RIVE Henri, Jean

Par Pierre Legoy

Né le 13 avril 1927 à Vienne (Isère), mort le le 5 janvier 2022 à Saint-Martin d’Hères (Isère) ; cadre supérieur dans les services communaux ; militant syndicaliste CGT ; militant communiste ; adjoint au maire de Saint-Martin d’Hères (Isère).

Les parents de Henri Rive tenaient une épicerie à Vienne, puis à Oullins, ensuite à Calluire-et-Cuire, enfin dans le nouveau quartier des États-Unis à Lyon. Ils s’étaient mariés en 1926. Son père, divorcé, avait fait la guerre 1914-1918, en particulier la bataille des Dardanelles où il fut gravement blessé, gardant toute sa vie les séquelles d’un séjour dans de très mauvaises conditions ; de l’échec de l’expédition française, il conserva également des ressentiments à l’égard des Anglais, y compris pendant la Seconde Guerre mondiale. Sa mère, veuve de guerre, avait deux filles de son premier mariage.

En raison de la profession des parents, Henri Rive fut placé en nourrice dans la région lyonnaise. Il fit sa scolarité primaire à Calluire-et-Cuire, dans une petite école privée située en face de l’épicerie-café de ses parents, et obtint son certificat d’études primaires en 1939. L’épouse du directeur de l’école intervint auprès des parents pour qu’il aille au lycée ; après concours, il fut admis à l’automne 1939 au lycée Ampère de Lyon. La scolarité en première année fut un peu difficile en français compte tenu d’un déphasage de vocabulaire entre ses camarades de classe issus à l’époque d’un milieu bourgeois et lui venant d’un milieu populaire et d’un quartier ouvrier.

Henri Rive effectua cependant un cursus complet sans problème au lycée Ampère, obtenant le baccalauréat littéraire en 1946. Il s’inscrit en faculté de droit et au centre d’études et de préparation aux concours administratifs (futur Institut d’Etudes Politiques). Il obtint en 1949 la licence de droit et le diplôme de l’IEP (1ère promotion). Après un échec au concours d’entrée de l’ENA, il partit à l’armée (école des officiers de réserve à Montpellier puis direction de l’intendance à Lyon).

Après avoir réussi les trois épreuves du concours de rédacteur de la ville de Lyon en 1950, il fut affecté au secrétariat général le 2 janvier 1951, sous la municipalité d’Édouard Herriot. Il fut le premier diplômé dans les services, le secrétaire général de la ville n’ayant que le brevet élémentaire. Henri Rive organisa son travail, sans réel supérieur hiérarchique : conseil juridique, historique du Grand Lyon créé par Louis Napoléon Bonaparte de La Croix-Rousse, La Guillotière, Monplaisir et Vaise), comité de jumelage Lyon – Birmingham, réception de personnalités étrangères, secrétariat du conseil de discipline. Dans ce dernier, il fit la connaissance du secrétaire du syndicat CGT des municipaux Maurice Chapas (à moins qu’il ne s’agisse de Joseph Chapas), en particulier lors de la grande grève du ramassage des ordures ménagères de 1953. Édouard Herriot, maire depuis 1905, souvent absent (présidence de l’Assemblée Nationale, du parti Radical…), n’engageait plus de grands travaux (hors le marché d’intérêt national) ; seules les écoles constituaient des équipements dans les quartiers.

Henri Rive épousa en 1952 Madeleine Margot, employée à la comptabilité de la ville de Lyon (future bibliothécaire à Grenoble). Ils eurent trois enfants (dont un décéda enfant) ; son épouse décéda en mai 1999.

Henri Rive, intéressé par les questions syndicales depuis l’IEP, adhèra à la CGT-Force Ouvrière pendant six mois au début de 1952. Il fut élu à la commission paritaire 1ère catégorie en septembre 1952 et réélu en 1954 (54 voix). Le statut du personnel communal promulgué en 1952 ne changea pas grand-chose pour les agents de la ville de Lyon qui disposaient déjà d’un statut. Il adhéra à la CGT en 1955 et fut candidat du syndicat national des cadres des services publics et de santé (créé en 1948) aux élections paritaires de 1956 (28 voix).
Il s’occupa des funérailles religieuses nationales et municipales d’Édouard Herriot en 1957. En l’absence d’accord au sein des Radicaux, Louis Pradel, modeste adjoint aux Beaux-Arts et au Logement, fut élu maire.

