TORCQ Georges, Célestin, Joseph

Par Claude Roccati

Né le 5 janvier 1889 et mort le 8 septembre 1958 à Lille (Nord) ; employé ; militant syndicaliste CFTC, président de l’Union départementale des syndicats libres du Nord puis de l’Union locale des syndicats lillois (1929-1955), président de la confédération CFTC (1946-1948) ; conseiller municipal.

Georges Torcq

Issu d’un milieu modeste, Georges Torcq était le fils de Célestin Torcq, cocher de métier né à Hersin-Coupigny (Pas-de-Calais) en 1871, et de Zélia Delbard, une jeune femme de Wasmes Briffœil, petite ville belge située dans la province du Hainaut, toute proche de la frontière française. Il fut élève des Frères des écoles chrétiennes à Lille (Nord), puis suivit la maîtrise de Notre-Dame de la Treille. Dès l’âge de quatorze ans, il fut employé dans une banque puis dans une fabrique de fil à coudre. Il organisa, en 1909, avec des membres du Sillon de [Marc Sangnier- > 130431], un cercle d’études pour les employés. Après la dissolution du Sillon, dans lequel « il voyait le renouveau d’une tradition, plus spécialement illustrée, pour lui, par la grande figure de Lacordaire » (Gaston Tessier), ce cercle poursuivit ses travaux et prépara la fondation de l’Union des syndicats d’employés de banque, de commerce et d’industrie de Lille en juillet 1912 dont Georges Torcq devint secrétaire en octobre 1913, après son service militaire.

Intégré au 33e régiment d’infanterie pendant la guerre, il y fut blessé et fait prisonnier. Il revint en 1919 et reconstitua son syndicat, participant, l’année suivante, à la fondation de l’Union régionale du Nord des syndicats chrétiens dont il devint trésorier puis président en 1929. Il collabora également en 1921 à la création de l’Union locale de Lille. En binôme avec [Charlemagne Broutin- > 18040], il contribua à l’organisation du syndicalisme chrétien dans le Nord dont le fort dynamisme en fit, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la deuxième région française de la CFTC en nombre d’adhérents. Les syndicats lillois, en particulier, « plus riche de ses hommes que de ses actions entreprises » (Launay, 1986, p. 148), fournissaient les responsables qui structuraient l’activité de la région. Gorges Torcq collabora également activement aux succès syndicaux au sein des tribunaux prudhommaux en tant que conseiller employé, puis président de la section commerciale. Il fut aussi administrateur des caisses d’Assurances sociales « La Famille » depuis 1932 et vice-président de la Famille coopérative, un groupement de consommateurs.

Déjà présent au congrès fondateur de la CFTC en 1919 en tant que représentant du Syndicat des employés de Lille (Launay, 1986, p. 123), il participa ensuite à de nombreux congrès nationaux de la CFTC et, à partir de 1932, représenta les syndicats du Nord au conseil national de la CFTC puis, trois ans plus tard, au bureau confédéral. Il assista également au jubilé de la confédération fêté au Parc des Princes le 27 juin 1937 devant 25 000 personnes. En 1938, il devint trésorier de la confédération.

Georges Torcq appartenait à cette deuxième génération des syndicalistes chrétiens, identifiée par Michel Launay, qui accompagnèrent l’action de [Jules Zirnheld- > 142969] et [Gaston Tessier- > 24444] et succédèrent aux fondateurs des années 1880. Torcq était convaincu que le « grand idéal de justice et de fraternité » porté par l’Église, pouvait « briser les barrières sociales » – selon ses propres mots prononcés à l’occasion d’un discours en l’honneur de Gaston Tessier. Issu du milieu employé, il se trouva en difficulté lorsqu’au moment du Front populaire, de nouveaux militants, ouvriers pour la plupart et anciens membres de la JOC, affluèrent en masse au sein de la CFTC (l’Union locale avait vu ses effectifs passer d’environ 300 à 1 000 adhérents). Désirant prendre toute leur place au sein du mouvement, ces nouveaux militants souhaitaient accéder aux postes exécutifs. Torq et Broutin refusèrent toute modification de statut qui aurait permis d’ouvrir le bureau de l’Union locale aux nouveaux syndiqués. Les tensions furent telles qu’elles amenèrent Gaston Tessier à intervenir. L’affaire allait être réglée avec l’intégration progressive, au cours de l’année 1938, des nouveaux militants au bureau et au conseil de l’UD mais après plusieurs mois de turbulences et plusieurs courriers confédéraux.

