WERLER Étienne

Par Françoise Olivier-Utard

Né le 18 novembre 1916 à Strasbourg (Basse-Alsace annexée), mort le 7 juillet 1998 à Strasbourg (Bas-Rhin) ; ouvrier, puis journaliste ; militant communiste du Bas-Rhin ; secrétaire fédéral de 1945 à 1947, membre du comité fédéral en 1948 et 1949, puis de 1959 à 1962 ; conseiller municipal d’Erstein (Bas-Rhin) de 1945 à 1977, adjoint au maire à partir de 1965.

Sa mère, Victorine Werler, ouvrière à la Sucrerie d’Erstein, travailla jusqu’à l’âge de spixante-treize ans. Elle était syndiquée à la CGT et catholique pratiquante. Étienne Werler ne connut pas son père, mort avant sa naissance, dans l’armée allemande. Sa toute petite enfance se déroula à la campagne, près d’Erstein. À quatre ans, en 1920, il perdit deux doigts dans un accident de voiture hippomobile. Faute de soins, il fallut lui amputer toute la main.
Il commença ses études à l’École des Frères de Matzenheim (Bas-Rhin), puis entra à l’École primaire supérieure de l’Ill de Strasbourg (aujourd’hui Lycée Pasteur) pour y étudier la comptabilité. Il retourna ensuite à Erstein, cité ouvrière dont le développement était lié à une sucrerie et une usine de filature de laine. Il occupa des emplois variés, à la sucrerie, à la SNCF et connut aussi de nombreuses périodes de chômage.
Il adhéra à la Jeunesse communiste en 1932, après un discours violemment anticommuniste du curé en chaire. Deux conseillers municipaux lui firent connaître le marxisme et le communisme et l’initièrent à la politique. Il adhéra au Parti communiste en 1937. Il milita aux portes des sucreries et de la filature de laine peignée (unité bas-rhinoise du groupe Schlumpf).
En 1939, la ville d’Erstein ne fut pas évacuée et subit l’annexion de fait en 1940. L’activité politique illégale et clandestine fut d’abord organisée, selon le témoignage d’Étienne Werler, dès l’été 40, sous forme de pique-niques en famille dans les bois, qui permettaient des rassemblements d’apparence anodine. Les femmes et les enfants faisaient diversion pendant que les hommes parlaient politique. En 1941 les groupes clandestins de trois furent organisés et la presse fut distribuée sous forme de tracts bilingues d’une page. De 1942 à 1945 Étienne Werler fut employé à la Société alsacienne de constructions mécaniques devenue ELMAG et transformée en usine de guerre, à Graffenstaden. Il y avait entre Erstein et Illkirch-Graffenstaden (Bas-Rhin), un transformateur que les communistes sabotèrent en lançant une chaîne d’acier sur un câble. Toute la ville d’Illkirch-Graffenstaden fut privée de lumière. D’autres formes de sabotage furent entreprises, avec la complicité d’Alsaciens sans étiquette politique. Les prisonniers russes mis au travail dans l’entreprise furent aidés par la solidarité des ouvriers qui cachaient pour eux des gamelles de nourriture derrière les machines. Les séances collectives de propagande nazie furent chahutées à plusieurs reprises, par exemple par l’annonce inopinée de l’arrivée des trams de ramassage ou par la ruée vers les portes de sortie. Étienne Werler fut arrêté trois fois, emprisonné à Kehl en Bade en 1944 mais il réussit à s’évader lors d’une alerte aérienne et se cacha dans une cave, à Nordhouse (Bas)Rhin). Il participa à la libération d’Erstein.
À la Libération, il devint permanent du parti pendant quelques mois (du 1er avril 1945 au 31 décembre 1946) et secrétaire fédéral avec Alphonse Boosz. Il occupa, du 1er janvier 1947 au 30 avril 1959, la fonction de rédacteur en chef puis de journaliste à l’Humanité d’Alsace et de Lorraine, quotidien communiste local paraissant en allemand. Il couvrit les procès des nazis du camp de Schirmeck. Mais les difficultés financières du journal, qui, de quotidien, devint hebdomadaire, aboutirent à des réductions de personnel. Licencié, il connut une période de chômage de 18 mois. Il fut membre du comité fédéral en 1948 et 1949, puis de 1959 à 1962. En 1962 Etienne Werler demanda à être déchargé de son mandat au comité fédéral pour pouvoir se consacrer à son mandat municipal.