N’ayant pas de perspective de carrière à Lyon, Henri Rive, candidat à Saint-Étienne pour un poste de direction à l’action sociale municipale, fut recruté en 1959 après entretien, puis épreuves écrites et orales. Le député-maire était Alexandre de Fraissinette (RPF puis CNI) depuis 1947.

Henri Rive travailla pour réunir dans un Bureau d’Aide Sociale les deux établissements publics existants : Bureau d’assistance (aide légale, aide médicale) et Bureau de bienfaisance (bons de pain apportés à domicile par des dames visiteuses). Se renseignant sur ce qui se faisait dans d’autres collectivités, il mit en place des indemnités municipales complémentaires versées par mandat ; il obtint la création de postes d’assistantes sociales, d’un foyer-logement et d’un centre d’hébergement.

Alors que le syndicat majoritaire était la CGT- FO, il fut élu à la commission paritaire de 1ère catégorie (avec Maurice Egal, ingénieur) ; dans les autres catégories, la CGT n’eut des élus que dans le personnel des écoles.

Henri Rive, élu à la commission exécutive et au bureau du Syndicat national CGT-UGIC des cadres des services publics et de santé lors du 7e congrès à Vierzon en mai 1961, fut également élu à la commission exécutive de la fédération CGT des services publics et de santé la même année. Il devint vice-président du syndicat national en 1967, reconduit en 1969, 1971 et 1973 (Maurice Egal entrant au bureau national en 1969).
N’ayant pas été choisi pour être secrétaire général par le nouveau maire de Saint-Etienne Michel Durafour (élu en 1964 après la mort d’Alexandre de Fraissinette), Henri Rive, conseillé par Charles Tanguy (membre du bureau national du syndicat des cadres CGT, secrétaire général de Firminy, dont le maire était Eugène Claudius-Petit), postula pour la mairie de Grenoble en 1965. Le nouveau maire, Hubert Dubedout (Groupement d’Action Municipale –GAM-, allié à la SFIO et au PSU) se heurtait au secrétaire général en place, compétent mais d’un caractère difficile ; il s’en était ouvert à Eugène Claudius-Petit lors d’une réunion de la Sonacotra. Hubert Dubedout appréciait les diplômes ; après un premier entretien, il soumit Henri Rive aux questions de tous les adjoints lors d’un repas.

Arrivé à Grenoble en septembre 1965, en tant que directeur de service, Henri Rive fut chargé de la préparation des Jeux Olympiques et du développement de la ville. Il devint secrétaire général adjoint le 1er janvier 1968 et secrétaire général, après le départ en retraite du titulaire du poste, en 1976.
Il travailla avec le comité d’organisation des Jeux Olympiques aux côtés des services de l’Etat. La ville bénéficia d’une importante enveloppe d’emprunts et de subventions. Un nouvel hôtel de ville fut construit ainsi qu’un stade de glace couvert, livré difficilement dans les délais à l’automne 1967. Une maison de la culture fut également créée après un chantier très compliqué. Le musée des Arts et Traditions Populaires fut déplacé sur les pentes de la Bastille. De gros travaux de voirie furent effectués très vite et la gare SNCF refaite, le village olympique et l’agence de presse réalisés. Les Jeux Olympiques du 6 au 18 février 1968 et connurent une participation record d’athlètes (1158) mais il n’y eut pas les foules escomptées pour assister aux épreuves.
La municipalité impulsa un nouveau style de vie démocratique et diffusa des équipements dans les quartiers. Une action innovante en matière de formation professionnelle du personnel communal grenoblois fut conduite, la municipalité octroyant à chaque organisation syndicale (CGT et CFDT) un emploi de permanent pour l’animer. La construction de l’intercommunalité s’engagea, impulsée par Hubert Dubedout et Louis Maisonnat, maire communiste de Fontaine.

En 1967, Henri Rive adhéra au Parti communiste français. Sa nomination au poste de secrétaire général fut l’objet d’une campagne de dénigrement orchestrée par la droite, à laquelle H. Dubedout et la municipalité, par une délibération unanime, répondirent fermement (compétences professionnelles de l’intéressé, liberté du fonctionnaire-citoyen). Il fut également membre du Mouvement de la Paix dès sa création, partageant toutes ses luttes depuis la guerre d’Algérie.

En 1977, des élus du PCF entrèrent au conseil municipal. Un recrutement important de cadres amena deux secrétaires généraux adjoints (chargés des finances et du personnel) contrebalançant l’influence du secrétaire général.

