BURSZTYN Wolf

Par Lynda Khayat

Né le 10 avril 1889 à Pultusk (Pologne), fusillé comme otage le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ouvrier boulanger ; militant de la section juive du syndicat de la boulangerie et membre de la sous-section juive de la MOI du PCF.

[APPP, BA 2297 Id. Jud.]

Fils d’un ouvrier tailleur installé à Varsovie au début du siècle, Wolf Bursztyn commença, très jeune, à travailler comme garçon boulanger, métier qu’il exerça toute sa vie. Au cours des journées révolutionnaires de 1905 dans la capitale polonaise, il participa aux grèves de sa corporation, adhérant au syndicat des ouvriers boulangers. Marié à Varsovie en 1907 avec Rywka Hilmantel, dont il eut quatre enfants, c’est en décembre 1922 qu’il arriva en France avec sa famille, après un séjour de quelques semaines à Anvers (Belgique).
Alors qu’il habitait le XIe arrondissement et travaillait à la boulangerie-pâtisserie, 14 rue des Rosiers à Paris (IVe arr.), il organisa la section juive du syndicat unitaire de la boulangerie de la CGTU et la dota d’un drapeau. En qualité de délégué, il fut à l’origine du déclenchement de la grève parmi les ouvriers de sa profession en mai 1929, au cours de laquelle il mena une propagande active en faveur du boycottage des patrons employant des ouvriers non grévistes. Il fut également accusé de s’être livré contre ces derniers à des voies de fait pour les empêcher de travailler. Lecteur assidu du journal communiste publié en yiddish par la CGTU, Arbeiter Stime (La Voix Ouvrière), il était considéré comme un militant communiste des plus actifs.
Surveillés par les services de police en raison de leur propagande révolutionnaire et de leur participation à l’organisation de la « Journée Rouge » du 1er août 1929, lui et deux de ses camarades, Abram Horn et Kiva Estershon, furent l’objet d’une mesure d’expulsion le 30 juillet 1929, malgré l’intervention en leur faveur du député communiste du XIIIe arrondissement, Alexandre Piquemal. Wolf Bursztyn, arrêté à son domicile, reconduit à la frontière par un inspecteur de la Sûreté générale, quitta Paris pour la Belgique, où il trouva refuge chez un compatriote à Anvers.
La Ligue des droits de l’Homme intervint en sa faveur dans les jours qui suivirent, si bien qu’il fut autorisé à résider à nouveau en France en février 1930, « à titre d’essai » pendant trois mois. Soumis alors à une étroite surveillance policière, résidant depuis lors sous le régime des sursis trimestriels, puis annuels renouvelables, il retrouva un emploi comme ouvrier boulanger chez des compatriotes, puis chez son gendre à partir de 1933. Malgré des demandes répétées, il se vit refuser le retrait de son arrêté d’expulsion jusqu’en octobre 1936. Il demeura membre de la direction de sa section syndicale et d’organisations liées à la sous-section juive de la MOI du PCF. En février 1937, son nom figurait sur une liste de Polonais, susceptibles d’être inscrits au Carnet B spécial.
Wolf Bursztyn fut arrêté rue Basfroi à Paris, le 20 août 1941, par les services de la préfecture de police au cours d’une rafle effectuée dans le XIe arrondissement à l’encontre des Juifs, sous la conduite de l’occupant, et interné le lendemain au camp de Drancy. Emmené le 14 décembre 1941 par les autorités allemandes, il fit partie des soixante-dix otages fusillés le lendemain, au Mont-Valérien à Suresnes, parmi lesquels figuraient Gabriel Péri et Lucien Sampaix.
Quant à un de ses fils, Aron, convoqué le 14 mai 1941 pour « un examen de situation » au gymnase Japy dans le XIe arrondissement, il fut arrêté par la police française et interné au camp de Beaune-la-Rolande. Transféré le 8 mai 1942 au camp de Compiègne, il fut déporté le 5 juin de la même année à Auschwitz, où il trouva la mort. Sa femme, Rywka Bursztyn, internée à Drancy le 11 février 1943 sur ordre de la préfecture de police, fut déportée le 25 mars de la même année à destination d’Auschwitz, où elle trouva la mort.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18203, notice BURSZTYN Wolf par Lynda Khayat, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 13 novembre 2020.

Par Lynda Khayat

[APPP, BA 2297 Id. Jud.]

SOURCES : Arch. Nat. F 9 art. 5 608 Fichier familial de la PPo. de la Seine, F 9 art. 5 636 Fichier indiv. de la PPo. de la Seine, F 9 art. 5684 Fichier du camp de Drancy, F 9 art. 5 752 Fichier du camp de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande ; AJ 38 art. 3104 dos. 9527 Sznitkiès Mendel. – Arch. PPo. BA 1774 Carnet B, BA 2297 Dos. indiv. de fusillés Bursztyn Wolf, BA 2440 Répression des juifs communistes (rapport du 12 février 1943).

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