VIGNETTES Raoul, Michel, Honoré

Par André Balent

Né le 15 janvier 1920 à Palau-del-Vidre (Pyrénées-Orientales), mort le 21 septembre 2005 à Ortaffa (Pyrénées-Orientales) ; agriculteur (maraîcher) à Ortaffa ; permanent politique ; journaliste sportif ; militant du Parti communiste des Pyrénées-Orientales et des Bouches-du-Rhône ; résistant ; interné et déporté ; président de l’ANACR des PO (1996-2005).

Raoul Vignettes avant 1939 à Elne, joueur de la Jeunesse sportive illibérienne (rugby à XV)
Raoul Vignettes avant 1939 à Elne, joueur de la Jeunesse sportive illibérienne (rugby à XV)
Archives de Danielle Rouveyre, fille de Raoul Vignettes

Fils d’Adrien Vignettes, propriétaire maraîcher et de Denise Montagné, âgés respectivement de trente-deux et de vingt-six ans en 1920, Raoul Vignettes vécut à Ortaffa village proche de Palau-del-Vidre dont il n’est séparé que par le Tech. Mais il vécut à Ortaffa où ses parents possédaient une exploitation agricole. Il avait un frère et une sœur. Son frère, Marius, requis du STO, réussit à s’évader d’Allemagne et intégra une unité de partisans yougoslaves dans laquelle il combattit. Raoul Vignettes se maria, à Elne, le 8 décembre 1945 avec Aline, Marie, Jeanne Antoinette Bergé (Marcorignan, Aude, 21 septembre 1925 ; Ortaffa, 13 octobre 2002) qu’il avait connue avant son internement et sa déportation en Allemagne. Ils eurent trois filles : Danielle, née le 31 juillet 1947, institutrice, présidente (2016) de l’ANACR (Lozère), membre du bureau national de l’ANACR (2016) ; Michèle, née le 28 octobre 1958, secrétaire ; Marie-Claude, née le 21 septembre 1958, éducatrice spécialisée.

Bien inséré dans la vie villageoise, il devint grâce aux clubs ruraux, un joueur de rugby de bon niveau, aussi bien à 13 qu’à 15. Il fit partie de l’équipe des Jeunes du XIII Catalan et de celle de la JSI (Jeunesse sportive illibérienne d’Elne : rugby à quinze) de bon niveau. En 1943, il fut pressenti pour intégrer une équipe du Sud-Ouest (1943). Lorsqu’il était secrétaire fédéral des Pyrénées-Orientales, il collabora au Miroir du Rugby et au Miroir du cyclisme. Dans les années 1950, il pratiqua assidûment la plongée sous-marine dont il fut moniteur à Port-Vendres (Pyrénées-Orientales). Il ne cessa de pratiquer le rugby jusqu’à plus de cinquante ans, une rechute de la tuberculose, l’immobilisant pendant un an (1971-1972) dans un sanatorium de Briançon (Hautes-Alpes). Rétabli, il pratiqua alors le cyclisme, à l’ASPTT de Marseille et au club marseillais La Cigale. Il continua la plongée sous-marine au club de Cap-Croisette. Il fut un dirigeant de Marseille XIII puis, après son retour dans les Pyrénées-Orientales, de Pia XIII.

Raoul Vignettes adhéra à la Région catalane des JC en 1935 et intégra son bureau en 1936 (environ mille adhérents en 1937, selon RV ; 1200 d’après Léo Figuères, op. cit., p.7). Il fut aussi membre du comité de la section d’Elne de ce parti. En 1935, encore, les JC manifestaient dans plusieurs villages de la plaine de Roussillon afin de combattre, lors des conseils de révision, le service militaire de deux ans.

Il milita dans les rangs du PC et de la JC clandestins dès 1939. Il allait souvent à Elne où il participait à des réunions du PC qui se tenaient dans l’atelier de Michel Planas. Mobilisé le 8 juin 1940, il fut rapidement affecté aux chantiers de jeunesse où il demeura jusqu’en février 1940. De retour à Ortaffa, il participa à nouveau à l’action clandestine du PC avec des militants plus âgés actifs dans les communes voisines, en particulier Palau-del-Vidre sous la direction de Louis Muxart épaulé par Benjamin Descossy et Étienne Garrigue, tous trois agriculteurs ou ouvriers agricoles de ce village. Muxart lui confia la mission de distribuer des tracts à Bages où le PC mettait un point d’honneur à contrer Joseph Fabrega, l’ancien et influent maire communiste de la commune qui avait démissionné du parti après la signature du pacte germano-soviétique. En juin 1941, après une altercation publique, Vignettes fut traduit devant le tribunal correctionnel de Perpignan. Bien défendu. il s’en tira avec une amende. Au printemps de 1942, il contacta Joseph Parent, notaire à Elne et président de la JSI, club de rugby, afin de jeter les bases du Front national dans cette petite ville. Mais Parent adhérait déjà au mouvement Combat.

