WEBER Henri

Par Michel Roth

Né le 15 juillet 1930 à Mulhouse (Haut-Rhin) et mort à Mulhouse (Haut-Rhin) le 22 janvier 2014 ; ajusteur ; syndicaliste CFTC puis CFDT ; en 1963, permanent du syndicat CFTC de la métallurgie du Haut-Rhin devenu CFDT en mars 1965 ; secrétaire général de l’Union Départementale CFDT du Haut-Rhin (1976-1981) ; membre du bureau de l’Union Régionale des syndicats CFDT d’Alsace (1972-1984).

Fils d’un ouvrier, militant CGTU à la SACM de Mulhouse, membre du Parti communiste, Henri Weber perdit son père à l’âge de cinq ans. Élevé par sa mère dont il disait qu’elle était « la référence morale de sa jeunesse », il fit du scoutisme clandestin pendant l’Occupation. À l’âge de quatorze ans, il entra comme apprenti ajusteur chez Manurhin avant d’achever son apprentissage à la fin de la guerre aux ateliers SNCF de Riedisheim (Haut-Rhin). Muni d’un CAP d’ajusteur, il travailla à la SNCF jusqu’en 1951 puis à nouveau chez Manurhin jusqu’en 1962, d’abord comme ajusteur puis comme technicien.
Adhérent de la section CFTC, il fut élu délégué du personnel en 1958. Les critiques qu’il adressa alors au PCF en juillet 1961 éclairent ses choix : « Que ce soit justement le PC qui se réjouisse de la combativité des travailleurs alors que dans d’autres pays comme l’Allemagne de l’Est il instaure en maître absolu un régime de travail avec la suppression du droit de grève, cela est charrier trop fort. » Il fut élu président du syndicat de la métallurgie CFTC du Haut-Rhin, organisation la plus représentative de la métallurgie haut-rhinoise. Les syndicats CFTC du Haut-Rhin avaient cette particularité d’avoir un « président » dont la fonction était de présider les réunions, l’animation revenant au secrétaire du syndicat. Il n’y avait pas encore de convention collectives nationales, mais de longues négociations avec les chambres patronales. Henri Weber prit une part active aux actions revendicatives du secteur privé (arrêts de travail du 4 mai et 7 juin 1961) : pour l’augmentation des salaires, le retour aux 40 heures, le 4e semaine de congés payés, l’abaissement de l’âge de la retraite. Elles furent couronnées de succès à l’automne 1961 (accord salarial avec la Chambre patronale en commission paritaire du 18 septembre 1961 : 8 % d’augmentation de salaires (au lieu de 4 % proposés), mise en place progressive des retraites complémentaires, négociations continues sur les mécanismes de l’indexation des salaires, mise en place de la 4e semaine de congés payés et baisse de la durée hebdomadaire du travail. Henri Weber commenta dans Le Travailleur : « Nous nous réjouissons d’autant plus que c’est la position intransigeante de notre organisation qui imprègne cette décision… Pas si facile pourtant. Il a fallu huit réunions, des heures pénibles de discussions, une préparation intelligente, du dévouement et les actions des métallos au printemps, dont les plus importantes étaient la grève d’une journée réalisée par la CFTC dans tout le département et la manifestation de rue dans les rues de Mulhouse avec les autres organisations [...]. C’est une amélioration obtenue uniquement par l’action syndicale [...]. Seul le syndicalisme fait avancer les aspirations justifiées des travailleurs. »
En avril 1962, Henri Weber devint secrétaire permanent du syndicat CFTC de la métallurgie ; il fut membre du conseil national de la Fédération générale de la métallurgie CFTC et entra au conseil de l’UD-CFTC du Haut-Rhin aux côtés de « l’équipe de la Porte du Miroir » avec François Staedelin (secrétaire d’UD) et François Trawalter (Textile). Il anima la relance des métallos de l’action au printemps 1962 avec des débrayages de la CFTC. L’année fut marquée par le recherche d’un accord avec la chambre patronale et les conflits permanents pour voir les entreprises appliquer les accords passés avec la chambre. En octobre, la CFTC métallurgie signa un accord pour deux jours de congés payés supplémentaires (que certains patrons voulaient convertir en primes). La 4e semaine allait être obtenue par l’action du printemps 1963. Se qualifiant d’athée, Henri Weber n’émit pas de réserves devant les débats de la CFTC alsacienne qui conduisirent à « la déconfessionnalisation » de 1964. Il participa le 9 novembre, au lendemain du congrès des 6 et 7 novembre 1964 créant la CFDT, au bureau élargi de l’Union régionale CFTC Alsace et vota pour la motion Braun* adoptée par le bureau, se prononçant pour l’affiliation à la CFDT.
Il participa en avril 1965 au congrès de la fédération de la métallurgie qui adopta ses nouveaux statuts et prit le nom de Fédération générale de la métallurgie FGM-CFDT. Il fut élu membre du nouveau conseil fédéral au nom du syndicat de la métallurgie du Hau-Rhin, alors que Aloyse Wassmer était désigné dans ce même conseil au nom de l’Union métaux Alsace. Il fut réélu lors des congrès fédéraux de 1968, 1971, 1974 et ne se représenta pas au congrès de 1977, date de la fin de son mandat.
