ne recueillit que 192 voix contre 1 927 à Pierre Louvot, républicain national indépendant, qui succédait à son père. Lors des élections municipales du 26 avril 1953, il se présenta à Vesoul sur une « liste ouvrière et démocratique » présentée par le PCF et fut élu avec 613 voix et 127 signes préférentiels. Le 8 mars 1959, il fut à nouveau candidat à Vesoul, en 2e position derrière Jules Didier*, sur la « liste d’union ouvrière et démocratique de défense des intérêts communaux présentée par le parti communiste français ». Au 2e tour, le 15 mars, il mena la « liste d’union démocratique et laïque de défense des intérêts communaux » soutenue par le PCF et le PSA mais elle n’eut aucun élu. Le 17 avril 1955, il fut candidat aux élections cantonales à Luxeuil-Les-Bains, ne recueillant que 444 voix contre 4 570 à André Maroselli, radical-socialiste, qui fut élu. Au mois de juillet, sur l’insistance des instances parisiennes, il effectua un voyage de trois semaines en Hongrie. Le 17 octobre de la même année, à l’occasion d’élections cantonales partielles organisées à Pesmes, il ne réussit à obtenir que 61 voix (3,45 %) et seulement 59 voix au 2e tour (3,08 % ). Il fut candidat, sans succès, aux élections législatives du 2 janvier 1956 sur la « Liste d’Union Ouvrière et Paysanne pour un nouveau Front Populaire présentée par le Parti Communiste et le Parti Socialiste Unitaire qui recueillit 18 460 voix sur 110 596 suffrages exprimés (16,85 %). Le 22 avril 1956, il représentait à nouveau le parti communiste dans une élection cantonale partielle à Pesmes. Le conseiller général élu le 17 octobre 1955 venait de décéder et c’était tout naturellement à Jean Tortey qui avait déjà mené campagne dans ce canton six mois plus tôt qu’il revenait de briguer les suffrages des électeurs. Au premier tour, il réussit à quasiment doubler le nombre de ses voix par rapport à 1955 (118 soit 6,09 %) et il appela « tous les républicains de gauche à rassembler leurs voix au deuxième tour sur le nom de M. Masuyer, candidat du parti radical, dans l’esprit de l’accord victorieux réalisé aux dernières élections sénatoriales ». Malgré cet appel, le candidat de la gauche, notaire à Pesmes, ne fut pas élu. Le 23 novembre 1958, il prit part à la première élection de la Ve République. La représentation proportionnelle faisait place au scrutin majoritaire uninominal à deux tours dans le cadre, en Haute-Saône, de deux circonscriptions. Jean Tortey porta les couleurs du PCF dans la 2e circonscription, opposé à trois autres candidats (UNR, SFIO et Rad-Soc). Avec 4 831 voix (8,81 %), il se plaçait en 3e position devançant Raoul Cullerier* (SFIO) de 1 760 voix. Aux élections législatives des 18 et 25 novembre 1962, dans la même circonscription, avec Maurice Giboulet* comme suppléant et opposé également à trois candidats (UNR, Rad-Soc et PSU), il arriva en dernière position avec 4 121 voix (8,46 %). Le 2 janvier 1959, Pierre Renet, conseiller général du canton de Vesoul élu le 27 avril 1958 démissionnait, entraînant une élection partielle qui eut lieu le 8 février suivant. Quatre candidats s’affrontèrent dont Jean Tortey qui obtint 1 116 voix (16,12 %). Pour le deuxième tour, un accord eut lieu entre les partis de gauche et seul le candidat radical, François Karcher, fut opposé au candidat C.N.I. Marcellin Carraud. Ce dernier l’emporta de justesse avec 3 891 voix contre 3 862 à son concurrent. Arguant que sa défaite était due à la diffusion de deux tracts injurieux la veille du jour du scrutin, François Karcher saisit la justice administrative aux fins d’annulation. Le 14 décembre 1960, le Conseil d’Etat annulait l’élection de Marcellin Carraud. Un nouveau scrutin eut lieu le 12 mars 1961 mettant en lice les deux antagonistes et Jean Tortey qui n’obtint que 830 voix (11,90 %). Au deuxième tour, il se désista en faveur candidat radical qui fut élu avec 4 121 voix contre 3 625 à Marcellin Carraud. Lors du renouvellement cantonal du 8 mars 1964, il fut une dernière fois candidat dans le canton de Vesoul. Opposé à quatre autres candidats, il arriva en 4e position avec 860 voix (12,02 %). Cette année là, fatigué physiquement et intellectuellement, il envisagea sa succession et fut remplacé au début de l’année 1965 par André Vuillien.* Il fut réélu les années suivantes membre du bureau fédéral. Secrétaire de la section départementale de la FNDIRP depuis 1965 puis secrétaire adjoint, il fonda le 8 janvier 1966 l’association départementale des anciens combattants de la résistance dont il assura la présidence jusqu’à l’assemblée générale du 23 mai 1982 où une direction collégiale fut mise en place avec Odile Bogé comme présidente déléguée assistée de deux présidents : Jean Tortey et Noël Hantzpergue. Décédé le 1er octobre 1985 à Vesoul, Jean Tortey était lieutenant de réserve, chevalier de la Légion d’honneur (décret du 28 février 1949), titulaire de la médaille de la Résistance (décret du 31.3.1947 J.O du 13.7.1947), de la médaille des Évadés et de la croix de guerre avec palme. Son épouse, qui avait longtemps travaillé comme vendeuse au magasin Prisunic à Vesoul décéda le 8 décembre 1990.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article181372, notice TORTEY Jean, Marie par Jean-Claude Grandhay, version mise en ligne le 2 juin 2016, dernière modification le 2 juin 2016.

Par Jean-Claude Grandhay

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 1035 W 25. – Arch. Dép. Haute-Saône ; divers dossiers d’élections. - État signalétique et des services. – Est Républicain du 3 octobre 1985. – La Presse de Vesoul, 13 décembre 1990. – Arch. comité national du PCF : membres du comité fédéral 1952-1968. – Statuts de l’association départementale des anciens combattants de la résistance. — Entretiens de l’auteur avec Jean Tortey.

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