VANHOUTTE Mauricette, Jeanne

Par Guillaume Roubaud-Quashie

Née le 12 décembre 1930 à La Madeleine-lez-Lille (Nord), morte le 29 janvier 2007 à Nice (Alpes-Maritimes). nièce de Jeannette Vermeersch ; secrétaire générale de l’Union des jeunes filles de France de 1951 à 1958 ; sténodactylo, employée, ouvrière puis cadre dans l’industrie ; militante communiste.

Mauricette Vanhoutte naquit dans une famille ouvrière du textile installée dans une petite commune de la banlieue septentrionale de Lille, La Madeleine-lez-Lille, le 12 décembre 1930. Ses parents, Arthur Vanhoutte et Julienne Vermeersch, à l’image du grand nombre des ouvriers de cette région, ont des origines belges. Marquée par la dureté de la condition prolétarienne, elle souligne également, dans ses mémoires inédits – conservés aux archives des Alpes-Maritimes – la grande solidarité qui unissait les habitants de ces quartiers pauvres.
Ouvrière, la famille de Mauricette Vanhoutte est aussi précocement militante : sur le plan syndical mais aussi politique. Les sœurs de sa mère, notamment, furent particulièrement actives : Andrée Vermeersch, poursuivie et incarcérée pendant la Seconde Guerre mondiale, et, bien sûr, Jeannette Vermeersch, militante et, vite, dirigeante des Jeunesses communistes avant de participer à la fondation et à la direction de l’Union des jeunes filles de France (UJFF), dès avant la guerre.
Adolescente, Mauricette Vanhoutte quitta le Nord pour la région parisienne. Ses parents attachèrent le plus grand prix à l’éducation : « Quand on est instruit, on sait mieux se défendre ». Ils œuvraient donc pour qu’elle suive une formation de sténodactylographie, dans une école privée réputée en la matière : Pigier. Hébergée chez sa grand-mère, à Ivry-sur-Seine, Mauricette Vanhoutte, rejoignit le Parti communiste (1946) et se rapprocha de l’actif foyer de l’UJFF ivryenne et de sa centaine d’adhérentes. Sténodactylo, elle fit preuve de dynamisme, rejoignit la CGT et devint déléguée syndicale. Dès 1947 et jusqu’en 1949, elle travailla comme salariée du Parti communiste, peut-être auprès du secrétariat de Maurice Thorez.
À partir de 1948, la jeune fille de dix-sept ans commença à prendre des responsabilités dans l’organisation juvénile féminine communiste. D’abord au plan fédéral : évoquée – comme Mauricette « Vanouth » – dans le journal de l’UJFF, Filles de France, en novembre 1948 pour son rôle dans la campagne de solidarité avec les mineurs en grève, elle entra au Comité national de l’UJFF au 5e congrès de l’organisation (mai 1949), après avoir été élue secrétaire de l’UJFF de la Seine, à dix-huit ans. À ce titre, elle participe aux initiatives de Guerre froide, non sans être appréhendée par la police à plusieurs reprises (en juin 1949 notamment, lors de la manifestation contre le film Le Rideau de fer, rue du Colisée (Paris) ou encore lors de la dure manifestation contre la venue du général Eisenhower à Paris en janvier 1951).
Déléguée au Festival mondial de la jeunesse de Budapest, elle découvrit avec enchantement les premiers pas d’une démocratie populaire, les jeunes Soviétiques, les jeunes Vietnamiens… De nombreux voyages suivirent, essentiellement au titre de la participation de l’UJFF aux activités de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (FMJD) et notamment ses festivals mondiaux.
En effet, l’ascension de Mauricette Vanhoutte fut rapide : élue au Bureau national de l’UJFF en 1950, la jeune salariée des Éditions sociales, réélue secrétaire fédérale de l’UJFF de la Seine, devint, à la suite du comité national d’Argenteuil de l’UJFF (29-30 septembre 1951) secrétaire générale de l’organisation de Danielle Casanova, succédant à la Gardoise Renée Bénézet*.
Auréolée du prestige de sa tante Jeannette Vermeersch, Mauricette Vanhoutte hérita d’une UJFF très affaiblie par la Guerre froide. C’est la période, pour l’organisation, des grandes campagnes pour la paix (au Vietnam, en Corée, pour le service militaire à un an pour les hommes, contre l’engagement des jeunes filles comme A.F.A.T. en Indochine, contre le réarmement allemand…), de la défense de l’Union soviétique (« Jamais le pays de Danielle [Casanova] ne fera la guerre au pays de Zoïa [Kosmodemianskaïa – résistante soviétique pendue par les nazis à 18 ans, en en 1941] »), des initiatives pour les droits sociaux des jeunes filles, des mobilisations contre Nous deux et la presse du cœur…
