VIEILLARD Robert

Par François Honoré

Né le 26 juillet 1942 à Corgoloin (Côte-d’Or), mort le 13 mars 2020 à Dijon ; ajusteur ; secrétaire de l’inter CFDT du groupe Thomson SA ; secrétaire du comité de groupe Thomson SA ; secrétaire du comité européen Thomson CSF.

Robert Vieillard en 2017 (arch. privée).

Septième enfant d’une famille de quatre filles puis de quatre garçons, Robert Vieillard fut le fils d’Aristide Lucien Vieillard né à Giry (Nièvre) en 1904, machiniste de profession, formé au métier de menuisier mais ayant fait l’essentiel de sa carrière professionnelle dans les carrières à Corgoloin (Côte-d’Or) où il décéda d’un accident de travail le 4 octobre 1953. Il avait adhéré à la CGT qu’il quitta après avoir participé à la grande grève des carrières, qui dura, après la guerre, une trentaine de jours, pour obtenir de meilleurs conditions de travail et une augmentation des salaires. Il avait épousé le 15 mars 1923 Marcelle Vittau, née le 20 avril 1904 à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), dont le père fut éclusier sur le canal du centre et en même temps boulanger du village. Ses parents firent baptiser leurs enfants mais n’étaient pas pratiquants.

Robert Vieillard suivit l’école primaire à Corgoloin. Son père venant de mourir et sa mère ne pouvant assurer les frais de scolarité, il n’entra pas au collège mais prépara le certificat d’études qu’il obtint, classé 1er du canton, en juin 1956. Il faisait alors partie des scouts de France à Corgoloin qu’il fréquenta durant plus de six ans. Robert entra à quatorze ans, après concours, en apprentissage à la SNCF comme ajusteur et obtint le CAP d’ajusteur en juin 1959. Il poursuivit sa carrière comme ajusteur aux ateliers SNCF de Perrigny-les-Dijon (Côte-d’Or) et compléta sa formation par un stage « diesel ». Quelques mois après son embauche, il se syndiqua à la CGT, syndicat majoritaire, bien que son chef fût responsable du syndicat FO.

Du 9 au 11 novembre 1961, il fit ses « trois jours » au centre de sélection de Macon (Saône-et-Loire). À l’issue des épreuves, on lui précisa qu’il avait le niveau pour être intégré à l’école des sous-officiers de réserve à Cherchell (Algérie). Étant marié et ayant un enfant à charge, mais aussi en désaccord avec l’engagement de la France en Algérie, il refusa et fit la demande de classement « soutien de famille » qu’il obtint le 25 juin 1962. Appelé le 1er mars 1962 au régiment disciplinaire du 5e RTM d’Auxerre (Yonne), il fit quatre mois de classe. En juillet 1962, Robert Vieillard fut affecté à la 34e compagnie du camp du Valdahon (Doubs). Il termina son service en avril 1963 comme deuxième classe en étant barman au mess.

Démobilisé, il sollicita son retour à la SNCF qui lui proposa un poste à Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise) qu’il refusa pour des raisons familiales. Un deuxième poste lui fut proposé à l’atelier « petit entretien » de la gare de Dijon-ville qu’il refusa pour des questions d’horaires. Il quitta alors la SNCF et se fit embaucher successivement dans plusieurs entreprises : du 7 septembre au 28 novembre 1963 à l’entreprise industrielle de grands travaux EIGT (entreprise de charpente métallique) à Gevrey-Chambertin (Côte-d’Or), du 2 décembre 1963 au 27 mars 1964 à la SCAL-GP ex Tréfimétaux à Dijon, du 1er avril au 19 septembre 1964 chez Annette (blanchisserie industrielle), d’octobre à novembre 1964 à la société Jovem (entreprise de fabrication de joints). En 1963, il passa un essai d’embauche à LCC-CICE, une des sociétés composant Bourgogne Électronique, qui lui proposa un poste de P2 ajusteur. Cette société recherchant à recruter des P2 et P3, Robert Vieillard demanda une embauche au poste de P3. Face au refus de cette société, il déclina l’offre. Régulièrement, le service du personnel le relança pour une embauche et le 14 décembre 1964, il accepta une proposition d’embauche à un poste de P2 ajusteur à l’entretien des machines en équipe 2x8 à Eurista (fabriquant de résistances), autre société de Bourgogne Électronique et filiale à 50 % du groupe Thomson CSF et 50 % du groupe allemand Résista.