En juin 1942, il était membre du triangle de direction du PC, avec Muxart de Palau-del-Vidre et J. Gence de Saint-Génis-des-Fontaines. Il fut aussi associé à la recherche de premiers contacts susceptibles de développer les FTPF dans les Pyrénées-Orientales. Il participa aussi aux premières collectes d’armes destinées au premier maquis FTPF du département. Antoine Tomas, alias « Émile vint chez lui à Ortaffa afin d’étudier quels lieux seraient propices à l’implantation de maquis dans les Pyrénées-Orientales. Il contribua, en février 1943, à la mise en place du premier maquis des FTPF à Caixas (Pyrénées-Orientales). (Voir Mach Pierre). Une mitraillette Sten, issue de ce maquis, fut produite, après son arrestation lors de son interrogatoire par la Brigade spéciale à Perpignan.

Raoul Vignettes fut arrêté le 28 juillet 1943 alors qu’il revenait de Marvejols (Lozère) où il était allé voir certains jeunes des Pyrénées-Orientales affectés à un chantier de jeunesse, menacés par le STO et à la recherche d’un maquis. Ne les ayant pas trouvés, il revint à Ortaffa. Auparavant, Raoul Vignettes avait récupéré, le 12 juillet, afin de les distribuer, des tracts clandestins de la JC intitulés Pour un Quatorze juillet de combat.

Des inspecteurs de la Police judiciaire intégrés dans les Brigades spéciales vinrent l’arrêter chez lui à midi. Deux responsables régionaux de la JC avaient été arrêtés le 1er et le 12 juillet. L’Héraultais Marceau Dupin, cadre interrégional du PC, fut arrêté à Perpignan le 8 juillet 1943 chez Antoine Tomas, militant communiste héraultais domicilié à Perpignan, route de Salses, et commissaire aux effectifs régional des FTPF. Des armes et des documents concernant les FTPF des Pyrénées-Orientales furent retrouvés. [Dupin-23375], quant à lui, portait une vingtaine de « bios » de communistes catalans. Ces deux arrestations furent suivies, le 13 juillet, de 27 perquisitions de « communistes notoires » et provoquèrent dix-neuf autres arrestations dans le département dont celle de Raoul Vignettes. Parmi les chefs d’accusation retenues collectivement contre les vingt-et-un communistes arrêtés entre le 15 et le 28 juillet 1943 figuraient : « activité communiste, dépôt d’armes, évasion d’internés administratifs, falsification et usage de fausses cartes d’identité de Français ».

Raoul Vignettes fut bien défendu par Me Paul Sacaze — ancien d’Action française devenu résistant avec qui il se lia d’amitié — qui, aussi bien à Perpignan en première instance que devant la Section spéciale de Montpellier, communiqua une lettre qui fut lue par son avocat désigné d’office. Ensuite, avec les autres détenus communistes arrêtés dans le cadre de la même affaire il fut transféré de la maison d’arrêt de la rue Derroja de Perpignan à la prison de la rue du Château à Montpellier (Hérault). De Perpignan à Montpellier, il fut enchaîné dans un fourgon cellulaire avec Benjamin Descossy.
La Section spéciale de Montpellier le condamna à un an de prison. Il fut écroué à la centrale d’Eysses le 8 février 1944 après avoir circulé entre Montpellier et Tonneins (Lot-et-Garonne) dans un train qui évitait de stopper dans les gares, afin d’éviter les manifestations de solidarité envers les prisonniers. Il participa à l’organisation clandestine des détenus politiques d’Eysses puis à la révolte de mai 1944. il fut livré, le 30 mai 1944 à la division Das Reich et déporté en Allemagne. Cependant, l’enquête préfectorale locale faisait état de l’avis des préfet et sous-préfet qui, le 12 mai 1944, notaient qu’il fallait le libérer, ainsi que Benjamin Descossy de Palau-del-Vidre et Robert Sabardeil, de Pia (Pyrénées-Orientales). Corinne Jaladieu, historienne des détenus d’Eysses déportés en Allemagne estime que cet avis de libération était assez rare en mai 1944 et était réservé aux petites peines.

