BUSSIÈRE Gaston, Jean dit SABATHIER

Par Daniel Grason, Claude Pennetier

Né le 31 décembre 1902 à Paris (XIIe arr.), fusillé le 21 septembre 1942 comme otage au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; trempeur ; militant communiste ; maire de Sevran en 1939 ; résistant du Front national pour la libération de la France.

Gaston Bussière
Gaston Bussière

Fils de François Célestin, vingt-cinq ans, employé aux chemins de fer et de Marie Blanche Bonnin, vingt ans, couturière, Gaston Bussière a été orphelin de mère à l’âge de deux ans. Il fut élevé à Lignières (Cher) par sa grand-mère paternelle. Il travailla chez une tante dans une ferme jusqu’à l’âge de dix-sept ans puis se fit embaucher comme poseur de rail. Libéré des obligations militaires en mars 1924, Bussière entra à l’usine Hotchkiss de Saint-Denis (Seine) en qualité de « trempeur ». Il y connut ses premières activités syndicales et, en septembre de la même année il épousa Suzanne Petit-Jean avec qui il vécut à Livry-Gargan (Seine-et-Oise). Un an plus tard naquit un fils prénommé Robert. La cellule de Livry-Gargan reçut son adhésion en 1928. Il s’installa à Sevran (Seine-et-Oise) en 1932. Secrétaire de la cellule puis de la section, il entra au conseil municipal en mai 1935 avant de devenir maire le 12 février 1939 après la mort de Louis Fernet. La conférence régionale Paris-Nord de 1937 l’avait porté à son comité régional et délégué au congrès d’Arles (décembre 1937).
Mobilisé le 23 septembre 1939, libéré le 25 mai 1940, il prit contact avec Étienne Fajon et Hérras en juin, quitta Sevran (Seine-et-Oise) en juillet et se cacha dans l’Aisne. À Paris (IXe arr.) en 1941, il s’occupa de l’édition de l’Humanité clandestine et participa au Front national. Il était commandant militaire des régions P1 et P2 de la région parisienne.
En mars 1942 des inspecteurs de la BS1 repérèrent à plusieurs reprises deux hommes qui se transmettaient des paquets aux environs de la rue Saint-Ambroise dans le XIe arrondissement de Paris, l’un disparut. Le second fut identifié, il s’agissait de Arthur Tintelin. Du début du mois de mars 1942 à la mi-juin onze inspecteurs de la BS1 filèrent et identifièrent une cinquantaine de militantes et militants, communistes pour la plupart.
Gaston Bussière vivait chez son cousin 4 rue des Marronniers à Villeneuve-Saint-Georges (Seine, Val-de-Marne). Il rencontra dans la matinée du 2 avril 1942 Arthur Tintelin dans un café situé à l’angle des rues de Rennes et Notre-Dame des Champs (VIe arr.). Il lui remettait un rouleau de papier. Ensuite tous deux se dirigèrent à pied à la station de métro Montparnasse où ils se séparèrent.
Le 9 avril AthurTintelin sortit de son domicile à 8 heures 45 et par le métro il gagna la station Odéon. À pied il alla boulevard Raspail où il rencontra Bussière qui lui remettait un rouleau de papier. Après avoir marché, ils se séparèrent. Gaston Bussière consomma dans un café de la rue de Rennes, se rendit en métro à la station Oberkampf. À pied il se dirigea vers le boulevard Magenta où il pénètra dans un débit de boissons au n° 35. Il était 10heures 50, quelques minutes plus tard il fut rejoint par Maurice Grandcoin demeurant 17 rue des Écoles à Ezanville en Seine-et-Oise.
Gaston Bussière sortit de son domicile 63 faubourg Montmartre le 14 avril à 9 heures 25 il arriva au café tabac du 35 boulevard Magenta où il était rejoint par Grandcoin. Tous les deux, très méfiants, discutèrent dans les rues désertes. Dans l’après-midi les deux hommes se rencontrèrent à nouveau au métro Parmentier, après avoir marchés dans des rues quasi-désertes Arthur Tintelin donnait deux paquets à Bussière. Ce dernier remettait les deux paquets à Lacan dans la rue Gambey (XIe arr.).
Gaston Bussière quitta son domicile du 36 rue du faubourg-Montmartre le 17 avril à 9heures 05, il se rendit à pied au café-tabac 35 boulevard Magenta où il était rejoint par Maurice Grandcoin qui portait d’une serviette. Après avoir conversé, ils se séparèrent boulevard de Strasbourg.
Le 18 avril Gaston Bussière sortit de son domicile à 8heures 55 et alla à pied jusqu’au quai du Louvre où il était rejoint quelques minutes plus tard par Lacan. Tous deux à pied, gagnèrent la rue Léopold-Bellan où ils pénètrèrent au café À la source. Ils ressortirent à 10heures 15, et toujours à pied allèrent au boulevard Saint-Martin, ils entrèrent à 10heures 30 au café-tabac Le Celtique. Ils ressortirent à 10heures 55
Le 20 avril Gaston Bussière sortit du 63 rue du faubourg Montmartre à 9heures 05 et à pied se rendit au café tabac du 35 boulevard Magenta. Il en sortit à 10heures 20 accompagné de Grandcoin porteur d’une serviette. Tous deux se dirigèrent vers la gare de l’Est où ils s’arrêtèrent et se séparèrent.