Le seul syndicat existant à Eurista était la CFDT contrairement à LCC CICE où la CGT était majoritaire. Très rapidement, Daniel Amiot, responsable CFDT d’Eurista le fit adhérer à la CFDT. En 1965, Robert Vieillard fut présenté par la CFDT aux élections de délégués du personnel comme suppléant. Quelques mois après, la titulaire étant en congé de maternité, Robert devint titulaire. De 1965 à 1998, il fut régulièrement élu délégué du personnel et membre du comité d’entreprise. C’étaient les conditions faites aux ouvrières et les abus de pouvoir de certains hiérarchiques qui l’avaient incité à s’engager.

Daniel Amiot ayant quitté Eurista en 1970 pour devenir permanent de l’UD-CFDT de Côte-d’Or, Robert Vieillard devint délégué syndical. Il participa activement aux travaux de l’inter CFDT Thomson CSF et en devint en 1973 secrétaire adjoint, Marcel Simonin étant le secrétaire. Il assura également des mandats au sein des organisations locales CFDT. Il devint en 1975 secrétaire général du syndicat CFDT de la métallurgie de Dijon, Louis Novati en étant le trésorier. Au titre du syndicat, il participa au conseil de l’Union régionale de la métallurgie Bourgogne CFDT à partir du 4 mars 1970 et à la commission exécutive à partir du 19 mars 1970, Bernard Loiseau puis Jean Limonet furent ses secrétaires généraux. Il cessa ses fonctions de secrétaire du syndicat en janvier 1978 et passa la main à Richard Schutz militant CFDT de l’usine Peugeot de Dijon.

Robert Vieillard fut élu au bureau de l’Union départementale CFDT de Côte-d’Or au cours des différents congrès des 27 et 28 avril 1974, 24 et 25 avril 1976, 3 avril 1978, et 25 et 26 avril 1980. Au congrès de 1978, il fut élu à la commission exécutive. Il participa à la commission juridique CFDT avec Jacques Pulh, fut élu conseiller prudhommal dans la section industrie du conseil des prud’hommes de Dijon en 1972 et 1977. Pendant cette période, il siégea au nom de l’UD-CFDT au comité départemental de l’emploi de la promotion sociale et de l’apprentissage.

À cause de ses mandats syndicaux, Robert Vieillard resta ouvrier professionnel P2 de 1964 au 31 décembre 1972. Du 1e janvier 1973 au 31 mars 1982, il évolua du coefficient 209 puis 215 puis 240 dans la filière maîtrise. Son affectation comme chef d’équipe le 1er janvier 1973 visait pour la direction à limiter son action syndicale, car la maîtrise d’atelier ne faisait jamais grève. Hormis la grève avec occupation de Mai 68 Bourgogne Électronique n’avait jamais connu de gros mouvements sociaux. En 1971, Eurista connu son premier plan social. Robert Vieillard avec trois autres élus CFDT se retrouvèrent sur la liste des licenciés. L’inspection du travail refusa la totalité des demandes au motif que des possibilités de reclassement existaient au sein de LCC. Tous les salariés se virent réintégrer, sauf lui. Il fallut que le gérant d’Eurista menace la direction du groupe Thomson, de démissionner pour que Robert soit réintégré. De 1971 à 1982, LCC connut de nombreux conflits sociaux 1973, 1975, 1976 avec ou sans plans sociaux, la CFDT fut en pointe dans les combats.

En juin 1980, Robert Vieillard, toujours classé dans la filière maîtrise, et une dizaine d’autres salariés, la plupart militants CFDT ou CGT affectés à une section comptable perçurent leurs salaires mais n’eurent aucune obligation de venir travailler. Ce fut seulement après la nationalisation du groupe Thomson CSF et de ses filiales, du changement de direction à la tête de LCC, du refus du PDG des embauches à Saint-Apollinaire tant que Robert Vieillard n’aurait pas d’affectation, que ce dernier se vit proposer un poste au service commercial le 1er juillet 1982 classé au niveau IV échelon 1, coefficient 240. À compter de cette date, il retrouva une évolution de carrière conforme aux autres salariés. Au 1er janvier 1996, il fut classé au niveau cadre position II, et à l’indice 114 de la grille des cadres à partir du 1er juin 1998 au siège de Thomson CSF.

