BUGAIN Henri, Marcel

Par Claude Pennetier, Justinien Raymond, Frédéric Stévenot

Né le 22 février 1898 à Guise (Aisne), mort le 22 novembre 1949 à Saint-Quentin ; directeur d’école ; militant syndicaliste du SNI, secrétaire de la section départementale ; député socialiste SFIO de l’Aisne (1939-1940) ; résistant ; maire de Saint-Quentin (1947-1949).

Fils de Louis Albert Bugain, ajusteur, et de son épouse Adèle Larmoyeux, sans profession, tous les deux âgés de vingt-ans, Marcel Bugain naquit au domicile de ses parents, au Familistère (n° 408).

Relevant de la classe de mobilisation 1918, il ne put être mobilisé. Avec sa famille, il demeura à Guise, dans les régions envahies. Il fut recensé après l’armistice, et obtint un sursis pour « continuation d’études » par décision du conseil de révision de l’Aisne, le 28 novembre 1919. Marcel Bugain renonça à ce sursis par une lettre envoyée le 14 septembre 1920. Il fut alors incorporé au 45e régiment d’infanterie le 4 octobre suivant Nommé caporal le 17 janvier 1921, il fut renvoyé dans ses foyers le 17 février suivant, muni d’un certificat de bonne conduite. Il fut affecté au centre mobilisateur d’artillerie n° 302 le 25 janvier 1939, et déclaré « sans affectation » le 8 août suivant.

Le registre matricule précise ses différents domiciles déclarés, ce qui permet de suivre ses mutations professionnelles dans le département. Le 8 mars 1921, Marcel Bugain résidait à Montfaucon (Aisne). Le 19 avril suivant, il était à Essigny-le-Grand, près de Saint-Quentin. Le 18 mai 1922, il était domicilié à Remigny (toujours près de Saint-Quentin), avant de revenir à Essigny le 28 septembre 1923. Il y demeura jusqu’au 14 janvier 1932, où il déclara résider à Saint-Quentin, à l’école de plein air. Il y était encore le 18 décembre 1934.

Il était en effet devenu directeur de l’école de plein air de Saint-Quentin. Il fut secrétaire général de la section départementale du Syndicat national des instituteurs de 1929 à 1939 et présenta le projet d’unité syndicale (CGT et CGTU) au congrès départemental d’unité de 1935.

Selon un rapport du commissariat central de police de Saint-Quentin au sous-préfet de Saint-Quentin sur l’activité du Front social (10-12-1934), Marcel Bugain, était membre de la SFIO qui comptait localement 200 adhérents et environ 3500 sympathisants. Il fut initié à la franc-maçonnerie le 23 octobre 1932 à la loge Justice et Vérité.

Candidat socialiste au conseil d’arrondissement dans le canton de Saint-Quentin en décembre 1938, il recueillit 29,4 % des voix et fut élu au second tour grâce au désistement communiste. Fernand Hollande, député socialiste SFIO de la première circonscription de Saint-Quentin étant mort le 22 octobre 1938, des élections législatives partielles furent organisées en janvier 1939. Marcel Bugain reconquit le siège au deuxième tour., le 22 janvier. Il obtint 4 190 voix, contre 4 144 à Robert (« réactionnaire », selon L’Éveil ouvrier du 18 février 1939), 2 490 au communiste Georges Pelat, et 383 au bergeriste Molinier. Il siégea à la commission d’assurance et de prévoyance sociale et à celle du commerce et de l’industrie.

Mobilisé moins d’un an plus tard comme brigadier, il échappa à la captivité. Il ne put se rendre à Vichy pour le vote de l’Assemblée nationale du 10 juillet 1940. Il se trouvait alors sur le transport de troupes De Grasse, détourné de Casablanca sur Bordeaux, et ne reçut pas à temps de laissez-passer pour se rendre à Vichy. Déplacé d’office en janvier 1942, il entra dans la Résistance. Il fut membre de l’organisation centrale de « Résistance » avec Georges Lapierre, secrétaire de la Fédération internationale des instituteurs, Paty, ancien chef de cabinet du ministre de l’Éducation nationale, Malroux, député, Vidalenc, tous quatre déportés en Allemagne ; Charles Laurent, secrétaire général de la Fédération des fonctionnaires et président de la commission des finances de l’Assemblée consultative provisoire, et Fosse, de Seine-et-Oise, appartiennent également à Résistance. En 1942, Marcel Bugain fut l’un des fondateurs d’un groupe de résistants, « Libération de Saint-Quentin » qu’il dirigea avec son ami Jules Lefebvre. Ayant repris ses fonctions de directeur d’école, il fut muté d’office à Sedan (Ardennes) en janvier 1942, où il créa avec l’un de ses adjoints, Jean Hercisse, le seul groupe de résistance existant dans cette ville. Dans sa classe, se tenait le PC du groupe de l’Organisation civile et militaire (OCM) qu’il avait créé à Sedan.
À Saint-Quentin, il fut à l’origine du groupe Libération-Nord. Marcel Bugain fut désigné pour représenter le groupe Lorraine au C.D.L. des Ardennes. Arrêté par la Gestapo, il fut interné en août 1944 à la prison de Saint-Quentin d’où il fut tiré lors de la libération de la ville. Il fut désigné comme vice-président du Comité local de libération de la commune.
Ses services au titre de la Résistance furent homologués. L’attribution de la médaille de la Résistance n’a pas pu être établie.

Le congrès national extraordinaire du Parti socialiste, réuni à Paris en novembre 1944, le maintint dans les rangs de la SFIO. En 1945, puis en 1946 (second sur la liste conduite par Marcel Levindrey*, élu), il fut candidat socialiste, sans succès, aux deux Assemblées constituantes et à la première Assemblée nationale de la IVe République. Le 20 mai 1946, la campagne électorale fut l’occasion de rappeler le passé d’un candidat (Rassemblement des gauches républicaines), Georges Monnet, ancien député socialiste de l’Aisne mais compromis avec Vichy. Il avait ainsi hérité du surnom de « Jojo les jus de fruits » pour avoir accepté de présider le Comité d’organisation des jus de fruits par le gouvernement d’alors..

Élu maire de Saint-Quentin le 25 octobre 1947, il le demeura jusqu’à sa mort survenue le 22 novembre 1949. Le conseil municipal attribua son nom à une rue de la commune, à proximité de la nécropole nationale et de la route départementale 1029.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18148, notice BUGAIN Henri, Marcel par Claude Pennetier, Justinien Raymond, Frédéric Stévenot, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 31 janvier 2022.

Par Claude Pennetier, Justinien Raymond, Frédéric Stévenot

SOURCES : Arch. nat., F/7/15 989. — Arch. dép. Aisne, 1 M 18, 3 MM 4, 11 468 ; 1R2_0581 (reg. matr., n° 556). — Arch. OURS, correspondance Aisne. — SHD Vincennes GR 16 P 96420. — La Dépêche de l’Aisne, 10 octobre 1945 ; L’Aurore de l’Aisne, n° 1, 16 septembre 1944 ; Le Cri, 1930 ; L’Exploité, 1938-1939 ; Ce Soir, 21 mai 1946 — J. Jolly, Dictionnaire des parlementaires français, op. cit.Bulletins de la section de l’Aisne du SNI. — Tracts pour les élections du 2 juin 1946. — Site Internet : Mémoire des hommes. — État civil de Guise, Arch. dép. Aisne, 5Mi1641. — Notes de Jacques Girault, Gilles Morin et Tony Legendre.

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