Durant la guerre, Georges Torcq fut membre du bureau central du comité national de liaison de la CFTC. Également nommé conseiller municipal de Lille en 1942, il fut chargé d’exprimer dans les instances nationales l’opposition de ses amis au principe du syndicat unique, inclus dans la Charte du travail. En 1946, poussé par Gaston Tessier, il fut élu président de la CFTC, succédant à Jules Zirnheld, mort en 1940. Par ce geste, la confédération saluait l’apport des syndicats du Nord au syndicalisme chrétien. À cette occasion, Nord Social, le périodique des syndicats libres du Nord, fit un portrait du militant à la moustache soignée, le décrivant « avec son air de fier gaulois, son regard si droit, son bel idéalisme, une éloquence toujours vibrante et courtoise, sa manière affectueuse et franche, faite de simplicité, de dignité et de bonté, qui lui permet de frayer fraternellement jusqu’au plus humble des apprentis […]. Pour tous les militants du Nord, c’est un légitime sujet de fierté que de voir un « Chti-Mi » prendre ainsi la tête du mouvement national et devenir le premier syndiqué chrétien de France ».

Georges Torcq contribua aussi à la création de la société immobilière de la confédération, la Maison des travailleurs chrétiens. Il était, par ailleurs, l’un des doyens des conseillers prud’hommes. En 1948, il laissa le poste de président à Gaston Tessier mais demeura à la tête de l’union lilloise. Son activité se réduisit, mais il continua de rédiger régulièrement des articles pour Nord Social jusqu’à son retrait en 1955.

Déjà décoré par le pape de l’Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand, une distinction obtenue grâce au cardinal Liénart (Alain-René Michel dans Bruno Duriez, p. 339), Georges Torcq avait été fait chevalier de la Légion d’honneur en 1949. Il était également titulaire de la médaille d’honneur du travail.

Il avait épousé Adrienne Delannoy, le 6 septembre 1920, à Hersin-Coupigny (Pas-de-Calais).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article182171, notice TORCQ Georges, Célestin, Joseph par Claude Roccati, version mise en ligne le 29 juin 2016, dernière modification le 1er février 2018.

Par Claude Roccati

Georges Torcq

SOURCES : Arch. départ. du Nord : état-civil. – Arch. confédérales CFDT : correspondance G. Tessier (1CP2), dossier à l’occasion la remise de la rosette d’officier de la Légion d’honneur à Gaston Tessier le 19 janvier 1947 (1CP5). – Nord social, organe mensuel des syndicalistes libres du Nord et des institutions sociales. – Bruno Bethouart, Un siècle de combat syndical. L’histoire de la CFTC-CFDT du Nord-Pas de Calais (1893-1998), Lille, ARHOS, 2007. – Bruno Duriez, Étienne Fouilloux, Denis Pelletier, Nathalie Viet-Depaule (dir.), Les catholiques dans la République, Paris, Éditions de l’Atelier, 2005. – Michel Launay, La CFTC. Origines et développement 1919-1940, Paris, Publications de la Sorbonne, 1986. – Michel Launay, Le syndicalisme chrétien en France 1885-1940. Origine et développement, thèse de doctorat d’État, université Paris I Panthéon-Sorbonne, 1981. – Notes de Louisette Battais.

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