CHABANNE Henri (ou CHABANNES Henri), dit Combattant, dit Nivernais-Noble-Coeur

Né le 27 mars 1828 à Pouilly-sur-Loire (Nièvre) ; il fut un des chefs de la Marianne, et compagnon du Devoir de Liberté ; sympathisant actif de la Commune de Paris.

Frère aîné de Jean-Pierre Chabanne et de Louis Chabanne, il était tonnelier comme eux.

Orphelin à 7 ans, Chabanne apprit le métier de tonnelier qu’il trouvait « bien fatiguant » et à 15 ans il entrepris son Tour de France sous le nom de « Nivernais-Noble-Coeur ». Il se maria pour fuir sa belle-mère et alla travailler à Cognac, La Rochelle (Charente-Inférieure), où il était en décembre 1854, puis dans la banlieue parisienne. Plusieurs fois inquiété pour complot, il fut un des principaux agitateurs de la Marianne, le réorganisateur ou l’organisateur, avec ses frères, de la Marianne dans les cantons de Pouilly, de Cosne et de La Charité (Nièvre).

À Paris, il avait fait la connaissance de Stanislas Baffet et de Jean Vielle.

Entre décembre 1854 et février 1855, Chabanne Henri était venu en personne à Pouilly voir les progrès de la propagande républicaine socialiste de la Marianne. L’effervescence, en février, dans les hameaux des Loges et de Charenton de la commune de Pouilly-sur-Loire (Nièvre) fut pour l’autorité locale une occasion d’exploiter contre Chabanne Henri les faits réels en les grossissant un peu. Il s’agissait en particulier de rattacher ce qui se passait dans la Nièvre à ce qui se passait à Paris. On arrêta ses deux frères, on lança un mandat d’arrêt contre lui, et l’on perquisitionna chez sa belle-mère. Le 6 avril 1855, le procureur général de Bourges expliquait au préfet de la Nièvre les raisons qui justifiaient le transfert des dossiers à Paris.

Chabannes Henri fut donc impliqué à Paris, où il avait été arrêté le 2 avril 1855, dans le procès de la Jeune Montagne. (Voir Ramade). On lut à l’audience des documents concernant les Marianneux de la Nièvre, et la famille Chabanne en particulier : des vers de Henri, datés de juillet 1854, dédiés à l’empereur et présentés comme appelant au régicide :

De nos larmes de sang, tu te fais un breuvage

.......................... Tu rêves l’esclavage,

La douleur, l’infamie d’un peuple gémissant.

......................... Mais du lion rugissant,

Nous cherchons l’audace et nous verrons encore

Si ta chair pourra fuir sa gueule qui dévore.

Allons, tyran affreux, bientôt nous réglerons.

Pense bien à ta dette, nous la réclamerons.

......................................................

Entends-tu bien, infâme, c’est le tocsin qui sonne !

De la correspondance de Chabanne Henri, le procureur retint une lettre, datée de Périgueux, d’un certain Lambraye, qui annonçait qu’il avait fait des prosélytes pour " la Sublime Société philosophique universelle " ; une autre qui contenait des " appels violents à l’insurrection ", des diatribes " contre la tyrannie et les tyrans ", et qui invoquait Barbès, Mazzini, Kossuth et Garibaldi, avant de placer la future insurrection " sous la protection divine " ; une troisième, signée Pierre Gruin, qui parlait des compagnonnages et précédait l’envoi d’un ouvrage sur les " sociétés de compagnonnage dites Cayennes ", dont il existait une filiale à Cognac.

Cette dernière lettre permet de poser la question : Chabanne Henri, dont les déplacements comme ouvrier tonnelier ressemblent à un début de Tour de France, était-il déjà, ou s’apprêtait-il à devenir compagnon ?

D’autres allégations du procès étaient sujettes à caution : " Il y aurait eu ", entreposées chez un frère de Chabanne Henri, épicier à Pouilly, ignoré des sources archivistiques de Nevers, des armes et des munitions ; la mère de Chabanne Henri aurait fabriqué de la poudre.

Une chose cependant devenait claire : les activités de Chabanne Henri et de ses frères, jusqu’à l’entrée dans la Marianne d’un de leurs cousins, Millet, grenadier de la garde impériale, qui avait réussi à ne pas partir pour la Crimée, avaient été découvertes par suite des aveux de Rabereau Chrysostome, incarcéré à Pouilly lequel avait en outre révélé que 400 affiliés nivernais avaient versé chacun 1 F de cotisation pour le " Comité central européen " de Londres, et finalement permis au magistrat de lancer vingt-six mandats d’arrêt.

Le 4 août 1855, Chabanne Henri était condamné, par la 6e chambre correctionnelle de la Seine, à deux ans de prison, 100 F d’amende et cinq ans d’interdiction de séjour, puis, le 29 août, à quatre ans de prison, 100 F d’amende, et, aux dépens solidairement. Il fut interné à Loos, puis déporté en décembre en Guyane à l’île du Diable. Le 12 août 1856, il s’évada sur un radeau avec huit de ses compagnons d’infortune, aborda la Guyane hollandaise et travailla comme ébéniste à New-York et dans le Tennessee.