Membre du « bataillon d’Eysses », Raoul Vignettes participa à la révolte des détenus politiques de la centrale. Livré le 30 mai 1944, avec les autres révoltés à la division Das Reich, il fut conduit à la gare de Penne-d’Agenais (Lot-et-Garonne). De là, le convoi ferroviaire mit trois jours pour atteindre Compiègne (Oise).

Interné au camp de Royallieu à Compiègne (Oise), il fut transporté à Dachau (Bavière, Allemagne) par le convoi ferroviaire qui quitta la gare de cette ville le 18 juin 1944. Vignettes et ses compagnons d’infortune arrivèrent en gare de Dachau le 20 juin à 14 heures

Au bout de quelques jours, il quitta le camp principal de Dachau pour le commando d’Allach. où il fut employé à la fabrication de moteurs d’avions pour le compte de BMW. Une robuste constitution et la solidarité entre détenus permirent à Vignettes de survivre jusqu’à la Libération du camp par les Américains le 30 avril 1945. Il noua à Allach de solides et indéfectibles amitiés, en particulier avec Vincent Badie, député radical de l’Hérault et résistant de ce département. L’épreuve de la déportation lui fit connaître et apprécier des hommes qui n’avaient pas embrassé les mêmes engagements que lui et avaient participé à la Résistance dans un autre cadre. Elle permet de comprendre l’absence sectarisme dont il sut faire preuve à de multiples reprises dans ses activités militante. Rapatrié, il arriva à Perpignan le 2 juin 1945, après avoir séjourné à Meinau et à Reichenau, près de Constance.
Son internement et sa déportation, expérience traumatisante, nourrirent la réflexion de Raoul Vignettes qui, longtemps après, rédigea un récit autobiographique.

Installé à nouveau à Ortaffa, il fut bientôt appelé à occuper des postes de responsabilité dans une fédération communiste sur laquelle André Marty conservait la haute main. Le retour à « la production », c’est à dire la disgrâce du secrétaire fédéral en poste depuis 1945, Léopold Roque permit sa promotion au poste de secrétaire fédéral dès 1947. Vignettes a expliqué en 2001 à l’auteur de cette notice combien la volonté du mutin de la mer Noire s’appliquait sans partage sur « sa » fédération. Beaucoup plus tard, il désapprouva son exclusion du parti en 1952, considérant qu’elle était injustifiée et regretta de l’avoir considéré comme « traître ». Mais, si, avant 1952, il admirait André Marty, il redoutait ses terribles colères et sa manie « paranoïaque » concernant l’organisation de sa sécurité personnelle que Vignettes se devait d’organiser organisait méticuleusement en tant que était secrétaire fédéral.

Devenu permanent politique, Raoul Vignettes marqua de son empreinte la fédération des Pyrénées-Orientales qu’il dirigea pendant plus de quatorze ans, jusqu’à la conférence fédérale du 30 avril 1961. Raoul Vignettes occupa, le premier dans l’ordre hiérarchique (secrétaire politique), la tête d’un secrétariat tricéphale ou quadricéphale, à partir de du 6 mai 1951, avec Fernand Cortale et Adrien Vidal, ouvrier coiffeur, ancien du maquis FTPF du Canigou « Henri-Barbusse » ; en février 1953, avec Fernand Cortale et Gérald Andreu ; à partir du 16 mai 1954, avec Fernand Cortale, Gérald Andreu et Gaston Igonet à partir du 13 avril 1956, avec Fernand Cortale et Joseph Albert, du 7 avril 1957 au 30 avril 1961. Le 30 avril 1961, il fut rétrogradé au bureau fédéral, laissant son poste à Joseph Albert et y demeura jusqu’au 3 juin 1962.

Il fut candidat aux élections législatives du 2 janvier 1956, en troisième position sur la liste du PCF, après André Tourné et Gaston Igonet. La liste communiste réunit 35, 2 % des suffrages exprimés et permit la réélection d’André Tourné. Il fut aussi le candidat du PCF au renouvellement partiel des 20 et 27 avril 1958 du conseil général dans le canton de Perpignan-Est. Il affrontait le sortant, le sénateur radical Joseph Gaspard, le socialiste SFIO André Daugnac et « l’ indépendant » Rémy Desclaux. Le deuxième tour permit à Gaspard qui bénéficiait du désistement de Daugnac et de Desclaux de l’emporter sur Vignettes.

