VIGIER Édmond, Julien [Pseudonyme dans la résistance : Lieutenant Julien]

Par Eric Panthou

Né le 7 janvier 1906 à Brioude (Haute-Loire), mort le 2 juin 1975 à Vic-le-Comte (Puy-de-Dôme) ; ouvrier du bois ; permanent syndical ; résistant ; secrétaire de l’Union départementale de la Confédération générale du Travail (CGT) du Puy-de-Dôme de 1947 à 1970 ; membre du Parti communiste français (PCF).

Edmond Vigier au 35ème congrès national de la CGT à Ivry en 1965

Édmond Vigier était l’ainé d’une famille de quatre enfants. A sa naissance, son père était journalier ouvrier dans une fonderie d’antimoine et sa mère sans profession. Elle éleva ses enfants puis fit des ménages. Édmond Vigier fut confronté tôt aux rudes conditions du monde du travail. Adulte, il parlait de l’époque de son enfance comme “d’une vie sans joie, sans plaisir, sans distraction”. La famille vivait de façon modeste. Il était souvent question de dettes à rembourser car en attendant la paye, des crédits étaient ouverts auprès des commerçants du quartier, à Brioude où la famille vivait. Il connut ce qu’il appelait des "jours sans pain" suite à l’activité syndicale de son père et à la répression patronale qui s’abattit sur ce dernier.
La Première guerre mondiale fut une période particulièrement dramatique pour le jeune Édmond. Son père fut mobilisé. Sa mère resta seule pour élever ses quatre enfants. Elle dut se débrouiller avec les allocations militaires et le peu d’argent gagné à effectuer des travaux ménagers. Et le 13 mars 1917, elle mourut du tétanos. Émond Vigier avait alors 11 ans. Il quitta l’école et se retrouva à la rue. Son père ne pouvant faire face à cette situation abandonna ses enfants. Les premiers mois, les quatre enfants furent recueillis par une tante paternelle, commerçante à Brioude.
De janvier 1920 à mai 1922, il devint apprenti chaudronnier dans cette même commune. Puis, il partit à Paris pour effectuer plusieurs métiers. De l’âge de 17 ans en 1923 à la déclaration de guerre de 1939, il travailla dans les industries du Bois.
De juillet 1934 à septembre 1939, ouvrier du bois, il fut employé comme layetier dans une fabrique d’emballages en bois à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). La mobilisation de son employeur le contraignit ensuite à intégrer une usine de produits chimiques à Clermont-Ferrand, la Société SEA.
Le 25 octobre 1930, il épousa Annette Genestine. De cette union sont nés 3 garçons, Michel, en 1932, François, en 1934, décédé en 1953, et Maurice, en 1947.
Il prit sa première carte syndicale en 1928 au Syndicat CGT du Bois. En 1933, il devint membre du Bureau du Syndicat CGT du Bâtiment et du Bois. Il est nommé en 1934 secrétaire de la section menuiserie-charpente.
Il participa pour la première fois à une grève nationale le 12 février 1934, en réaction aux manifestations de l’extrême-droite le 6 février 1934 à Paris. Il adhèra en 1935 et s’investit dans le Mouvement “Amsterdam-Pleyel” dont il partageait les orientations pacifistes et antifascistes. Il devint dans une premier temps secrétaire du Comité local de Clermont-Ferrand puis en 1936 cosecrétaire départemental de cette organisation qui regroupait des milliers d’adhérents. Il parcourut alors le département pour dénoncer les dangers du fascisme et les menaces de guerre.
En 1935, il participa aux réunions de reconstitution de l’unité syndicale entre le syndicat CGT du Bâtiment et celui de la CGTU. Après cette fusion, il resta membre du Bureau du syndicat. Quand survint les grèves de juin 1936, il prit une part active au mouvement de grèves qui toucha le Bâtiment durant plusieurs semaines dans le Puy-de-Dôme et participa aussi à la préparation des manifestation du Front populaire, nombreuses et massives ici.
Quand survint le pacte Germano-soviétique, il est perquisitionné et inquiété par la police.
