CADILHAC Élisabeth, Rose, Marie

Par Michèle Rault

Née le 3 septembre 1915 à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), morte le 13 juin 2005 à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) ; assistante sociale, femme de ménage, ouvrière d’usine ; membre de la JECF (1935), fondatrice de la JICF à Montceau-les-Mines (1938), membre de la Mission de France féminine (1944-2005), dénommée Équipes d’Ivry en 1966 ; militante CGT.

Fille d’un médecin-chef, employé par les Houillères du bassin de Blanzy, et cinquième d’une famille de sept enfants, Élisabeth Cadilhac reçut une éducation religieuse de ses parents, très pratiquants. Son père, « républicain », la sensibilisa à la condition ouvrière. Scolarisée à l’école libre des « Oiseaux », puis dans un pensionnat tenu par des Dominicaines à Dijon, elle échoua au baccalauréat. Confrontée à des problèmes de santé, elle dut renoncer à poursuivre des études et, revenue à Montceau-les-Mines, s’engagea dans l’Action catholique. En 1935, elle eut la charge d’un groupe de la Jeunesse étudiante catholique féminine et, en 1937, rédigea une brochure sur le rôle des conseillères dans un groupe de JECF. Puis, en 1938, voulant être « militante chrétienne dans son milieu », elle fonda un groupe local de la Jeunesse indépendante chrétienne féminine. Elle fut quelque temps chargée du secrétariat national de ce mouvement avec Marie-Louise Monnet, sa fondatrice. Par l’intermédiaire d’un prêtre de Saône-et-Loire, elle fit la connaissance de Louis Augros, supérieur du grand séminaire d’Autun tandis que, prenant conscience de l’absence de l’Église dans le monde ouvrier, elle cherchait à orienter sa vie.
En octobre 1941, Élisabeth Cadilhac décida de venir à Paris pour y faire des études d’assistante sociale et ainsi, « être avec les ouvriers ». Sur le conseil de Louis Augros, elle suivit en 1942 une retraite au séminaire de la Mission de France de Lisieux dont il était devenu le supérieur. Elle fit alors un stage d’assistante sociale dans une communauté de femmes chrétiennes et laïques, formée à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) par Madeleine Delbrêl*. Mais c’est la rencontre avec Émilienne Josset*, militante JOCF de Reims, qui fut décisive. Avec elle, Élisabeth Cadilhac fit partie de ce premier noyau de jeunes filles issues pour la plupart de l’Action catholique, qui cherchaient à vivre leur foi en partageant les conditions de vie, de travail et d’engagement des ouvriers et allaient fonder la Mission de France féminine. Elle participa aux « premières rencontres missionnaires » qui se tinrent à la paroisse Notre-Dame de Sion en présence notamment de Louis Augros et de Jacques Hollande, supérieur de la Mission de Paris. Le 20 novembre 1944, elle était envoyée « en mission ». Elle s’établit avec deux autres jeunes femmes dans une salle de classe désaffectée du XIIIe arrondissement de Paris.
Dans ce quartier, reçue parmi les premières à l’examen d’assistante sociale, elle exerça son métier au sein du Groupe d’action des services sociaux. Mais en mai 1945, peu à l’aise dans cette profession qui lui faisait faire des enquêtes dans le milieu ouvrier, elle fut licenciée. Elle voulait travailler en usine et, après avoir fait ménages et lessives chez les gens du quartier, trouva un emploi dans une fabrique de tubes de dentifrice. Après avoir vécu quelques mois dans l’équipe missionnaire de Bicêtre (Seine, Val-de-Marne), dans une ancienne boutique, en contact avec des prêtres-ouvriers, elle fit partie de l’équipe qui s’installa à Malakoff (Seine, Hauts-de-Seine) à l’automne 1945. Dans cette commune, elle continua à faire des ménages avant de trouver de l’embauche aux établissements Chromelux fabriquant limes à ongles et pinces à épiler. Avec ses coéquipières, elle habita d’abord dans une chambre d’hôtel puis dans une courée. Elle travailla de nuit et dans des conditions très difficiles. Elle participa à une première action syndicale menée par la CGT et vécut de près les grèves de 1947 dans lesquelles s’était engagé, aux compteurs de Montrouge, Henri Barreau*, prêtre-ouvrier de la Mission de Paris, avec qui elle et ses compagnes faisaient équipe.
En 1948, éprouvée par la vie en équipe et le travail en usine, elle dut prendre du repos au séminaire de Lisieux puis dans une maison familiale ouvrière du Jura, tenue par le frère de l’abbé Godin*. Elle passa enfin quelques semaines à Ivry-sur-Seine où étaient accueillies les jeunes femmes qui se destinaient à la Mission de France féminine. Elle vécut aussi quelque temps avec l’équipe de Colombes (Seine, Hauts-de-Seine), installée dans une baraque. En 1950, elle rejoignit celle de Limoges (Haute-Vienne) et trouva un emploi de femme de ménage. Deux ans plus tard, elle revint en région parisienne, à Gentilly (Seine, Val-de-Marne), et travailla pour une famille ouvrière. En 1955, elle fut embauchée comme ouvrière sur machine dans une fabrique de bouchons où elle tenta de monter une section syndicale CGT. L’usine fermée, elle retrouva du travail à Ivry-sur-Seine, aux établissements DECA, à la fabrication de petit matériel électronique. Licenciée pour rendement insuffisant, elle trouva un emploi d’OS aux établissements Facom (Gentilly) et se syndiqua à la CGT. Quelques mois plus tard, elle était à nouveau licenciée.
Le 1er janvier 1960, Élisabeth Cadilhac choisissait de s’établir dans une ville très ouvrière, à Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine) où se trouvaient plusieurs prêtres de la Mission de France. Faisant équipe avec Marguerite Gaulet* (elles furent jusqu’à cinq équipières), Élisabeth Cadilhac travailla à l’usine Mazda, alimentant les chaînes de montage, puis chez Hutchinson, usine de caoutchouc de près de 700 ouvriers. En 1962, malgré son désir de rester simple militante, elle accepta, au nom de la CGT, d’être déléguée du personnel et au comité d’entreprise. Elle mena de nombreuses actions dans les ateliers, mit en place des journaux de délégués et conduisit une action aux Prud’hommes après qu’un délégué syndical sénégalais ait été licencié. Elle fut déléguée de la Fédération de la Chimie à la Conférence internationale des femmes à Bucarest au mois de mai 1963 et suivit les cours d’une école syndicale en février 1964. Éprouvée par cette activité, malade, elle participa néanmoins aux grèves de mai 1968 dans l’usine Hutchinson qui allait fermer en 1970.
Elle retrouva du travail comme OS chez General Motors dans la commune de Gennevilliers, dirigée par une municipalité communiste, où elle avait choisi de venir vivre avec sa coéquipière en 1968. Elle militait à la CGT et donnait des cours d’alphabétisation dans le cadre du comité d’entreprise. En 1975, mise en pré-retraite pour raisons économiques, elle s’engagea à tenir les permanences juridiques de la CGT à la Bourse du travail de Gennevilliers, ce qu’elle fit jusqu’en 1995. En 1985, elle participa à la création de l’association gennevilloise pour l’initiative des retraités dont elle fut membre du comité directeur pendant quinze ans. Elle fut aussi un membre actif de l’association France-Palestine.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18317, notice CADILHAC Élisabeth, Rose, Marie par Michèle Rault, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 octobre 2008.

Par Michèle Rault

SOURCES : Arch. des Équipes d’Ivry, CAMT, Roubaix. — Témoignage d’Élisabeth Cadilhac.

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