En 1965 et en octobre 1967, la CFDT lança ses journées d’action pour l’emploi avec en 1967 l’impressionnante manifestation des 200 croix blanches symbolisant les 200 entreprises fermées depuis 1954. La manifestation rassembla 10 000 personnes à Mulhouse : du jamais vu. Elle se termina par des jets de boulons et de pierres sur la sous-préfecture de Mulhouse : on était à six mois de Mai 68 et des coups de colère ouvrière de ce type se multipliaient en France. Arrachée par la CFDT à Grenelle, la reconnaissance de la section syndicale d’entreprise par la loi du 27 décembre 1968 renforça encore la CFDT d’Alsace qui multiplia les créations de sections et affronta un grand nombre de conflits d’entreprise. Ainsi chez Citroën à Mulhouse, cette usine située Porte du Miroir à Mulhouse comptait 800 salariés à l’époque où, en octobre 1968, il y eut la création d’une section syndicale CFDT, puis des élections en janvier 1969 avec une grande majorité des voix ouvrières pour la CFDT, face au syndicat « indépendant » Citroën. Le 12 mai, ce fut la grève de quatre jours à l’appel de la CFDT qui fit dire à Henri Weber dans un article titré « Grève réussie chez Citroën : « Jamais aussi vite les autorités publiques se sont rappliquées pour jouer les médiateurs [...] Jamais encore dans les grèves des usines de cette région, nous avons vu les briseurs de grève professionnels venus d’ailleurs pour intimider les travailleurs. Chantage de la fermeture de l’usine. Mais ça, c’est Citroën. » Dans Le Travailleur de mai 1971, Henri Weber avait fait une longue analyse sur « le poids de Peugeot » en relevant le comportement de l’entreprise sur l’habitat, la formation professionnelle, la vie publique, le cadre de vie, l’emploi. Le système Peugeot régnait en maître sur l’économie haut-rhinoise mais également sur la vie sociale de la région mulhousienne. En 1975, la montée du chômage – l’Alsace comptait 15 000 chômeurs – inquiétait. Dans l’Alsace où la métallurgie s’était développée et était devenue « la vallée automobile » les conflits d’entreprise se multipliaient : Rhénalu, SACM, Général Motors mais l’action syndicale se régionalisait. Le conflit Schlumpf de 1976-1977 qui se termina par la « collectivisation » de la collection de voitures des industriels franco-suisses Schlumpf dans le « Musée des travailleurs » connut son point d’orgue avec la manifestation du 6 avril 1977 à Malmerspach avec le mot d’ordre « Vivre et travailler au Pays » qui ponctua désormais toutes les manifestions de la CFDT en Alsace.
En 1974 et 1981, la CFDT appela à voter Mitterrand. En juin 1974, Henri Weber écrivit dans Le Travailleur : « Quand la CFDT a pris position pour le candidat de la gauche, c’est en pleine conscience qu’elle l’a fait [...] notre action syndicale se déroule dans le cadre du libéralisme et du capitalisme, celui qui incarne cette idéologie, c’est Giscard. Notre organisation se devait de demander aux travailleurs de faire un autre choix celui de la gauche celui du socialisme dans le cadre duquel nos objectifs revendicatifs auraient eu la chance d’aboutir. » Alors que nombre d’adhérents et de militants fournissaient candidats et élus du Parti socialiste, et que l’on attribuait en général à la vitalité de la CFDT le renouveau de ce parti en Alsace, la CFDT allait appliquer fermement les règles d’incompatibilité des mandats politiques et syndicaux, qui avaient été peu respectées dans la CFTC d’avant 1965.
En 1976, Henri Weber succéda à François Staedelin comme secrétaire de l’UD-CFDT du Haut-Rhin et entra au conseil national confédéral de la CFDT. Il accepta les projets de fusion de la Fédération CFTC des syndicats du privé et de l’Union régionale d’Alsace ainsi que la restructuration qui fit de l’Union régionale le centre politique de l’organisation syndicale et non plus les Unions départementales. Il devint en 1980, trésorier de l’Union régionale. En 1984, il quitta l’Union régionale pour devenir cadre à la Caisse de retraite complémentaire CRI.
Homme grand et massif, calme et posé dans les réunions, Henri Weber était un passionné ; les discours de cet orateur très doué, surtout en alsacien, étaient efficaces et attendus et son appel « Vous les gars- So, Ehr Buewe » était célèbre.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article181761, notice WEBER Henri par Michel Roth, version mise en ligne le 15 juin 2016, dernière modification le 1er août 2016.

Par Michel Roth

SOURCES : Alsace-Infos, supplément à Le Travailleur, février 2014. – Le Courrier syndicaliste, n° 11, décembre 1960. — Arch. Dép. Bas-Rhin, Fonds URI- CFDT, cote 74 J 1204. – ADBR, Fonds Union régionale interprofessionnelle CFDT, cote 74 J 116, dossiers UR 2/2, 3/2, 6/2,9/2 ; cote 74 J 124, Congrès de la Fédération des Syndicats chrétiens d’Alsace du 25 juin 1967 ; cote 74J 956 Métallurgie Haut-Rhin 1955-1981. – François Igersheim, « De la CFTC à la CFDT en Alsace. Une évolution capitale pour le syndicalisme alsacien, pour la vie sociale et politique alsacienne »in Colloque Almemos du 13 mars 2004, Strasbourg, De la CFTC à la CFDT-1964. L’évolution confédérale. L’adhésion de l’Alsace, Alsace, mémoire du mouvement social, Strasbourg 2004, p.118, 154. — Notes de Jean Limonet.

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