ZIPFEL Rose [FEUCHT Rose, épouse ZIPFEL]

Par Françoise Olivier-Utard

Née le 9 mai 1906 à Strasbourg (Basse-Alsace annexée), morte le 24 août 1991 à Brumath (Bas-Rhin) ; sténo-dactylo ; militante de l’UFF et du PCF ; trésorière du comité départemental UFF ; secrétaire de la section du Bas-Rhin, membre du comité national de l’UFF ; membre du comité fédéral du Parti communiste du Bas-Rhin de 1948 à 1957, puis de 1966 à 1972, membre du bureau fédéral de 1957 à 1959, puis de 1961 à 1966.

Son père, Charles-Armand Feucht, né le 1er mai 1884 en Allemagne, mort accidentellement le 16 mai 1929 à Strasbourg, Bas-Rhin, était concierge au Passage de la Pomme de Pin à Strasbourg. Il était protestant d’origine. Il adhéra au Parti communiste. Sa mère, Marie Eynouts (née le 16 juin 1876 à Paris, morte le 9 octobre 1939 à Villars-Montroyer, Marne) était elle aussi protestante. Leur nationalité respective, allemande et française, posa des problèmes pour leur mariage, qu’ils souhaitaient français, ce qui fut impossible avant le retour de l’Alsace-Moselle à la France en 1918. Le couple eut 4 enfants.
Rose Feucht fit ses études primaires à l’école allemande puis française Schoepflin jusqu’à 14 ans et les compléta par une formation de deux ans dans une école commerciale. Bilingue, elle pur devenir sténo-dactylo à la Laiterie centrale de Strasbourg..
En 1929, elle devint militante du Secours Rouge International, qui devint très actif à Strasbourg à partir de 1933 pour aider les réfugiés allemands à échapper au régime hitlérien. Elle adhéra en 1931 à la FSGT , où elle rencontra Frédéric Zipfel, cheminot militant du sport associatif, qu’elle épousa la même année. Elle abandonna alors son emploi pour élever ses trois filles.
En septembre 1939, Frédéric et sa famille furent évacués dans la Marne, où la SNCF avait replié certains services. Après le décès de sa mère, Rose rejoignit ses grands-parents, évacués à Nanteuil (Dordogne). La décision de rentrer en août 1940 à Strasbourg annexée de fait au Reich fut prise après bien des hésitations, sur la pression des grands-parents, qui n’étaient pas francophones et vivaient mal leur situation d’évacués. Dès leur retour, Rose et son mari furent inquiétés par les autorités nazies. L’origine juive de la grand-mère maternelle de Rose entraîna le déplacement de son mari à Sarrebruck et la radiation de l’enseignement de son beau-frère. Le jour de la Libération de Strasbourg, Rose hissa deux drapeaux à sa fenêtre de la rue de La Broque (quartier de la gare), l’un tricolore, l’autre rouge.
L’activité militante de Rose débuta à la Libération. Elle adhéra au PC en janvier 1945 et à l’UFF en mars. Elle entendait servir la cause des femmes par ces deux types de militantisme. A l’UFF, elle devint trésorière du comité départemental en 1948. Elle participa le 28 avril 1949 à une caravane pour la paix. Elle fut du noyau de femmes (Alice Karcher*,Suzanne Fath qui militaient dans les quartiers populaires pour politiser les femmes et les aider dans la vie quotidienne. Le 10 février 1950 elle participa à l’organisation d’une manifestation contre les logements insalubres des rues du Brochet et des Forges. Rose fut déléguée au congrès national de l’UFF en 1951. Elle organisa le 9 mars 1952 un grand rassemblement régional, qui se tint au Wacken (Terrain des expositions), pour célébrer la journée internationale des femmes. Olga Tournade était venue. Il y eut 10 000 personnes selon l’Humanité d’Alsace et de Lorraine, 2 000 selon la police. L’UFF comptait alors 650 membres dans le département, organisées en 10 sections. Les femmes participèrent aux manifestations pour la Paix, contre les guerres coloniales. Rose Zipfel fut interpellée devant le consulat américain, le 20 juin 1953 lors d’une manifestation de protestation contre l’exécution des époux Rosenberg. Elle fut interrogée et passa la nuit au poste de police. Elle prit une part active, en tant que trésorière départementale de l’UFF, à la collecte de fonds pour l’achat de la ferme de la Hingrie, destinée à devenir une colonie de vacances. Elle devint secrétaire départementale de l’UFF en 1954, après le départ d’Alice Karcher. Elle