Revenu à Pouilly en 1861, et toujours tonnelier, il était inscrit sur la liste des " hommes dangereux de l’arrondissement de Cosne ". Voir la liste des " hommes dangereux " à Besson L. Il tenta de créer une coopérative de consommation et fonda une association pour mieux répartir la fortune publique.

En mars 1862, il faisait l’objet d’une surveillance policière, au moment où les autorités de la Nièvre apprirent la nouvelle de l’arrestation de Miot à Paris.

Cette année-là, Chabanne publiait son récit Évasion de l’île du Diable (in-8°, 176 pages), qui était en quelque sorte son dernier acte politique. Il s’agissait de sa propre évasion de l’île où devait, trente ans plus tard environ, être envoyé le capitaine Dreyfus. Chabannes eut du succès, puisque l’éditeur Décembre-Alonnier, en 1870, fit une seconde édition du livre (in-18, 296 pages).

Henri Chabanne édita lui-même la suite de ses réflexions sur la classe ouvrière et le compagnonnage, sous la forme d’une autobiographie : Guerre à l’ignorance..., préface par Françoise Guez, sa femme, Pouilly-sur-Loire, chez l’auteur, 1867, in-18, 263 pages (Bibl. Nat., 8° Ln 27/23452).

Vinrent ensuite : Un Palais du Compagnonnage et la suppression du chômage sur le Tour de France, en 1868 ; des chansons, en 1870, dont une consacrée au " Palais du Compagnonnage ", projet grandiose qui tenait à cœur à son auteur devenu son propre éditeur.

En 1871, pendant la Commune de Paris, Chabanne eut encore une activité importante. Il habitait alors, rue d’Orléans, n° 14, à Bercy, XIIe arr. Il appartint au comité de la XIIe légion de la Garde nationale qui recommanda de voter pour Varlin, Fruneau, Géresme et Theisz aux élections du 26 mars 1871 à la Commune de Paris. Tous les quatre furent élus. Seul Géresme n’appartenait pas à l’Internationale. Voir Armand Audebert. Il fut également un des animateurs du groupe des originaires de la Nièvre favorable à la Commune de Paris — voir Chandioux. Enfin, délégué compagnon, il participa aux côtés des francs-maçons parisiens — voir Thirifocq Eugène — à la manifestation du 29 avril 1871 en faveur de la Commune de Paris et contresigna l’appel du 5 mai. Voir Cabanié dit Carcassonne-l’Ami-des-Arts.

Condamné à mort après la Commune, Chabanne quitta Paris et s’installa à New-York où il fit paraître L’Organisation du travail en 1881. Il vivait encore en 1886.

Liste des affiliés à la Marianne — pour quelques-uns supposés tels — dans la région de Pouilly-sur-Loire, Cosne-sur-Loire, La Charité-sur-Loire (Nièvre), en 1855 : Baudelin F., Berneau, Besson, Boquillat, Boulot F., Branche (aîné), Bruère, Cadot, Chabanne H., Clausse, Cornu, Corty, Dequenne, Dubois, Durand Ch., Durand E., Durand J., Favard H., Figeat J., Gousse J.-B., Govillot, Gruin P., Guèdre, Guyon, Hatton, Joly, Lasnier I.-P., Laurent L., Lelu, Melot, Millard, Monin, Monnier, Noisette Ch., Picaud, Piegoy, Piron F., Poulain, Rabereau C., Rabereau P., Robineau, Rochet, Soury L. dit Molonier, Soury L. dit Perdrix, Tambour, Tardy, Theurand A.-J., Thomas J., Vernasson.

Liste des affiliés à la Marianne — pour quelques-uns supposés tels — dans la région de Sancerre (Cher) en 1855 : Balland E., Bernon J., Boquillat, Boulay, Chapon, Coquillat, Dubois, Dubon, Duclou, Dugenne A., Gaucher, Girardin, Gressin Th., Groslier-Morel, Largon, Largon J.-B., Lesimple, Logron L., Logron (père), Martin S., Massé, Métivier J., Perrard J.-B., Petit E., Pinard, Pinard (aîné), Pinon Émile, Polon, Pouvesle, Rasine, Vergo.

En ce qui concerne la Marianne parisienne, voir Ramade Isidore.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article182643, notice CHABANNE Henri (ou CHABANNES Henri), dit Combattant, dit Nivernais-Noble-Coeur, version mise en ligne le 19 juillet 2016, dernière modification le 5 février 2020.

ŒUVRES : Les poésies diverses de Chabannes Henri ont été recueillies et publiées par le fils de Décembre-Alonnier, à New-York, en 1886. Cf. Catalogue imprimé de la Bibl. Nat.

SOURCES : Arch. Dép. Nièvre, État civil ; série M, liasse Police générale, Événements politiques de Cosne et de Pouilly, 1855, et liasse Sûreté publique, Menées politiques, Hommes dangereux, 1852-1869. — Arch. Nat., BB 30/410, P. 1178 et /413, P. 1246. — Note de B. de Gauléjac.

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