BORME Daniel, dit Borme fils

Par M. Constant, Alain Rustenhotz

Né le 10 octobre 1821 à La Roquebrussanne (Var), chimiste domicilié à Paris ; participant à la révolution de 1848, puis sympathisant de la Commune de Paris.

Né le 10 octobre 1821 d’un père propriétaire, à Roque-Brussanne (auj. La Roquebrussanne), dans le Var. Domicilié 7, rue du Ponceau, à Paris, il s’est présenté successivement comme chimiste, inventeur, inspecteur général des vivres de la marine, chirurgien de marine, manufacturier, lieutenant-colonel d’une prétendue légion italienne qu’il dira avoir formée dans l’intérêt de Louis Bonaparte avec des fonds de partisans de celui, enfin colonel d’une légion des Vésuviennes (voir affiche ci-contre). Il a fait graver une médaille qui porte mention de son « grade » dans celle-ci.

La première communauté de Vésuviennes fut établie à Belleville. Le 26 mars, entre onze heures et midi, au pied de la colonne Vendôme, toute une « légion » de jeunes femmes de 15 à 30 ans défila derrière une bannière tricolore où était inscrit le mot VÉSUVIENNES. À midi, elles se rendirent à l’Hôtel de Ville, pour demander aide et protection au Gouvernement provisoire. Une autre fois, le tambour-major des Vésuviennes, une femme, se rendit chez Lamartine qui refusa de la recevoir. En avril 1848, les Vésuviennes avaient un poste, rue de Rivoli, à l’angle de la rue de l’Échelle (Ier arr., ancien et nouveau), « dans une baraque en planches, précédée d’un débit de vin où elles versaient aux gardes mobiles du Louvre le canon de l’amour et celui de l’amitié. »

Interrogé au procès des accusés du 15 mai devant la Haute-Cour de Bourges, Borme dira de cette légion : « voici pourquoi j’ai formé la légion de femmes, c’est que le gouvernement provisoire accordait tout alors aux manifestations, et que voyant M. Rey, calicot avant le 24 février et colonel le lendemain, j’ai voulu, moi aussi, être colonel, et j’ai formé par dérision un régiment de femmes, j’ai même voulu louer une douzaine d’orgues de Barbarie (…) C’était une mascarade que j’avais organisée. »

Il racontera aussi durant les audiences avoir été envoyé par Vidocq pour espionner Blanqui, aux alentours du 8 mai 1848, et y être allé volontiers par hostilité « à la République rouge ».

C’est l’accusation elle-même qui rappelle que « Borme a été atteint en 1840 et 1842 d’aliénation mentale. Toutefois, ajoute-t-elle, son exaltation n’a pas présenté les caractères de la démence. » Et c’est en s’appuyant sur ses dénonciations que la Haute-Cour donnera une apparence de fondement à la condamnation de Lacambre. Borme les répètera et répètera encore : « J’ai fait un rapport au préfet de police sur l’insurrection de juin. Je n’étais pas agent de police, si vous le voulez, mais comme je suis opposé à la République démocratique et sociale, je surveillai Lacambre et je le dénonçai au préfet de police à propos de l’insurrection de juin. » « J’ai moi-même averti de l’insurrection de juin qui se tramait dans la prison. » « Je dénonçai, le 20 juin, M. Lacambre, qui avait fait un plan de Paris en désignant la place de chaque barricade. »

Et quand la défense rétorquera que Borme s’est rétracté dans une lettre adressée à Benjamin Flotte, qu’il y disait n’avoir fait que céder à l’intimidation du juge d’instruction, et qu’elle a cette lettre entre les mains, Borme lira à haute voix une copie de sa lettre pour préciser ensuite que s’il y demande pardon à Flotte et à Lacambre pour les avoir dénoncés, cela ne signifie pas qu’il ait menti sur les faits.

Au rendu du verdict, Borme sera disculpé et remis en liberté le 2 avril 1849, Lacambre condamné par contumace à la déportation le lendemain.

On le retrouve en septembre 1870, allant de Marseille à Paris, pour soumettre au Gouvernement de la Défense nationale un procédé de feu grégeois de son invention, qu’il avait déjà proposé au gouvernement provisoire de 1848 et qui ne fut pas retenu. Pendant les événements de la Commune, il fit pour le Comité central des expériences de projectiles incendiaires, tout en étant en liaison avec Versailles, ce qui le rendit suspect aux insurgés et au gouvernement. Il fut arrêté par la Commune à la fin de mai et, après la chute de celle-ci, surveillé pendant quelque temps par l’autorité. Il prétendit pour sa défense avoir toujours joué un double jeu dans l’intérêt de l’ordre, mais ses sympathies pour l’insurrection ne paraissent guère douteuses. Aucune charge ne put toutefois être retenue contre lui et, en 1872, il vivait paisiblement retiré dans son village natal.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article182626, notice BORME Daniel, dit Borme fils par M. Constant, Alain Rustenhotz, version mise en ligne le 19 juillet 2016, dernière modification le 17 janvier 2022.

Par M. Constant, Alain Rustenhotz

SOURCES : État-civil de La Roquebrussanne. — Arch. Dép. Var, 4 M 10/1 (plusieurs pièces, novembre 1872) et 11 M 2/163 (recensement de 1872). — Arch. PPo., A a/427. — Enquête parlementaire sur l’insurrection du 18 mars, éd. en un vol., Paris, 1871, pp. 86, 94-97, et 237.

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