Mobilisé en 1939 au 13ème train Auto et démobilisé en juillet 1940. Il fit partie alors du groupe de militants identifiés par la police comme ancien propagandistes communistes et devant, sur demande du préfet par lettre du 20 août 1940, être convoqués pour se voir signifier leur internement en cas de la moindre agitation. Les militants convoqués devaient émarger pour attester avoir pris connaissance de cette mise en garde. Il est mis sous la régime de la liberté surveillée, ayant refusé de servir d’indicateur.
C’est le militant communiste et dirigeant syndical clandestin de la CGT, Antoine Prugne, qui fit adhérer Édmond Vigier au Parti communiste début 1943. Ce dernier entra alors dans la Résistance sous le pseudonyme de lieutenant Julien à une date qu’il plaçait fin 1942. Fin 1943, il fut placé sous la responsabilité d’Alphonse Rozier, dit Denise, pour réorganiser le Front national. Vigier écrit qu’il avait en charge la moitié du département. On avait fait appel à lui pour sa bonne connaissance des milieux ouvriers et il annonça bientôt avoir réalisé deux cent adhésions. Il fut également plus particulièrement chargé de la diffusion de la presse clandestine du Parti et des FTP. Plus tard il œuvra à la constitution de la section clermontoise des Milices Patriotiques sous la direction du Commandant FTP Marcel Parisse, dit Maxime. Il fonda aussi des comités locaux de libération. A deux reprises, il évita l’arrestation, prévenu par des patriotes.
Il entra au comité fédéral du PCF Puy-de-Dôme à la suite de la seconde conférence régionale des 2 et 3 août 1946, intégrant ensuite le bureau fédéral où il siégea de 1956 à 1970.
Militant communiste convaincu et discipliné, c’est néanmoins en tant que syndicaliste qu’Édmond Vigier a exercé des responsabilités de premier plan dans le département.
Édmond Vigier fut secrétaire de l’Union locale CGT de Clermont-Ferrand en 1945. Il y accéda après que les élus ex-confédérés, jusque là à la tête de l’Union, aient décidé de ne plus participer au bureau pour protester contre ce qu’ils considéraient comme les méthodes déloyales des ex-unitaires pour conquérir l’UD quelques semaines plus tôt.
En mars 1947, il entra à l’UD par cooptation dont il devint bientôt l’un des secrétaires, élus. Il devint permanent à la CGT de 1947 jusqu’à sa retraite en 1970. A l’Union départementale, il fut l’homme qui incarna la stabilité sur toute la période en tant que secrétaire adjoint alors que l’UD fut marquée par plusieurs crises qui conduisirent à la mise à l’écart de trois des secrétaires, à commencer par Robert Marchadier, la grande figure de la classe ouvrière clermontoise de 1936 à 1955.
Son engagement syndical lui valut d’être poursuivi à trois reprises. En 1948, à l’occasion de la grève des mineurs (relaxé) ; en 1950, quand il brûla avec Robert Marchadier, Chouly et Roustand, plusieurs dizaines de numéros du Figaro faisant paraître l’interview d’un ex Nazi (5000 francs d’amende) ; et dans les années 60 il fut condamné à 50 000 anciens francs pour diffamation contre la société Piraud-Plastic, d’Ambert (Puy-de-Dôme).
Dans le cadre de l’affaire Marchadier, conduisant à l’éviction de ce dernier, Édmond Vigier fut contraint à une autocritique jugée tardive. Il fut cependant élu au bureau fédéral du PCF avec la mention : "Camarade qui a aidé , après un examen autocritique à voir clair dans la situation de l’UD" (mai 1956). A cette Xe conférence, Robert Marchadier fut écarté du bureau fédéral.
Plusieurs crises secouèrent l’Union Départementale à partir de la fin des années 1950, dues en particulier au rejet par certaines sections de la mainmise du PCF sur la direction du syndicat. En 1960, c’est la démission de Loubert Klébert, remplacé à la tête de l’UD par le jeune ouvrier de la métallurgie Robert Sandouly, lui-même exclu fin 1963.
Édmond Vigier conserva sa place dans l’appareil en raison vraisemblablement de sa fidélité aux directives de la direction du PCF et aussi grâce à sa bonne connaissance des dossiers qui en faisait un homme indispensable. Preuve de son importance et de la confiance de la direction à son égard, c’est chez lui que les décisions concernant les changements à opérer à la tête de la CGT et du PCF dans le département étaient prises, en présence souvent d’un représentant du Comité Central du PCF.

