VERNIER Philippe

Par André Caudron, Joseph Valynseele

Né le 10 février 1909 à Tananarive (Madagascar), mort le 11 mars 1985 à Valdrôme (Drôme) ; pasteur de l’Église réformée, objecteur de conscience.

Appelé familièrement « Philo Vernier », ce fils de Jean-Frédéric Vernier descendait d’une vieille famille protestante du pays de Montbéliard (Doubs). Il était lui-même fils de Jean-Frédéric, missionnaire à Madagascar, frère de Jacques, autre missionnaire, et d’un autre Jean-Frédéric, médecin général inspecteur des troupes coloniales, compagnon de la Libération.

Philo Vernier fit ses études secondaires à Nîmes (Gard) puis ses études de théologie à Paris. Objecteur de conscience, il ne pouvait, à cette époque, ni être consacré, ni faire acte de candidature auprès d’une paroisse. Le pasteur Henri Nick le prit comme assistant au Foyer du peuple de Fives-Lille (Nord). Mais il fut traduit une première fois devant le tribunal militaire de Lille en 1933. Il fut alors défendu par André Philip, militant socialiste de religion protestante, futur député du Rhône et ministre. L’écrivain Julien Benda, les pasteurs Élie Lauriol et Henri Nick témoignèrent en sa faveur. Lors du procès, des manifestants – chrétiens, anarchistes, socialistes, pacifistes – pénétrèrent dans la citadelle de Lille, construite par Vauban, où siégeait le tribunal, et envahirent la salle d’audience. De nouveau traduit en justice en 1934 et en 1940, il fut successivement condamné à un an, puis à deux ans et enfin quatre ans de prison. Il resta prisonnier quatre ans. L’affaire exerça une influence profonde sur le protestantisme, surtout dans le Nord de la France.

Philippe Vernier, assistant du pasteur Nick de 1931 au début de 1933, puis de septembre 1936 à décembre 1938, fut consacré à Quaregnon dans le Borinage (Belgique), le 22 février 1939, par une quinzaine de pasteurs belges et français. Devenu pasteur de l’Église missionnaire belge dans cette commune de 1939 à 1954, il garda des relations étroites avec Henri Nick et le Nord. Mineur de fond de septembre 1949 à septembre 1950, il fut pasteur de Maubeuge de 1954 à 1974. Ce poste dépendant de la Société centrale d’évangélisation fut rattaché en 1962 à l’Église réformée de France qui acceptait désormais les pasteurs objecteurs de conscience.

Philippe Vernier a milité contre la guerre en Algérie. Selon le témoignage de Robert Davezies, il a hébergé ce dernier lors de son départ pour la Belgique le 16 octobre 1958 pour échapper au mandat d’arrêt lancé contre lui. Philo Vernier lui a fait passer la frontière et l’a conduit jusqu’à Mons. Desservant des communautés de part et d’autre de la frontière, Philippe Vernier était connu des douaniers et des gendarmes belges.

Philippe Vernier eut sept enfants de son mariage avec Henriette Dubois.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article182158, notice VERNIER Philippe par André Caudron, Joseph Valynseele, version mise en ligne le 29 juin 2016, dernière modification le 2 août 2020.

Par André Caudron, Joseph Valynseele

ŒUVRES : Avec le Maître, trois recueils de méditation, écrits en prison. Collaboration : Notre revue, Le Semeur, Cahiers de la réconciliation.

SOURCES : Arch., SOM 62 d 69 (Madagascar). — Présent, septembre 1985. — Liens protestants, 227, été 2013. — Jacques Charby, Les porteurs d’espoir, Paris, La Découverte, 2004, p 153. — Note de Jean-René Genty, auteur de livres et d’articles sur l’histoire du mouvement algérien dans la région du Nord et en Belgique, août 2020.

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