Vignettes se présenta aussi à des scrutins municipaux.
Raoul Vignettes fut élu conseiller municipal d’Ortaffa aux élections municipales d’octobre 1947. Lors du renouvellement général des conseils municipaux du 14 mars 1953, il fut candidat à Perpignan sur la liste présentée par la PCF et conduite par André Tourné. Celle-ci obtint onze sièges contre treize à la liste radicale conduite par François Delcos, huit à la site socialiste SFIO conduite par le maire sortant Félix Depardon et quatre à la liste « indépendante » (droite) conduite par Pierre Lafont. Vignettes fut celui des candidats communistes qui obtint le plus de voix (7570), après André Tourné. Trois autres listes — dont celle de Victor Dalbiez (ancien maire radical de Perpignan) regroupant des militants de l’Union progressiste et de la « Nouvelle gauche » — n’eurent aucun élu. Le PCF demeura dans l’opposition municipale face à une majorité socialo-radicale qui reconduisit Depardon au poste de maire. Raoul Vignettes fut tête de la « Liste ouvrière et démocratique présentée par le PCF » à Perpignan lors des élections municipales des 6 et 13 mars 1959. Il fut le candidat communiste qui obtint le plus grand nombre de voix (8074 pour 27187 suffrages exprimés). La liste communiste de plaçait en seconde position derrière celle conduite par Paul Alduy (SFIO dissident) et devant celles de la SFIO emmenée par le maire sortant Félix Depardon, du radical François Delcos et de l’Union des forces démocratiques, UFD (UGS, PSA, Union progressiste, Ligue des Droits de l’Homme, radicaux mendésistes). Au second tour, Raoul Vignettes favorisa la constitution d’une liste d’Union de la Gauche à partir de la fusion d’une partie de la liste de la SFIO avec celles du PCF et de l’UFD. Il figura en seconde position derrière Félix Depardon et obtint le plus grand nombre de voix devant René Chauvet (PSA), Albert Estève (PCF) et Félix Depardon. Cette liste faisait face à deux concurrentes, la liste de Paul Alduy et celle, constituée entre les deux tours, conduite par le sénateur Léon-Jean Grégory (SFIO). Mais la liste d’union des gauches, arrivée en deuxième position n’eut aucun élu, la nouvelle loi électorale donna la totalité des sièges à la liste arrivée en tête, celle d’Alduy. Très connu et apprécié à Perpignan, Vignettes a su saisir, après la proclamation de la Cinquième République, les aspirations unitaires d’une grande partie de la gauche et s’est efforcé de les concrétiser en devenant, avec les militants des groupes constitutifs de l’Union de forces démocratiques, un des maîtres d’œuvre de cette liste unitaire.
Secrétaire fédéral, Raoul Vignettes, eut à gérer l’action clandestine en faveur du PCE (Parti communiste d’Espagne), organisation interdite en France depuis 1950 et le déclenchement de l’opération Boléro-Paprika (1950-1951). Il assura la logistique des passages en territoire espagnol de militants et de documentation (dans un premier temps, à la fin des années 1940, le PCE essaya de porter à bout de bras des foyers de guérilla anti-franquiste en Espagne. Il a raconté en catalan certains ce ces épisodes liés au soutien au PCE dans un téléfilm produit en 2001 par TV 3 (chaîne catalanophone de Barcelone). Une partie de ces passages s’effectuaient par le Vallespir, via Saint-Laurent-de-Cerdans (Voir Sabatier Émile).. Ces réseaux clandestins reçurent le soutien des cheminots de la gare frontalière de Cerbère (Pyrénées-Orientales) et des dockers de Port-Vendres. Par la suite, pendant la Guerre d’Algérie, les filières clandestines qu’il animait furent aussi mises au service de communistes algériens. Sa fille Danielle se souvient que des militants espagnols ou algériens passèrent la nuit dans l’appartement familial aux HLM des Haras de Perpignan.
Pendant les années 1945-1961, Raoul Vignettes noua de solides liens d’amitié avec Ludovic Massé, instituteur et écrivain de grand talent, proche des anarchistes avant 1939 et qui, du fait de ses convictions pacifistes intransigeantes, avait refusé tout engagement dans la Résistance, ce qui lui avait provoqué en retour, officiellement, la solide inimitié du PCF. La fréquentation d’un homme décrié et montré du doigt, « sulfureuse » pour un secrétaire fédéral du PCF en poste en pleine guerre froide fut à la base fut pour le moins inattendue.