De par ses responsabilités tout au long de cette période, Édmond Vigier fut l’une des figures incontournables du syndicalisme puydômois pendant les Trente Glorieuses. Il fut en particulier impliqué dans les grèves très dures de 1947-1948, puis celles de Michelin en 1950 et 1953.
Vigier resta au secrétariat de l’UD-CGT jusqu’en 1962 puis siégea en tant que membre du Bureau. Il quitta son poste de permanent à l’UD pour prendre sa retraite et fut élu président de l’UD, une fonction honorifique qu’il occupa jusqu’à son décès. Il s’est investi alors pour la défense des retraités en devenant membre du bureau de la commission départementale des retraités.
Il était également adhérent de l’ARAC au début des années cinquante.
Ses responsabilités syndicales l’ont conduit à siéger dans plusieurs organismes paritaires (caisse d’allocation familiale, URSAFF, union des caisses de Sécurité Sociale) ou de conciliation. En 1961, la profession indiquée sur sa carte d’identité était “conseiller, membre du conseil des Prud’hommes de Clermont-Ferrand”. Il était conseiller prud’homal depuis 1966.
Pacifiste et anticolonialiste de conviction, Vigier anima ou participa à différents mouvements, dont le Mouvement de la Paix, soutenant les décolonisations et le désarmement.
Lors de ses obsèques, Georges Azam, longtemps responsable communiste chez Michelin, un de ses proches, prononça au nom du Parti l’éloge de celui que ses camarades désignaient par l’expression familière : “le père Vigier”.
A l’occasion d’une cérémonie lors du 80ème anniversaire de la création de la CGT, le 12 décembre 1975, le nom d’Édmond Vigier fut donné à la salle de formation de l’UD.

Les trois fils d’Edmond Vigier, Maurice Vigier, Michel Vigier et François Vigier se sont à sa suite engagés dans le militantisme syndical, assurant des responsabilités syndicales importantes au sein de la CGT tout en militant au sein du Parti communiste. Son fils François est décédé à dix-huit ans d’un accident du travail alors qu’il était secrétaire fédéral de l’UJRF. L’épouse d’Edmond Vigier avait été un temps ouvrière d’une petite entreprise du caoutchouc à Clermont-Ferrand dans les années trente.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article181377, notice VIGIER Édmond, Julien [Pseudonyme dans la résistance : Lieutenant Julien] par Eric Panthou, version mise en ligne le 2 juin 2016, dernière modification le 21 novembre 2020.

Par Eric Panthou

Edmond Vigier au 35ème congrès national de la CGT à Ivry en 1965

SOURCES : Arch. comité national du PCF . — Jean-Philippe Mangeon, Biographie de Robert Marchadier, DEA Sciences politique, Clermont-Ferrand, 1997 . — Notes de Pascale Quincy-Lefebvre .— “Vigier Edmond”, document rédigé par Maurice Vigier, juin 2000, 2 p. dactyl (archives Maurice Vigier) .— Nathalie Ponsard - “Edmond Vigier, 1906-1975”, in : Nathalie Ponsard (dir.), Le syndicalisme dans le Puy-de-Dôme de 1864 à 2011, Clermont-Ferrand, Conseil général du Puy-de-Dôme, édition Un, deux… Quatre, 2011, p. 97 .— Notice nécrologique parue dans La Montagne, 4 juin 1975 .— Jérôme [pseudo d’Alphonse Rozier], Rapport aux cadres, 28 juin 1944, 3 pages manuscrites (Archives privées de Roger Champrobert, chemise “Résistance dans le Puy-de-Dôme) .— Monique Teissedre, La vie économique, sociale, politique du Puy-de-Dôme en 1947, mémoire maîtrise Histoire contemporaine, Université Clermont II, 1982, p. 54-56 .— ”Manifestation de sympathie à l’occasion du départ à la retraite de monsieur Vigier”, La Montagne, 1971 (Archives privées Maurice Vigier) .— ”Amicale et chaleureuse réception des retraités du syndicat Livre”, La Montagne, 18 juin 1972 .— Témoignage oral de Maurice Vigier, recueilli le 22 juin 2018 .— Arch. de l’UD CGT 63 : Inauguration de la salle Edmond-Vigier, le 12 décembre 1975 ; CV d’Edmond Vigier rédigé par lui-même .—La Voix du Peuple, 10 août 1946. — Etat-civil.

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