WEBER Charles

Par Jean Limonet

Né le 23 mars 1942 à Saint-Chamond (Loire) ; métallurgiste à Cégédur-Péchiney (1959), aux Forges de Saint-François à Saint-Étienne (1964) ; permanent de l’URSM de Loire et Haute-Loire (1971), conseiller fédéral de la Fédération de la métallurgie CFTC-CFDT (1963-1979) ; conseiller à la MACIF (1980-2000) ; président d’une société coopérative ; membre du PS.

Issu d’une famille originaire d’Alsace, fils de Georges Weber né à Saint-Étienne, métallurgiste chez Marel à Rive-de-Gier, et d’Antonine Valeyre née à Usson-en-Forez, mère de famille, demeurant à Rive-de-Gier dans le quartier dit « du Maroc », Charles Weber fut l’aîné de trois enfants. Ses parents participèrent tout au long de leur vie à des activités sociales, notamment à la CFTC pour son père, et à l’Action catholique ouvrière (ACO).

Charles Weber fut scolarisé dans une école privée à Rive-de-Gier dans le quartier du Molard jusqu’à l’âge de douze ans, puis dans une école religieuse. Ayant arrêté ses études à dix-sept ans, il trouva un emploi de métallurgiste chez Cégédur-Péchiney, usine de production de profilés rattachée à la sidérurgie fine qui employait plusieurs centaines de salariés à Rive-de-Gier. Il embaucha le 29 avril 1959 à l’usine de Couzon, tout en suivant des cours du soir en métallurgie et essai mécanique. Il y resta jusqu’au 21 mars 1964 puis, grâce à la formation qu’il avait acquise, entra deux jours plus tard aux Forges de Saint-François à Saint-Étienne comme contrôleur avec la qualification de MP3 (mensualisé professionnel troisième catégorie). Cet établissement comptait 210 salariés et faisait partie du groupe Creusot-Loire Empain-Schneider rattaché à la branche de la sidérurgie fine. Il avait été appelé le 20 mars 1961 – puis à plusieurs reprises – à se présenter devant le conseil de révision, et avait été finalement exempté le 14 octobre 1963, pour cause de santé.

En lien avec les prêtres de la paroisse de Notre-Dame, en particulier avec Henri Sabot, prêtre-ouvrier, Charles Weber avait adhéré en 1959 à la JOC dans la section de Rive-de-Gier. Il avait rencontré alors de nombreux jeunes militants jocistes de la branche « aînés » et, ensemble, ils avaient engagé des réflexions qui avaient débouché sur la nécessité d’actions ouvrières qui rejoignaient celles des organisations syndicales.

Son père à cause de son engagement à la CFTC et du souci qu’il avait d’éveiller ses enfants à l’action collective décida seul de rencontrer Frédo Moutet, alors responsable syndical sur Rive-de-Gier, pour lui demander que son fils puisse adhérer à la CFTC. Charles Weber trouva cette démarche inutile, car il avait déjà fait son choix. En effet, dès 1960, il adhéra à la CFTC, à la section de Cégédur, ce qui pour lui était la suite logique de ses réflexions et activités, alors qu’il vit, avec surprise, certains de ses camarades adhérer à la CGT. Il fit connaissance avec des syndicalistes CFTC élus du personnel, notamment Jean Peyrard, Claudius Valeyre. Il fut intégré au sein de la section syndicale et présenté aux élections professionnelles à l’âge de vingt et un ans. Une fois élu, il participa à toutes les activités syndicales dans l’entreprise en particulier aux négociations portant sur le temps de travail, les salaires, les conditions de travail et les classifications. Il prit également part aux réunions du syndicat de Rive-de-Gier où il rencontra Frédo Moutet, Roger Bonnard de Marel Frères, Guy Defrance d’Usinor, Camille Barou.

Charles Weber s’impliqua beaucoup dans la section syndicale d’entreprise dans le débat interne à la CFTC en vue de construire une véritable organisation syndicale laïque et démocratique. Le syndicat se positionna pour l’évolution et le mandata pour participer et le représenter au congrès confédéral de juin 1963 qui décida la tenue d’un congrès extraordinaire en 1964. Celui-ci se tint les 6 et 7 novembre 1964 qui vit la CFTC devenir la CFDT.