Henri Rive, toujours vice-président du syndicat national des cadres communaux CGT, contrairement à beaucoup de ses camarades, refusa d’adhérer à l’influent syndicat (catégoriel) des secrétaires généraux et secrétaires généraux adjoints dans le cadre d’une « bi-appartenance ». Dirigeant du syndicat départemental des cadres CGT de l’Isère, il fut élu membre de la commission exécutive de l’Union syndicale nationale des ingénieurs, cadres et techniciens communaux CGT qui, aux congrès de 1976 (Rouen) et 1977 (Argenteuil), remplaça le syndicat national. Élu au suffrage direct membre de la Commission nationale paritaire des agents communaux sur la liste CGT le 26 mai 1977, il fut le porte-parole des participants à la manifestation nationale organisée par l’USNICT Communaux CGT en 1978.

En 1971, Henri Rive fut élu conseiller municipal communiste de Saint-Martin d’Hères, ville de 38000 habitants limitrophe de Grenoble, après avoir créé en 1969 une association de quartier. Dans la municipalité dirigée par Joseph Blanchon, maire PCF jusqu’à sa démission en décembre 1998, il occupa différents postes d’adjoint (aux finances, au secteur social, à la culture, aux nouvelles technologies…), de 1er adjoint de 1995 à 1999, réélu jusqu’en 2001. Il présida, après l’avoir créé, le syndicat intercommunal d’informatique et fut également président de la commission des finances de la communauté d’agglomération de Grenoble (devenue ensuite métropole).

Grâce à sa considérable force de travail et à une remarquable organisation de son temps, il démontra sa capacité à gérer, sans confusion des rôles de secrétaire général d’une grande ville, de militant syndical et d’élu d’une ville moyenne. En mai 1968, il fut un des responsables du comité de grève de la mairie de Grenoble occupée. Pendant une période, il fut membre de la commission exécutive de l’union départementale CGT. Il resta membre de la commission nationale paritaire jusqu’à la création du conseil supérieur de la fonction publique territoriale en 1984. Il fut toujours membre jusqu’en 2001 de la direction de l’USNICT communaux puis de l’Union fédérale des Ingénieurs, cadres et techniciens des services publics qui s’y substitua en 1985. Il siégea plusieurs années, en tant qu’élu communiste, dans le collège des maires-employeurs du conseil d’administration du Centre national de la fonction publique territoriale.

Henri Rive mit fin à ses fonctions de secrétaire général de Grenoble en avril 1983, après l’élection à la mairie d’Alain Carignon (RPR). Il fut alors détaché à plein temps auprès de la fédération CGT des services publics, sur les droits syndicaux nationaux. Il devint, en liaison avec René Le Guen, secrétaire général de l’UGICT, et Henri Krasucki, président non rémunéré de la Société Coopérative Ouvrière de Production et de Distribution (SCOPD) Manufrance. Il amorça une modernisation de l’outil de travail, avec la construction d’une nouvelle usine. Mais la situation financière étant très dégradée, l’aide gouvernementale intervenant trop tard et de façon inefficace, la SCOPD fut mise en liquidation en 1985. « Attendu qu’Henri Rive a poursuivi un intérêt personnel d’ordre moral en voulant préserver les emplois au sein de la SCOPD Manufrance ; que ce faisant, il a commis le délit d’abus de biens sociaux », il fut condamné à 18 mois de prison ferme, puis relaxé, ainsi que d’autres dirigeants de la SCOPD et des syndicalistes CGT, lors du procès en appel à Lyon le 30 mars 1993. Les accusés furent accompagnés au Palais de Justice par 60 à 70 000 manifestants venus de toute la France après une forte mobilisation de la CGT à laquelle Henri Rive avait pris une part active.
De 1985 à sa prise de retraite de fonctionnaire territorial en octobre 1987, Henri Rive fut le secrétaire régional Rhône-Alpes de la fédération CGT des services publics.
Jusqu’au bout, Henri Rive fut un citoyen fortement impliqué dans la vie de sa commune, tout particulièrement dans le domaine social.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article182146, notice RIVE Henri, Jean par Pierre Legoy, version mise en ligne le 29 juin 2016, dernière modification le 12 janvier 2022.

Par Pierre Legoy

SOURCES : Entretiens avec Henri Rive 1er et 2 mars 2016 à Saint-Martin d’Hères. — Archives de l’UFICT-CGT des Services Publics. — Notes Pierre Legoy.

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