Gaston Bussière sortit de son domicile le 21 avril à 9heures 10. Par le métro il se rendit Gare de l’Est où il descendit. Il gagna à pied le café-tabac au 35 boulevard Magenta où il était rejoint par Grandcoin. Ce dernier sortit seul à 9heures 25, Bussière suivit plus tard et regagna son domicile.
Le 22 avril dans l’après-midi Gaston Bussière rencontra Grandcoin et Lacan dans le café du 23 boulevard Saint-Martin. Les deux premiers prirent le métro à la station Strasbourg-Saint-Denis, le portillon automatique s’étant fermé après leur passage, les policiers ne purent continuer la filature.
Gaston Bussière quitta son domicile le 23 avril vers 9heures. À pied il se rendit au café-tabac du 35 boulevard Magenta où il était rejoint par Maurice Grandcoin, ce dernier ressortit seul. Le 29 avril Bussière et Grandcoin étaient vus dans le même établissement. Le 4 mai des inspecteurs de surveillance dans le même établissement notaient la venue des deux militants vers 9heures 30. Ils en sortirent à 10 heures 10 et par le métro se rendirent au Pont des Arts où ils rencontrèrent Lacan. Après avoir parcouru quelques centaines de mètres sur les quais, ils entrèrent tous les trois dans un café à l’angle du quai Voltaire et de la rue du Bac.
Le 15 mai vers 9heures 30 Gaston Bussière et Maurice Grandcoin se rencontrèrent dans un débit de tabac, ils sortirent et se séparèrent vers 10heures 30 rue du faubourg Saint-Denis. Grandcoin entra le 18 mai à 10heures 50 au café La chope Magenta où il rencontra Lacan, et Bussière.
Le 20 mai, Grandcoin arriva à la gare du Nord par le train de 8heures 55. Il prenait le métro et descendit à Montparnasse où à 9heures 30, il rencontra Lacan. Tous deux rentrent au café au Lido Bar où ils étaient rejoints par Gaston Bussière qui portait un paquet de 20 x 30 centimètres.
Gaston Bussière rencontra Maurice Grandcoin le 26 mai à 10 heures dans un café situé à l’angle du boulevard des Filles du Calvaire. Le 1er juin Bussière et Grandcoin se rencontrèrent vers 11 heures au café Tabac Magenta, ils se séparent place de la République.
La police l’arrêta dans la nuit du 18 au 19 juin 1942, chez un cousin, à Villeneuve-Saint-Georges, porteur d’une fausse carte d’identité au nom de Sabathier. Gardé une dizaine de jours au Quai de l’Horloge, puis transféré au fort de Romainville, il mourut fusillé par un peloton de soldats allemands, comme otage en représailles à l’attentat du cinéma Rex à Paris, au Mont-Valérien (Suresnes) le 21 septembre 1942 et fut incinéré au Père-Lachaise avec les 46 otages, selon le Journal de Franz Stock.
L’aumônier allemand écrivit à cette occasion : Lundi 21.9.42
"Venu me chercher pour le Mont Valérien à 7 heures, exécutions de 46 otages. L’aumônier général Hofer, le pasteur Peters sont également du voyage. Intention de célébrer auparavant la messe fut contrecarrée, pas assez de temps et aucun catholique pratiquant parmi eux. Il restait à peine le temps pour mettre les affaires en ordre et écrire une brève lettre. J’avais déjà vu une partie d’entre eux au Cherche-Midi, groupe de terroristes, tous transférés à Romainville ; seuls quelques-uns ont accepté l’assistance religieuse. Beaucoup non baptisés, athées ou totalement éloignés. Chantèrent La Marseillaise, l’Internationale, poussèrent des vivats en l’honneur de Staline, Thaelmann, etc. - ensuite incinérés."
L’incinération eut lieu au cimetière du Père-Lachaise (Paris XXe), les cendres de Gaston Bussière reposent dans le carré de corps restitués au cimetière de Sevran où une place et un stade honorent sa mémoire. Son nom est également inscrit sur le monument cloche du Mont-Valérien.
inscrit sur le monument cloche du Mont-Valérien.
Gaston Bussière a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF), et Interné résistant.
Son épouse habitait toujours à Sevran dans les années 1980.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18209, notice BUSSIÈRE Gaston, Jean dit SABATHIER par Daniel Grason, Claude Pennetier, version mise en ligne le 10 décembre 2019, dernière modification le 22 août 2020.

Par Daniel Grason, Claude Pennetier

Gaston Bussière
Gaston Bussière

SOURCES : Arch. PPo. 221W 3, GB 038 (rapports de filatures). – DAVCC, Caen, B VIII dossier 6 (Notes Thomas Pouty). – Serge Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit., p. 201. – Renseignements fournis par la mairie de Sevran le 23 décembre 1980. – Louis Blésy, La Résistance à Sevran, municipalité et ANACR, 1989. – Franz Stock, Journal de guerre, Cerf, 2017, p. 113. — Notes d’Auguste Gillot.

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