Nouvellement salarié aux Forges de Saint-François à Saint-Étienne, Charles Weber avait été accueilli et intégré immédiatement dans une section syndicale CFTC, faible en nombre d’adhérents et animée par Elio Pozzera. Après un an de présence, il fut élu délégué du personnel et, avec les autres élus, engagea de nombreuses actions dans l’entreprise. Développant des actions sur les conditions de travail et les salaires, l’influence de la CFDT augmenta et son nombre d’adhérents progressa jusqu’à devenir majoritaire. Appelé à prendre de nouvelles responsabilités, il accepta de rejoindre l’équipe du bureau animé alors par Georges Granger secrétaire général, accompagné de Jean Faure, Michel Coynel et de nombreux autres militants. Lorsque Georges Granger devint secrétaire général de l’Union régionale ses syndicats de la métallurgie CFDT de la Loire et de la Haute-Loire en 1968, succédant ainsi à Frédo Moutet élu secrétaire national de la FGM, Charles Weber fut élu secrétaire général du syndicat de Saint-Étienne. À cette époque, le syndicat rassemblait un grand nombre de sections syndicales dont certaines au sein de grandes entreprises comme la CAFL, Ondaine et Firminy, Mavilor, HES Sfac, SSCM, Bedel, Peugeot, Francolam Nyfeler et de nombreuses PME dont les garages, etc.

Depuis 1968, le développement du nombre de sections syndicales permit l’arrivée de nouveaux adhérents – plusieurs milliers – entraînant de nouveaux besoins de formation, d’organisation et de structuration. Pour répondre à ces besoins, il fut confié à Charles Weber la responsabilité, en avril 1971, de deuxième permanent à l’URSM, responsabilités qu’il allait exercer jusqu’à la fin de son mandat le 5 janvier 1980. Il fit partie de l’exécutif composé de Laurent Dupuis, Pierre Péletier, Bernard Boulon, Pierre Reynaud, Jean Patouillard, etc. Avec le statut de secrétaire du syndicat puis de permanent de l’URSM, Charles Weber anima avec Georges Granger des sections syndicales de l’ensemble de la vallée du Gier chez Marel-Mavillor, les Forges Stéphanoises, Creusot-Loire, de la vallée de l’Ondaine chez Moulin Derveau, Dorian-Holtzer-Jackson et une partie de Saint-Étienne.

Ses interventions portaient particulièrement sur la préparation des négociations d’entreprises et sur les formations indispensables pour le bon fonctionnement des représentants syndicaux. De nombreux conflits d’entreprises avec occupations furent des périodes de mobilisation intense et importante. Il participa aux négociations des conventions collectives de la métallurgie dans la Loire et une partie de la Haute-Loire à partir des négociations nationales entre les fédérations syndicales et le patronat de l’Union des industries minières et de la métallurgie (UIMM) concernant les accords sur la réduction hebdomadaire du temps de travail, compensée partiellement en matière de salaire, les accords sur les classifications dans la branche, sur la mensualisation des catégories de salariés encore payés à l’heure et qui permit de nouvelles garanties en cas de maladie et surtout sur les salaires minimaux pour les métallurgistes qui travaillaient dans les PME, sans avoir de couvertures sociales. Toujours dans cette même période, de nombreux conflits se développèrent à la suite des suppressions d’emplois et des licenciements. Cela fut le cas chez Marel à Rive-de-Gier, chez Sablé international, etc. Des accords permirent d’obtenir le maintien de certains emplois et d’obtenir pour un grand nombre de salariés un reclassement comme pour les salariés de Creusot-Loire, ou dans la sidérurgie avec la CGPS, etc.