Depuis 1975, Robert Vieillard avait pour des raisons de temps et de cumul de différents mandats arrêté de militer dans l’inter CFDT du groupe Thomson CSF. En 1981, il reprit des activités au sein de l’Inter CFDT Thomson CSF qui se transforma en inter CFDT du groupe Thomson SA en septembre 1982 du fait de l’évolution du périmètre du groupe (150 établissements et 108 000 salariés). En septembre 1989, il allait être élu en remplacement de Gérard Lecoz, secrétaire de l’inter et réélu en 1993, 1995, 1997 et terminer son mandat en septembre 1999. Il assuma cette fonction à temps plein tout en restant élu DP et CE à LCC Saint-Appolinaire et en participant au CCE de la société LCC.

De 1982 à 1989, il participa à de nombreuses négociations pour la mise en place d’un comité de groupe de Thomson SA et de commissions de branches. Deux ans plus tard, la CFDT étant devenu majoritaire, Robert Vieillard devint le secrétaire de ce comité de groupe. Dans le même temps, il participa à la commission de la branche composants. En novembre 1993, il signa au nom de la CFDT l’accord sur la GPEC, gestion prévisionnelle des emplois, cet accord évitant 1 100 licenciements, par une autre organisation du travail et la mise en place du TRILD, temps réduit indemnisé de longue durée. Le 16 novembre 1993, il signa pour la CFDT l’accord sur la création d’un comité de groupe européen Thomson CSF et filiales. Il fut élu secrétaire de ce comité. En novembre 1996, avec la CFDT, il s’opposa à la vente pour le franc symbolique du groupe Thomson à Lagardère qui souhaitait rétrocéder la partie grand public à Daewoo. Après une manifestation importante à Paris, le premier ministre Alain Juppé annonça le retrait du projet. En avril 1997, il demanda devant le conseil d’état l’annulation du décret du 26 février 1997 autorisant le transfert au secteur privé de Thomson SA. Pendant toutes ces années, Robert Vieillard accepta quelques mandats spécifiques. Il siégea au nom de la confédération CFDT au groupe sectoriel de l’élaboration du VIIIe plan pour la partie électronique. Il milita beaucoup au niveau de la FEM (fédération européenne de la métallurgie) avec Hubert Thirion et principalement sur les aspects des comités européens. Il participa ainsi à de nombreuses réunions avec d’autres syndicats en Angleterre, Allemagne, Belgique et Italie.

Il demanda à bénéficier du dispositif ARPE en octobre 1999 et partit en janvier 2000 avant de prendre sa retraite en juillet 2002. Après trente-cinq années de vie syndicale, souvent éloigné de sa famille, Robert Vieillard fit le choix de vivre sa retraite à Dijon, d’adhérer aux retraités CFDT, et d’aider les personnes âgées de sa rue.

Situé politiquement à gauche Robert n’adhéra à aucun parti, cependant il signa en juin 1974 l’appel pour participer au développement d’une grande force socialiste. Il s’était marié le 22 juillet 1961 avec Jeannine Lallemand, née le 22 novembre 1938. Cette dernière exerça le métier de couturière d’abord dans un atelier de Nuits-Saint-Georges puis à Dijon sans être déclarée par ses employeurs. En 1962, elle entra aux écoles à la ville de Dijon et devint concierge du groupe maternelle et primaire Champollion en 1971 jusqu’en décembre 1990. Elle prit sa retraite en février 1991. Elle fut syndiquée à la CFDT des communaux. Ils eurent trois garçons nés les 14 décembre 1961, 31 août 1966 et 4 juin 1969.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article182162, notice VIEILLARD Robert par François Honoré, version mise en ligne le 29 juin 2016, dernière modification le 30 août 2020.

Par François Honoré

Robert Vieillard en 2017 (arch. privée).

SOURCES : Archives de l’Union Mines Métaux Bourgogne CFDT. – Archives de l’Union Départementale CFDT de Côte-d’Or. – Entretien avec Robert Vieillard le 24 mai 2016. – Association bourguignonne des Amis du Maitron.

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