Aux côtés de Mauricette Vanhoutte, le secrétariat national de l’UJFF est relativement stable : dès le 6e congrès (1952), Raymonde Dien, Marie Morvan et, à compter de 1955, Hélène Luc. Parallèlement, Mauricette Vanhoutte fut élue au comité fédéral de la Seine du Parti communiste (1952) et participa aux travaux du comité central ; elle suivit l’école centrale de quatre mois en 1954-1955.
La campagne pour la paix en Algérie tient alors une place croissante et l’Union des jeunes filles de France, un temps mise en question à l’heure de la réorganisation des organisations de jeunesse communistes (1955-1956), y tient une place importante, organisant des initiatives de solidarité et de sensibilisation en direction des « sœurs et fiancées » de soldats, autour de figures comme Djamila Bouhired.
Cependant, l’activité de Mauricette Vanhoutte perdit progressivement en visibilité. Objet, semble-t-il, d’une certaine contestation au sein de la direction de l’UJFF, elle s’effaça. Le congrès de l’UJFF prévu au printemps 1958 et effectivement tenu les 5 et 6 juillet désigna Hélène Luc pour remplacer Mauricette Vanhoutte. Saluée « avec beaucoup d’émotion » (Filles de France, juillet 1958), elle refusa toutefois de poursuivre sa vie professionnelle au sein du Parti communiste et quitta ses responsabilités (le comité fédéral de Paris à la conférence départementale de 1959).
Désormais employée à l’URSSAF puis dans diverses structures rarement liées au Parti communiste, elle demeure militante communiste dans ses différents lieux de vie (Ivry-sur-Seine, Aubervilliers, divers arrondissements de Paris) et de travail (une galerie relevant de la famille Léger, Schneider…). Liée à Jean Elleinstein puis à André Moroni, Mauricette Vanhoutte devint mère en janvier 1960, donnant naissance à Catherine Vanhoute.
Alternativement employée et ouvrière, Mauricette Vanhoutte, installée dans le Midi, devint cadre en 1974, dans l’industrie chimique et ce, jusqu’au plan social de SANOFI à Grasse, en 1986, au terme duquel elle fut licenciée, la laissant au chômage jusqu’à la retraite.
Dans le même temps, Mauricette Vanhoutte poursuivit son activité militante communiste, malgré les réserves qu’elle semble partager avec Jeannette Vermeersch quant à l’évolution du Parti communiste à partir des années 1970. Elle fut ainsi une des signataires, avec sa tante, ses cousins Jean et Pierre Thorez, Jean Mérot (ancien dirigeant de l’UJRF et alors responsable à L’Humanité), Jean Salem (fils d’Henri Alleg) et d’autres communistes d’une lettre au comité central adressée en novembre 1981 puis rendue publique dans les semaines qui suivirent : « Sortir de l’impasse ». C’est d’ailleurs à Callian, dans son département du Var, que Jeannette Vermeersch vécut ses derniers instants, en 2001.
Pour autant, Mauricette Vanhoutte fut à plusieurs reprises candidates du Parti communiste à Callian, jusque dans les années 2000, et ses archives comportent des cahiers de compte rendu de ses réunions de cellule et de bureau de cellule jusque dans les dernières années de sa vie qui fut ainsi, jusqu’à son terme, une vie de militante communiste.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article182564, notice VANHOUTTE Mauricette, Jeanne par Guillaume Roubaud-Quashie, version mise en ligne le 14 juillet 2016, dernière modification le 16 octobre 2016.

Par Guillaume Roubaud-Quashie

SOURCES : Arch. Nat. 19890464/7. — Arch. du PCF. — Archives MJCF. — Fonds Mauricette-Vanhoutte (Archives des Alpes-Maritimes). — Archives de la préfecture de police de Paris. — Filles de France. — Archives personnelles de Catherine Vanhoute. — Entretiens avec Henri Malberg, Rolande Perlican, Catherine Vanhoute. — Entretien d’Olivia Lludriguez avec Hélène Luc. —Mémoires : Philippe Robrieux, Notre Génération communiste, Robert Laffont, 1977. Film : Raymond Bossot, Notre cellule, 1954 (Ciné-Archives). — Bibliographie : Annette Wieviorka, Maurice et Jeannette, Fayard. — Philippe Robrieux, Histoire intérieure du Parti communiste, Fayard, 1984.

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