De 1960 à 1970, il dut se résoudre à des emplois saisonniers : il fut employé par la Fédération de pêche d’Erstein pour lutter contre les dégâts provoqués dans les berges par les rats musqués. Cette activité écologique, qu’il aimait parce qu’elle le rapprochait de la nature, se poursuivit à l’Équipement hydro-électrique du réseau EDF nord, de 1970 à 1972. En 1972 il fut embauché chez Würth, une entreprise de visserie-boulonnerie, comme chef du personnel. Il y prit sa retraite en 1976.
La période la plus marquante de sa vie militante fut son mandat municipal de 18 ans à Erstein. À la Libération, il fit partie du conseil municipal provisoire, puis fut élu de 1945 à 1947. Il devint, à ce titre, responsable de la fédération des élus républicains du Bas-Rhin. De 1959 à 1977, il fut à nouveau élu conseiller municipal. De 1965 à 1977 il devint premier adjoint au maire, sur une liste d’entente. La cité ouvrière avait changé de visage et de population. Elle appartenait désormais à la périphérie de Strasbourg. Il se battit pour la création de la zone industrielle située près de la gare, pour la construction d’une piscine et pour le jumelage de sa commune avec la ville allemande d’Endingen. En 1976 il participa, arborant son écharpe tricolore, à la marche de protestation contre la fermeture de la Filature d’Erstein, unité bas-rhinoise du groupe Schlumpf. Il perdit sa délégation d’adjoint en 1977 quand il soutint les opposants à la construction d’une centrale nucléaire entre Gerstheim et Erstein. Il y eut occupation du terrain. Le maire, favorable à l’implantation, lui retira son mandat en lui reprochant d’avoir facilité l’accès des dossiers aux adversaires de la centrale. Mais la centrale ne se fit pas. En 1977, pour respecter les consignes nationales qu’il n’approuvait pas, il constitua une liste d’union de la gauche au lieu d’une liste d’entente locale. Seuls deux socialistes furent élus. Lui-même perdit son mandat. Il continua à militer avec les vétérans, à servir d’écrivain public et de conseiller aux jeunes élus.
Candidat aux élections législatives de 1951, il fit un score de 885 voix à Erstein, alors que le candidat MRP, élu, obtenait 1084 voix. Il fut à nouveau candidat en 1956, obtint 1433 voix dont 885 à Erstein. Le candidat MRP obtint 3 074 voix, dont 1084 à Erstein.
Il avait épousé le 12 novembre 1943 Blanche Schultz, (née le 20 février 1923 à Erstein) dont il eut une fille. Il s’était remarié à Schiltigheim le 10 février 1950 à Yvonne Batzenhoffer (née le 23 mars 1925 à Strasbourg, morte le 18 juillet 1979), fille d’un militant CGT de la Sucrerie, dont il eut quatre enfants.
La municipalité socialiste d’Erstein lui a élevé une stèle et dédié un square.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article181675, notice WERLER Étienne par Françoise Olivier-Utard, version mise en ligne le 12 juin 2016, dernière modification le 12 juin 2016.

Par Françoise Olivier-Utard

SOURCES : Humanité d’Alsace et de Lorraine, numéro spécial Résistance, janvier 1965, témoignage p. 29. — Dernières Nouvelles d’Alsace, 24 juillet 1976 et 25 juillet 1998. — Hommage public du maire, septembre 1998. — Entretien du 12 mars 1998. — Entretien avec ses fils, le 27 septembre1999.

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