La conférence fédérale des Pyrénées-Orientales du 30 avril 1961 entérina son abandon du secrétariat fédéral en faveur de Joseph Albert. Elle décida son maintien au bureau national auquel ne le réélut pas la conférence du 3 juin 1962. Entre temps, il avait quitté Perpignan pour Marseille (Bouches-du-Rhône) et cessa d’exercer des responsabilités politiques au sein du PCF. Sa fille Danielle estime que son père, sollicita ce changement de fonctions car il était lassé par l’action politique au jour le jour dans le cadre de fonctions dirigeantes.

À partir de 1961, il commença en effet, une nouvelle carrière dans laquelle il s’épanouit et qui ne lui apporta que satisfactions. Il devint journaliste au quotidien communiste La Marseillaise. Dans un premier temps, il fut chef du service des correspondants (pour les départements des Bouches-du-Rhône, du Vaucluse, du Gard et de l’Hérault). Par la suite, il devint chef du service des sports, fonction qui comblait ses souhaits.. Toujours aussi sportif, il mit à profit son séjour dans la cité phocéenne pour pratiquer assidûment la plusieurs sports. Mais ses fonctions lui permirent de se lier d’amitié avec des sportifs, et des dirigeants de clubs : André Leducq (cycliste professionnel qu’il initia à la plongée sous-marine), Jacques Maillol (Le grand bleu), les plongeurs de « La Calypso » — qu’il avait, précédemment, reçus à Port-Vendres —, Pape Diouf, de l’Olympique de Marseille dont il devint un dirigeant, qu’il connut comme pigiste à La Marseillaise et qui fut l’un de ses meilleurs amis.

À la retraite en 1980, il revint s’installer à Ortaffa. Il demeura longtemps membre du PCF. Mais, au fil du temps, il était devenu très critique à l’égard du régime soviétique et l’évolution des régimes « socialistes » de l’Europe centrale orientale lui posait problème. Comme il l’écrivit lui-même dans son récit autobiographique (op. cit., p. 115), il fut « surpris et désarçonné » par la chute du régime soviétique en 1991. Dans les années qui suivirent il s’écarta de plus en plus du PCF. En 2002, il confia à l’auteur de cette notice qu’il n’avait pas repris sa carte du parti, ce que ne mentionna pas le rédacteur de sa nécrologie dans Le Travailleur catalan.

Jusqu’à son décès, il consacra une grande partie de son temps à l’ANACR, siégeant dans ses instances dirigeantes et accédant en 1996 à la présidence départementale de l’association. Il contribua à réhabiliter l’action pendant la Résistance des communistes espagnols de l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles) trop souvent ignorée par le PCF. Il travailla inlassablement à faire connaître la Résistance dans toutes ses composantes, participant aux commémorations des lieux où celle-ci s’était illustrée dans les Pyrénées-Orientales. Par exemple, il ne manquait jamais, au début du mois d’août, la célébration des tragiques événements de Valmanya, exaltant le sacrifice de Julien Panchot du maquis Henri-Barbusse (FTPF). Il s’investit avec les professeurs d’histoire des lycées et collèges du département dans l’organisation et la correction du concours de la Résistance et de la déportation. Il participait volontiers, à cette occasion (et jusqu’en 2005), à l’animation de débats avec les lycéens et les collégiens. Il fut membre du bureau national de l’ANACR jusqu’en 2005.

Il mourut après une brève maladie. Ses obsèques civiles eurent lieu à Ortaffa le 23 septembre 2005. Il fut inhumé au cimetière de cette commune. En présence d’une nombreuse assistance où l’on remarquait, autour de la famille et des villageois, nombre d’anciens résistants et de militants de son parti, parmi lesquels Jacky Pugnet, Henri Costa ancien secrétaire fédéral, et Nicolas Garcia, maire d’Elne réélu en 2001. Le maire d’Ortaffa lui rendit hommage. À sa suite n’intervinrent que des représentants d’associations de résistants, Josette Forgues née Torrent, pour l’ANACR des Pyrénées-Orientales, Saloni pour les anciens prisonniers (ACPO-ATM) et Jacques Veyrié, ancien principal du collège de Thuir au nom des Amis de la Résistance de l’ANACR.

Raoul Vignettes devint chevalier de Légion d’honneur en 1988 et officier en 2002. Il était titulaire de la médaille de la Résistance et de la Croix du combattant volontaire de la Résistance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article182793, notice VIGNETTES Raoul, Michel, Honoré par André Balent, version mise en ligne le 23 juillet 2016, dernière modification le 2 mai 2022.