Un des conflits les plus importants se déroula chez Peugeot en avril mai 1973. Charles Weber se mobilisa aux côtés de la section CFDT avec Michel Coynel, Pierre Guinand comme principaux animateurs de la grève. Le conflit portait sur les salaires, la prime d’ancienneté et de transport et les classifications alors que la direction ne voulait pas reconnaître les organisations syndicales pour négocier. La grève dura 47 jours d’avril à mai. Le mouvement reçu des soutiens des autres établissements Peugeot en France et en Argentine. La direction répliqua à l’occupation par une opération commando en sollicitant une entreprise d’intérim, La Siter, et principalement l’usine Furnon. 70 mercenaires en treillis équipés de matraques déboulèrent dans l’usine, mais ils se trouvèrent encerclés par de très nombreux salariés. Le préfet donna l’ordre à la police et aux CRS d’intervenir pour évacuer les 70 mercenaires. Une manifestation regroupant plus de 5 000 personnes montra la solidarité des salariés de la région stéphanoise et de tout le groupe, avec la présence d’une forte délégation de Peugeot Sochaux conduite par Michel Gay, ancien salarié de Peugeot, permanent CFDT de Franche-Comté. La reprise du travail se fit le 21 mai avec un accord portant sur des garanties salariales, l’obtention d’une prime d’ancienneté pour les salariés non mensualisés, une prime de transport ainsi que la mise sur pieds d’une commission sur les conditions de travail.

Lors d’un déplacement en voiture pour rencontrer l’équipe syndicale de la section de l’entreprise Teyssier à Saint-Sigolène, Charles Weber eut au retour un très grave accident de la circulation en 1973. Il fut transporté à l’hôpital de Firminy, où il resta dans le coma durant quelques heures, ayant perdu l’usage de la parole et n’arrivant plus à écrire, avec un côté paralysé. Avec des soins appropriés, il put reprendre pleinement ses activités aussi bien à l’URSM qu’au conseil fédéral dont il était membre depuis 1971. Il termina son mandat le 5 janvier 1980.

Entre-temps, Georges Granger, secrétaire général de l’URSM, avait été élu en 1976 secrétaire national de la FGM, et Michel Vincent des ARCT de Roanne lui succéda. Un travail commun entre Michel Vincent et Charles Weber se développa pour la région métallurgie et le conseil fédéral. Par ailleurs ce dernier prit une responsabilité de suivi du secteur interprofessionnel dans l’Yssingelais.

Charles Weber, au nom de l’URSM, rencontra régulièrement les autres Unions Métaux de la région Rhône-Alpes. Les rencontres réunissaient les permanents de Lyon-Ain avec Jean-Marie Pages et Brigitte Milhomme, des deux Savoie avec Jean Ducret et Marc Cadoret, de l’Isère, Drôme-Ardèche avec Georges Dupond, Marc Fléchet et Daniel Gagnaire. Ces rencontres avaient pour but de coordonner les analyses et actions de la métallurgie et prendre des positions communes face aux chambres patronales respectives internes à la région Rhône-Alpes. Ces mêmes rencontres servirent également à prendre souvent des positions différentes face aux analyses réalisées par l’Union régionale interprofessionnelle ou encore avec l’UD du Rhône sur les orientations de la CFDT, ou de la Fédération de la Métallurgie.

Du fait de l’implantation dans la Loire d’entreprises comme Bedel, les Forges Saint-François, Marrel, CAFL, et avec une forte présence de la CFDT, toutes rattachées à la branche de la sidérurgie fine, Charles Weber fut désigné pour participer aux travaux de la branche nationale de la sidérurgie fine qui traversait de nombreuses transformations techniques, géographiques et humaines, entraînant un grand nombre de fermetures d’établissements et de suppressions d’emplois. Ce fut à ce titre qu’il participa aux négociations qui portèrent sur une modernisation et une reconversion de cette branche industrielle. Cette reconversion put se réaliser grâce aux mobilisations syndicales et à l’obtention d’une CGPS Convention générale de protection sociale négociée dans la sidérurgie et dans le cadre du traité CECA, Communauté européenne du charbon et de l’acier. Parallèlement, de nouvelles installations modernes se montaient sur les côtes à Fos-sur-mer et à Dunkerque.

En mai 1971, Charles Weber fut élu membre du conseil fédéral de la Fédération générale de la métallurgie (FGM) au congrès national de Dijon, responsabilité qu’il allait assumer jusqu’à la fin de 1979. À ce même congrès, Jacques Chérèque fut élu secrétaire général de la Fédération et les syndicats de la métallurgie du département de la Loire comptèrent de nombreux membres au conseil fédéral : Frédo Moutet, Georges Granger, Charles Weber et Michel Vincent.

