EPSTEIN Alfred [pseudonyme dans la Résistance : ETTER Alfred ]

Par Jean-Marie Guillon (à partir du travail de Robert Pinel et de Mémoire Résistance HB)

Né le 13 juin 1901 à Kenzingen (Bade-Wurtemberg, Allemagne), tué le 22 février 1944 à Eygalayes (Drôme) ; salarié du textile ; maquis Ventoux, Armée secrète (AS).

Alfred Epstein était issu d’une famille juive du Bade-Wurtemberg. Il était le fils de Michael Epstein, commerçant en grains et en bestiaux, et de Karolina Dreyfus. La famille qui avait six enfants résidait à Kenzingen où il fit ses études, avant de partir travailler à Francfort (land de Hesse) dans une entreprise textile, la société Vestimenta. C’est là qu’il rencontra Elie Charlotte Frölich avec qui il se maria en 1930, dans la banlieue de Francfort, à Butzbach. Il suivit son premier patron qui s’installa au Luxembourg, à La Rochette, en 1933. Lors de l’invasion allemande en 1940, suivant son deuxième patron, en compagnie de quatre autres familles juives, il tenta de pénétrer au Portugal afin de partir à Cuba, mais la police portugaise les refoula sous prétexte de faux visas. Ils se replièrent dans le Vaucluse, à Robion et à Maubec. C’est dans ce village proche de Cavaillon qu’Alfred Epstein, son épouse et sa belle-mère qui, devenue veuve, les avait rejoints au Luxembourg, s’installa. Il travaillait comme ouvrier agricole, mais, étant donné son origine, il fut immatriculé dans un Groupement de travailleurs étrangers (GTE). C’est pourquoi la police vint le chercher en juillet 1942 afin de lui faire intégrer son GTE, première étape vers une livraison aux nazis. Il était absent, et put échapper, comme il put aussi y échapper un mois après alors les déportations allaient commencer. Sa femme était alors enceinte et sa fille naquit le 21 septembre 1942. Il rejoignit le Maquis Ventoux en 1943 grâce au contact que lui avait donné la personne chez qui la famille logeait. Sur la liste des membres du maquis établie par ses responsables avant les événements du 22 février, il apparaît avec la fausse identité d’Alfred Etter, avec deux parrains, Victor et Mathieu. En revanche, sans doute par précaution, il ne désigna aucun correspondant. Il appartenait à la 3e section du maquis (camp Koenig) et faisait partie de l’équipe de garde à Monteau (Eygalayes). Le maquis fut attaqué à l’aube du 22 février 1944 par un commando de chasse de la Lutwaffe et des auxiliaires français de la 8e compagnie Brandebourg. L’équipe de garde résista à un premier assaut, puis tenta une sortie ; quatre maquisards dont Alfred Epstein furent tués.
Sa dépouille fut transférée au cimetière juif d’Avignon le 8 décembre 1944 à l’initiative de l’UJRE (Union des juifs pour la Résistance et l’Entraide). Le convoi partit du siège de l’association, 22 rue des Infirmeries. Le 14 décembre suivant, l’UJRE intervenait auprès de Max Fischer qui avait été l’adjoint du colonel Beyne à la tête du Maquis Ventoux et qui était devenu sous-préfet. Elle signalait l’extrême dénuement de la famille Epstein et demandait à ce que sa femme, qui souffrait d’une maladie incurable, puisse bénéficier de la pension de veuve de guerre et que sa fille puisse être admise comme pupille de la Nation.
Alfred Epstein fut décoré de la Croix de guerre avec étoile de bronze à titre posthume avec citation à l’ordre de la division le 28 mars 1946. La mention « Mort pour la France » lui fut attribuée.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article183076, notice EPSTEIN Alfred [pseudonyme dans la Résistance : ETTER Alfred ] par Jean-Marie Guillon (à partir du travail de Robert Pinel et de Mémoire Résistance HB), version mise en ligne le 6 août 2016, dernière modification le 26 novembre 2020.

Par Jean-Marie Guillon (à partir du travail de Robert Pinel et de Mémoire Résistance HB)

SOURCES : Arch. dép. Drôme, fonds de l’AERD (dossier remis par le fils d’André Vincent-Baume). — Arch. dép. Vaucluse 47 W 49. — site internet Mémoire des hommes (AC 21 P 180210) — Claude Arnoux, Maquis Ventoux, quelques pages de la Résistance en Vaucluse, Avignon, Les Presses Universelles, 1974 et rééd. 1994, p. 88. — Association pour la Mémoire de la Résistance et de la Déportation dans les Hautes-Baronnies (Mémoire Résistance HB), La tragédie du maquis d’Izon-la-Bruisse, 22 février 1944, Eygalayes, 2013, p. 76-77. — Laurent Pascal, Maquis Ventoux, op. cit.— Joseph La Picirella, Témoignages sur le Vercors, 14e édition, 1991. 88. — Cdt Pons, De la Résistance à la Libération, rééd. 1987 270. — Témoignage Yadvashem.

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