CADEL Pierre, Jean, Lucien

Par Éric Belouet

Né le 3 août 1927 à Paris (Xe arr.), mort en juillet 2012 ; ajusteur, puis employé du Comité d’établissement Renault Billancourt ; militant de la JOC (1942-1950) ; syndicaliste CFTC puis CFDT, secrétaire général adjoint de la section puis du syndicat CFTC Renault, permanent de l’Union régionale parisienne CFTC-CFDT (1963-1971), secrétaire de l’UD-CFDT des Hauts-de-Seine (1969-1971), président de l’Union confédérale des retraités CFDT (1997-2000) ; militant du CAGI, de la Nouvelle gauche, de l’UGS, du PSU, puis du PS (1971-1986) ; conseiller municipal socialiste de Suresnes (Hauts-de-Seine) de 1971 à 1977.

<center>Pierre Cadel en 1991</center>
Pierre Cadel en 1991
[Coll. privée Pierre Cadel]

Son père, Gabriel Cadel, croyant non pratiquant, était issu d’une famille bourgeoise - il était le fils d’un ingénieur des Ponts et Chaussées et l’un de ses oncles était prêtre - et travaillait au Paris-Orléans (puis à la SNCF après la nationalisation des chemins de fer), successivement comme serrurier, chauffeur et conducteur. Il rejoignit ensuite la RATP où il travailla à l’entretien aux ateliers de Montrouge jusqu’à sa retraite anticipée en 1941. Il n’avait pas d’engagement politique et fut syndiqué à la CGTU lorsqu’il était cheminot. Sa mère, Louise née Nina, croyante pratiquante irrégulière, d’origine ouvrière - son père travaillait dans des blanchisseries à Paris, l’un de ses oncles, engagé dans les Brigades internationales, mourut en Espagne -, restait au foyer après avoir commencé à travailler à l’âge de douze ans dans une crémerie. Pierre Cadel avait un frère aîné et une sœur cadette. D’abord domiciliée à Paris, la famille s’installa à Orsay (Seine-et-Oise, Essonne) au début des années 1930.

Pierre Cadel fréquenta l’école primaire publique, obtint le certificat d’études primaires et le certificat complémentaire, puis entra en 1941 au centre de jeunesse Saint-Hippolyte à Paris (XIIIe arr.) où il effectua pendant trois ans un apprentissage d’ajusteur. Enfant, il avait appartenu aux Cœurs Vaillants et avait fréquenté le patronage. Au centre de jeunesse, il participa à un groupe jociste, assez informel en raison des circonstances (en zone nord, la JOC vivait alors dans la semi-clandestinité), et distribua à plusieurs reprises, par ce biais, les Cahiers du Témoignage chrétien, publiés et diffusés clandestinement. Mais le souvenir le plus marquant que Pierre Cadel disait conserver de la période de l’occupation concerne un événement plus dramatique : la direction du centre de jeunesse ayant fait savoir à ses apprentis qu’on recherchait des volontaires pour distribuer de la nourriture à des Juifs devant partir travailler en Allemagne, Pierre Cadel fit partie d’un groupe d’une dizaine de jeunes qui, le 17 juillet 1942, se rendit au Vélodrome d’Hiver. « Quand on est arrivés, on a vu les gens affolés partout, des femmes qui voulaient se jeter des gradins, des enfants. C’est ce qui nous a le plus étonnés, des enfants pour aller travailler en Allemagne. » (témoignage de P. Cadel, La Croix, 26 juillet 2000)

Ayant obtenu son CAP d’ajusteur en 1944, il connut alors une période de chômage avant d’occuper, pendant quelques mois, un emploi de rectifieur dans une entreprise de roulements à billes, la Compagnie des compteurs, à Montrouge, où il se syndiqua à la CFTC. Parallèlement, il poursuivit son militantisme jociste, cette fois à la section d’Orsay, puis au sein de l’équipe fédérale de Versailles.

Après une nouvelle période de chômage, Pierre Cadel se fit embaucher à la Régie Renault comme rectifieur à l’atelier (n° 29) de roulements à billes, place Nationale à Billancourt (Seine, Hauts-de-Seine). Il adhéra rapidement à la CFTC, prit part à la grève d’avril-mai 1947 qui fut désavouée par la direction de la CGT et devint délégué du personnel en 1948. Il participa également au groupe jociste qui avait vu le jour chez Renault. À la Libération, la JOC avait en effet mis sur pied un service national d’« Action au travail » qui, comme son nom l’indiquait, était destiné à implanter le mouvement sur le lieu de travail et qui rencontra quelques succès, notamment dans la métallurgie et aux PTT (avec les « Amitiés postières »). Ce service fut dirigé jusqu’en novembre 1946 par les permanents jocistes André Soulat* et René Delécluse*. Après son départ de la JOC, le premier cité ne tarda pas à devenir le principal responsable de la CFTC puis de la CFDT chez Renault. Sous l’impulsion de ce dernier, la section CFTC Renault se transforma en syndicat ; André Soulat* en devint le secrétaire général et Pierre Cadel en fut le secrétaire général adjoint.

En 1956, la CGT perdit la majorité absolue au comité d’établissement de Renault à Billancourt et fut obligée d’abandonner la moitié des postes d’employés au CE à d’autres organisations syndicales, dont cinq à la CFTC. C’est ainsi que Pierre Cadel démissionna de Renault en 1957 pour travailler au CE, où il s’occupa des colonies de vacances jusqu’en janvier 1963. Il y côtoya plusieurs anciens responsables jocistes, tels Pierre Boucault, Françoise Castelain et Maurice Montaclair*.