suivit en mai 1954 un stage de deux semaines de formation UFF à Suresnes. Rose Zipfel aurait souhaité que le brassage social de l’UFF s’affiche plus clairement, et que pour cela les militantes épouses des universitaires connus, telles que Mme Sadron, Mme Ricoeur ou Mme Cahen, puissent apporter le prestige de leur mari. Ce fut un tollé parmi les militantes de la base ! La question de la diffusion de la presse militante se posait chez les femmes d’une autre façon que chez les hommes. Les femmes en effet étaient à peu près toutes plus précocement familiarisées avec la langue française, parce qu’elles avaient à cœur de veiller à la scolarité des enfants. Dans ces conditions, la diffusion de la presse féminine française ne posait pas trop de difficultés, sauf dans les campagnes profondes, où Heures claires ne trouvait aucun écho. Pour les autres manifestations, les tracts étaient toujours bilingues, afin d’être lus par tous dans les familles.
Pour ce qui est du militantisme politique, Rose Zipfel devint en 1945 la secrétaire du député communiste Marcel Rosenblatt. Elle entra au comité fédéral dès 1948 et y fut réélue jusqu’en 1970. En 1952, Rose Zipfeldemanda à participer à une école centrale d’un mois, mais il lui fut répondu qu’ayant passé 40 ans, elle était trop âgée et que le parti ne faisait d’exception pour personne. En avril 1955, la RDA offrit 20 places de colonie de vacance à Wieck-auf-Rügen sur l’ile de Rügen . C’est Rose Zipfel qui conduisit les enfants pour ces vacances de Pâques.
Elle fut élue au bureau fédéral de 1957 à 1964. Elle y remplaça Alice Karcher mais n’approuvait pas sa mise à l’écart pour s’être opposée à Alphonse Boosz, dans un comité fédéral trop peu attentif aux questions féminines. Les formes traditionnelles du militantisme pesaient souvent sur les femmes, qui avaient moins de temps disponible que les hommes. Rose s’en fit l’écho à une réunion du bureau fédéral, en 1959. Elle demanda que les femmes communistes de l’UFF soient déchargées des tâches routinières dans leurs cellules et qu’elles aient tout leur temps pour trouver d’autres moyens d’aller vers les femmes de leur quartier ou de leur entreprise. Pierre Villon, chargé de la fédération au CC ne put se retenir de noter : « Je n’ai pas relevé cette erreur pour ne pas l’écraser, sachant combien nos camarades alsaciennes peuvent être susceptibles ». Le secrétariat fédéral concluait de la même façon : « elle se sent plutôt la déléguée de l’UFF au sein du BF, elle est toujours présente mais ne participe à aucune discussion, elle a même déjà fait savoir qu’elle n’avait plus le temps disponible pour toutes ses fonctions ». Après 1968, elle participa aux côtés des jeunes féministes beaucoup plus véhémentes qu’elle, à la commission féminine de la fédération. Elle considérait que le relais était transmis. Elle fut remplacée par Élisabeth Schmitt.
Elle fut candidate, première femme de la liste mais seulement en 6e position, aux élections municipales de 1953 à Strasbourg. Elle fut candidate en 8e position aux élections législatives en 1956.
Elle fut à plusieurs reprises candidate du PCF aux élections cantonales, dans le canton de la gare et du centre.
Elle avait appris l’esperanto et se rendit en Suisse en 1951 pour assister au congrès espérantiste, ce qui n’était pas très bien vu par la fédération communiste. Elle avait adhéré également aux Amis de la Nature. Plus tard, après avoir abandonné ses fonctions au comité fédéral, elle s’occupa activement du Secours populaire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article182374, notice ZIPFEL Rose [FEUCHT Rose, épouse ZIPFEL] par Françoise Olivier-Utard, version mise en ligne le 6 juillet 2016, dernière modification le 11 mars 2020.

Par Françoise Olivier-Utard

SOURCES : Archives du comité national du PCF. — Archives vidéo de la fédération communiste du Bas-Rhin. – Arch. Dép. Bas-Rhin, 544 D 41 b, 544 D 11. ֫— Arch. Dép. Seine-Saint-Denis, 261 J 27/72. — L’Humanité d’Alsace et de Lorraine, 7 mars 1953. — L’Humanité 7 jours, 7 mai 1976. — Entretien avec sa fille, Cécile Daubinet, le 26 mars 2001.

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