Par André Balent

Raoul Vignettes avant 1939 à Elne, joueur de la Jeunesse sportive illibérienne (rugby à XV)
Raoul Vignettes avant 1939 à Elne, joueur de la Jeunesse sportive illibérienne (rugby à XV)
Archives de Danielle Rouveyre, fille de Raoul Vignettes
La Libération du camp de Dachau-Allach, 30 avril 1945. Une croix blanche montre Raoul Vignettes.
La Libération du camp de Dachau-Allach, 30 avril 1945. Une croix blanche montre Raoul Vignettes.
Archives de Danielle Rouveyre, fille de Raoul Vignettes
Réunion publique de la fédération des Pyrénées-Orientales du PCF (1950). À la tribune, Raoul Vignettes, secrétaire fédéral, appaudit. Dans l'angle de la pièce, on aperçoit André Tourné*
Réunion publique de la fédération des Pyrénées-Orientales du PCF (1950). À la tribune, Raoul Vignettes, secrétaire fédéral, appaudit. Dans l’angle de la pièce, on aperçoit André Tourné*
Archives de Danielle Rouveyre, fille de Raoul Vignettes
Pablo Picasso* lors d'un de ses séjours à Perpignan au siège de la fédération départementale du PCF, rue de l'Argenterie le 6 septembre 1954. À sa droite, Raoul Vignettes
Pablo Picasso* lors d’un de ses séjours à Perpignan au siège de la fédération départementale du PCF, rue de l’Argenterie le 6 septembre 1954. À sa droite, Raoul Vignettes
Cliché Jauzac, Perpignan. Archives de Danielle Rouveyre, fille de Raoul Vignettes Cette photographie a été publiée dans Le Travailleur catalan du 11 septembre 1954.
Raoul Vignettes et sa femme, Aline, Ortaffa, 2000
Raoul Vignettes et sa femme, Aline, Ortaffa, 2000
Archives Danielle Rouveyre, fille de Raoul Vignettes

ŒUVRES : En dehors des articles de presse (Le Travailleur catalan, Miroir du Rugby, Miroir du cyclisme, La Marseillaise), Raoul Vignettes a publié deux livres : Les rues qui nous interpellent, Saint-Estève, Imprimerie de la gare, 1999, 45 p. ; Mémoires d’un rescapé, Saint-Estève, Imprimerie de la gare, 2001, 134 p. [autobiographie, Seconde Guerre mondiale].

SOURCES : Arch. Dép. Lot-et-Garonne, 940 W 61, registre et dossier d’écrou de la centrale d’Eysses ; 950 W 11. — Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 94 W 82, EL de 1958, notes des renseignements généraux (16 octobre 1958, 27 octobre 1958). — Roger Bernis, Roussillon politique du réséda à la rose … 1. Le temps de quatrième, Toulouse, Privat, 1984, 286 p ; [pp. 59, 88, 96]. — Michel Cadé, Le parti des campagnes rouges. Histoire du Parti communiste dans les Pyrénées-Orientales 1920-1939, Marcevol, Éditions du Chiendent, 1988, 346 p. — Léo Figuères, Jeunesse militante. Chronique d’un jeune communiste des années 30-50, Paris, Éditions sociales, 1971, 299 p. [p. 77, p. 168]. — Georges Sentis, Les communistes et la Résistance dans les Pyrénées-Orientales, tome 1, Dans la tourmente Février 1939-novembre 1942, Perpignan, Marxisme / régions, 19883, 154 p. [p ; 116, p. 119] ; tome 2, Le difficile combat vers la Libération nationale. Novembre 1942-août 1944, t. II, Lille, Marxisme-régions, 1985, 174 p. [p. 50-51, p. 156] ; Les communistes et la Résistance dans les Pyrénées-Orientales. Biographies, Lille, Marxisme / Régions, 1994, 182 p ; [p. 161]. — Raoul Vignettes, Mémoires d’un rescapé, op. cit., 2001. — Le Travailleur catalan, à partir de 1945 et plus particulièrement le numéro du 30 septembre 2005, notice nécrologique. — Livre mémorial de la déportation], en ligne sur le site de la FMD consulté le 23 juin 2016. — Entretiens avec Danielle Rouveyre, fille de Raoul Vignettes, juillet 2016. — Courriel de Danielle Rouveyre, 23 juillet 2016. — Notes de Corinne Jaladieu, professeur d’histoire-géographie, Béziers, 2008. — Nombreux entretiens sollicités (le plus souvent sur des épisodes concrets ou d’autres militants) ou informels avec André Balent (1984-2005).

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