Pierre Cadel s’était marié le 8 juillet 1950 avec une militante jociste de Palaiseau (Seine-et-Oise, Essonne), secrétaire de profession. Le couple eut trois enfants (1951, 1952 et 1956) et divorça en 1980.

Sur le plan politique, Pierre Cadel s’était présenté aux élections législatives du 17 juin 1951 dans la 2e circonscription de Seine-et-Oise, en 2e position sur la liste dirigée par le président du conseil général, l’ex-MRP Henri Marty, l’une des listes progressistes et neutralistes présentées par le Cartel des gauches indépendantes créé entre autres par Claude Bourdet* et Gilles Martinet*, de L’Observateur, mais aussi des chrétiens comme Henri Grouès* (l’abbé Pierre) et Maurice Lacroix*. La liste sur laquelle figurait Pierre Cadel recueillit près de 5 % des voix. Lorsque, deux ans plus tard, ce qui n’était qu’un cartel électoral se transforma en structure permanente avec le Centre d’action des gauches indépendantes (CAGI), Pierre Cadel s’y engagea et suivit le processus qui devait conduire à la création du PSU en 1960, militant à la Nouvelle gauche (1954-1957), puis à l’UGS (1957-1960). Membre du PSU, il n’y resta que quelques années, lassé par les guerres de tendances qui secouaient le nouveau parti.

Pierre Cadel milita également en faveur de la paix en Algérie. Il fit partie des syndicalistes auxquels des membres du FLN travaillant chez Renault demandèrent de participer, à titre d’observateur, à la manifestation du 17 octobre 1961, et assista, impuissant, à une partie du massacre perpétré ce jour-là par la police française aux ordres du préfet Papon. La manifestation du 8 février 1962, au cours de laquelle neuf personnes, victimes elles aussi de la violence policière, trouvèrent la mort au métro Charonne, lui laissa un souvenir non moins douloureux, une hospitalisation et quelques côtes fêlées. Par la suite, il adhéra au Mouvement contre l’armement atomique (MCAA) fondé en 1963 par Claude Bourdet* et Jean Rostand*.

En 1963, après six années passées au CE Renault de Billancourt, Pierre Cadel devint permanent de l’Union régionale parisienne (URP) de la CFTC (devenue CFDT en 1964). L’URP, alors dirigée par Robert Duvivier*, souhaitait se réorganiser pour s’adapter au futur redécoupage des départements de la Seine et de la Seine-et-Oise qui devint effectif en 1968. Elle mit ainsi sur pied des équipes de secteur, puis des unions départementales à partir de 1969. D’abord chargé du secteur de la Boucle (s’étendant de Billancourt à Gennevilliers), Pierre Cadel fut ensuite secrétaire de l’UD des Hauts-de-Seine jusqu’en 1971, date à laquelle il quitta l’URP. La même année, il adhéra au PS né du congrès d’Épinay et fut candidat sur la liste socialiste conduite par Robert Pontillon* aux élections municipales de 1971 à Suresnes. La liste l’emporta et il fut conseiller municipal jusqu’en 1977. Il ne figurait plus sur la liste aux élections suivantes. En 1981, il fut candidat suppléant - le titulaire était Jean-Paul Bahri - dans la 10e circonscription des Hauts-de-Seine aux élections législatives, mais Georges Gorse*, maire de Boulogne-Billancourt, ancien socialiste SFIO converti au gaullisme, l’emporta dès le premier tour. Pierre Cadel quitta le PS en 1986.

De 1971 à 1973, il dirigea une maison de repos à Orléans (Loiret), puis redevint salarié du CE Renault où il resta pendant neuf ans au service des vacances familiales. Au cours de cette période, il fut, par intermittence, premier secrétaire de la section PS de Renault ; celle-ci regroupait 200 adhérents en 1975, alors que le PC comptait 2 000 adhérents répartis dans 84 cellules.

Parti à la retraite en 1982, dans le cadre des contrats de solidarité, Pierre Cadel adhéra l’année suivante à la section des retraités CFDT de Suresnes et se consacra dès lors pleinement à cet engagement. Responsable de sa section en 1985, il intégra l’équipe départementale en 1987, l’équipe régionale Île-de-France l’année suivante et en devint le président en 1989. Ayant intégré l’Union confédérale des retraités (UCR) en 1984, il en fut le président de 1997 à 2000. Son mandat achevé, il reprit des responsabilités locales ; en 2007, il siégeait encore au bureau de la section de Suresnes et représentait les retraités au CCAS.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18308, notice CADEL Pierre, Jean, Lucien par Éric Belouet, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 16 septembre 2018.

Par Éric Belouet

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Pierre Cadel en 1991
[Coll. privée Pierre Cadel]
[Coll. privée Pierre Cadel]

SOURCES : « Pierre Cadel. Renault : Tintin chez les Soviets », dans Solidaires, journal de l’Union régionale des syndicats d’Île-de-France, n° 373, novembre 1994, p. 52-53. — Laure Pitti, « Renault, la "forteresse ouvrière" à l’épreuve de la guerre d’Algérie », Vingtième siècle. Revue d’histoire, n° 83, 2004/3, p. 131-143. — La Croix, 24 mars 1975 et 26 juillet 2000. — Entretien avec l’intéressé, Suresnes, 27 juin 2007.

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