TOURETTE Lucien

Par Olivier Dedieu

Né le 5 février 1913 à Saint-Pargoire (Hérault), mort le 27 décembre 1965 à Saint-Pargoire ; employé de préfecture, militant de la SFIO, du PSA puis du PSU.

Fils unique d’un propriétaire viticulteur , Lucien Tourette naquit dans un village très marqué à droite. Sa famille fut, au contraire, de gauche. Son père était protestant non-pratiquant et de tendance radicale-socialiste. Sa cousine germaine, Eglantine Tourette était la femme de Marcel Valière. Sa belle-famille militait, elle, à la SFIO. Sa femme était la fille de Marius Bru, un proche de Lucien Salette, député socialiste de Sète et originaire de la commune. Elle fut surnommée, d’ailleurs, dans sa jeunesse, « la fille Blum ».

Après sa scolarité au lycée de Montpellier, Lucien Tourette adhéra à la SFIO dès l’âge de dix-huit ans. Militant, il est, en 1937, le secrétaire de la section de Saint-Pargoire. Pendant la guerre, il est épicier à Marseille, sa femme faisant alors ses études à l’école d’infirmières de la ville. Lucien Tourette se fit remarquer par les services de police de l’Hérault pour ses retours fréquents dans sa commune natale, retours qui coïncidaient, selon les propres mots du préfet, « avec une certaine agitation des éléments communistes de la commune ». Arrêté à la gare de Montpellier le 1er juin 1944, il fut écroué à la maison d’arrêt de la ville dans l’attente d’un départ pour le STO prévu le 6 juin. Finalement, grâce à son avocat, il fut libéré le 21 juin 1944 mais fut interdit de séjour dans le département de l’Hérault.

Lucien Tourette revint s’installer dans le département à la Libération, sa femme obtenant un poste à la clinique mutualiste de la ville. Recruté dans l’administration des Ponts et Chaussées, il devint, par la suite, secrétaire administratif à la préfecture. Il fut notamment, en charge, à la direction des collectivités locales de l’application des lois Barangé. Ses nouvelles fonctions permirent à Lucien Tourette de se construire une certaine notabilité dans le village. Il tenait ainsi permanence le dimanche au café du village pour aider et renseigner les habitants.

Militant à la gauche du parti, Lucien Tourette fut un proche de Raoul Bayou et surtout de Marcel Valière. Habitant Montpellier, il fut membre de la section de la ville. Membre de la commission administrative fédérale dès 1946, du bureau fédéral dès 1947, il est responsable fédéral de la presse, dès 1951. localement, il fut secrétaire adjoint de la section de Montpellier en 1954 puis secrétaire de la section de Saint-Pargoire en 1957.

En 1953, eut lieu une élection municipale complémentaire suite à la démission du maire. Lucien Tourette fut élu conseiller municipal. Malgré le soutien de Paul Balmigère venu encourager les élus communistes à voter pour lui pour l’élection du maire, les militants locaux refusèrent, arguant des positions de Tourette relatives à Staline. Suite à cet épisode, il recréa une section locale dont il prit la direction en 1957.

Anti-molletiste, Lucien Tourette n’était pas pour autant partisan de Jules Moch. En 1954, il s’opposa à la liberté de vote des parlementaires au sujet de la C.E.D. Son opposition la plus virulente, ceci étant dit, s’exprima contre la politique de Guy Mollet au gouvernement et à la tête du parti. En 1957, il soutint la motion Depreux et milita contre la guerre d’Algérie. Cette ligne était, au-delà des principes, d’autant plus résolue que son gendre devait faire son service militaire en Algérie. Il tenta, en mars 1958, avec d’autres minoritaires de lancer une propagande interne pour défendre leurs positions mais ils ne purent assumer financièrement que la diffusion de trois numéros. Son opposition à la ligne du parti et à la majorité fédérale amenèrent Charles Alliès (voir ce nom) à lui retirer ses fonctions de délégué à la presse en octobre de la même année, tout en le menaçant d’une convocation devant la commission des conflits. Il lui fut alors reproché d’avoir fait une campagne active pour le Non au référendum, publiant des articles dans ce sens et tenant un meeting avec le Parti communiste. Finalement, le bureau fédéral décida de ne pas le convoquer devant la commission des conflits pour ne « pas attiser le feu » selon les mots de Charles Alliès. Interpellant ce dernier pour savoir pourquoi il n’était toujours pas convoqué, Lucien Tourette finit par démissionner de la SFIO le 8 avril 1959.

Au début de cette année-là, il rencontra, avec d’autres minoritaires locaux, Robert Verdier venu à Montpellier. Il suivra ce dernier et rejoindra le PSA dont le sera le secrétaire administratif fédéral. L’année suivante, lors de la création du PSU, il assumera les mêmes fonctions dans le premier bureau de l’organisation. Il milita activement jusqu’à la fin de la guerre d’Algérie.

Syndicalement, Lucien Tourette était membre du syndicat FO. Il fut aussi engagé dans le mouvement sportif, participant à l’équipe dirigeante du club de jeu à treize de Montpellier. Enfin, il fut membre de la Libre pensée et adhéra, vers la fin de sa vie à la franc-maçonnerie. Membre de la loge Auguste Comte de la Grande Loge de France, il en fut apprenti en 1963 et compagnon en 1965. À son décès, il eut à enterrement maçonnique à Saint-Pargoire.

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Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article182857, notice TOURETTE Lucien par Olivier Dedieu, version mise en ligne le 27 juillet 2016, dernière modification le 29 juillet 2016.

Par Olivier Dedieu

SOURCES : Arch. Dép. Hérault, 18 W 7, 338 W 59, 356 W 153 et 169, 406 W 4, 541 W 56 et 154, 542 W 154, 785 W 20, 1000 W 261– Arch. de l’OURS, dossiers Hérault – délégués généraux. — Arch. Privées - Combat socialiste (1947-1959), Tribune du Languedoc (1966-1967). –Fabien Nicolas, Olivier Dedieu, « L’émergence d’une « gauche capacitaire » dans l’Hérault ? Le PSU face à l’hégémonie des partis de gauche entre rupture et adaptation (1960-1971) in Le PSU vu d’en bas, Réseaux sociaux, mouvement politique, laboratoire d’idées (années 1950 – années 1980), Tudi Kernalegenn, François Prigent, Gilles Richard, Jacqueline Sainclivier (Dir.), Rennes, P.U.R, 2010, p189-204. — Entretiens avec Georges Devis et Pierre Antonini,

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