À la fin de son mandat dans la métallurgie et lors de l’implantation d’un nouveau bureau de la MACIF, le 6 janvier 1980, Charles Weber prit un nouvel emploi de conseiller dans l’établissement de Saint-Étienne Bergson. Ses responsabilités professionnelles portèrent essentiellement sur les contacts auprès des assurés, sociétaires. Il occupa cet emploi jusqu’à la fin de décembre 2000. Après un an de présence et ayant découvert le mauvais fonctionnement syndical interne dans l’établissement, il prit de nouvelles responsabilités syndicales avec un mandat national de délégué désigné par la fédération des Services. Il assume une double responsabilité, celle concernant le statut de travail des salariés et celle des missions de la MACIF. L’accord d’entreprise fut totalement renégocié sur les classifications, le temps de travail fixé à 31h 30 par semaine, une association nationale de loisirs organisée pour les salariés de l’entreprise. Un travail fut engagé sur la nature de la MACIF entre les délégués CFDT et des autres organisations syndicales des établissements et la confédération CFDT, avec Henri Lourdelle et Jean Marie Spaeth pour donner un véritable sens et contenu de ce que peut être la démarche mutualiste et sa mise en œuvre. Fin décembre 2000, Charles Weber put utiliser les dispositions des contrats ARPE (Allocation de remplacement pour l’emploi), permettant à la MACIF d’embaucher un salarié à plein-temps en libérant Charles Weber et en le mettant en situation de recherche et de demandeur d’emploi jusqu’à sa retraite le 30 mars 2002.

Une fois à la retraite, il poursuivit ses engagements en cours, acceptant également la présidence d’un conseil de gérance de 160 logements où il occupe un appartement depuis 1974. Il développa une action de réhabilitation de l’ensemble pour moderniser et assurer les nouvelles conditions d’habitat avec les dernières normes modernes dans la perspective de retrouver l’animation et le bien vivre qui existaient avant la crise de l’emploi. Par ailleurs, accompagné de son épouse Thérèse, il participa à de nombreuses activités au sein d’associations de solidarité. Thérèse Weber fit partie du conseil de la FCPE (fédération des conseils des parents d’élèves) du lycée du Mont de Saint-Étienne, ainsi qu’au conseil départemental de 1975 à 1985. Elle s’investit dans plusieurs conseils d’administration d’associations de solidarité dans le quartier de Montreynaud : « Le caba », collectif pour aider la gestion du budget familial avec l’achat de produits alimentaires avec des ristournes permettant des économies pour des dépenses prévues ou non, en lien avec la banque alimentaire ; « Le panier de la colline » association aussi liée à la banque alimentaire qui prit fin arrêtée en 2002 ; l’ASIM, (accueil solidarité insertion Montreynaud) destiné à la réinsertion d’anciens malades ; l’AGEF (association de gestion de l’ensemble forum) association de quartier d’animation pour enfants, adolescents et spectacles pour adultes ; l’ALCPM (association laïque et citoyenne pour Montreynaud) qui est encore en 2016 une maison de quartier.

Charles Weber s’était marié avec Thérèse Bergère, militante à la JOCF, le 4 juillet 1964. Militants de l’ACO, ils eurent trois enfants, Geneviève (1965), Annie (1967), Marc (1972), et sept petits-enfants. En plus de ses activités sur le quartier, Thérèse Weber travaille (en 2016) avec le Secours catholique et le Secours populaire.

Charles Weber est, en 2016, adhérent au PS depuis 1971.*

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article182894, notice WEBER Charles par Jean Limonet, version mise en ligne le 29 juillet 2016, dernière modification le 29 juillet 2016.

Par Jean Limonet

SOURCES : Archives du syndicat de la métallurgie de Saint-Étienne. — Archives interfédérales FGM-FGMM, CFTC-CFDT. — Marcel Caille, Les truands du patronat, Éditions sociales, 1977. — Étienne Davodeau, Benoît Collombat, Cher pays de notre enfance. Enquête sur les années de plomb de la Ve République, Édition Futuropolis, 2015. — Gilbert Palasse, « Un peu d’histoire de la région stéphanoise », 4 avril 2004. — Correspondance avec Charles Weber, 2, 6, 14 et 20 juin 2016. — Entretien, 1er juillet 2016 à Saint-Étienne.

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