TESTOR Yves, Henri, Mathieu [alias « Mathieu » dans la clandestinité]

Par André Balent, Gilles Morin

Né le 31 mars 1908 à Gaillac-d’Aveyron (Aveyron), mort le 14 janvier 2004 à Verrières (Aveyron) ; médecin ; prisonnier de guerre libéré en 1943 ; résistant à partir de 1943 (MUR, AS), responsable du maquis (AS) Arête-Saules ; militant et élu socialiste de l’Aveyron ; conseiller général (1945-1982) et maire de Séverac-le-Château (1947-1959, 1965-1985).

Yves Testor (1908-2004)
Yves Testor (1908-2004)
Centre-Presse, Rodez

Yves Testor était le fils d’Henri et d’Anna, Marie Carrols, instituteurs. Son père mourut des suites de la Première Guerre mondiale. Yves Testor fut adopté pupille de la Nation en janvier 1922. Il s’était marié le 22 juillet 1935 à Gabriac (Aveyron) avec Aline Carrols originaire de ce village aveyronnais et décédée le 6 décembre 2010. Le couple eut deux filles, Françoise et Annie.
Il fit des études secondaires au lycée de Rodez (Aveyron) puis de médecine, à la faculté de Toulouse (Haute-Garonne), et un an à Paris. Il obtint son doctorat en 1933. Il s’établit en 1934 comme médecin généraliste à Séverac-le-Château. Médecin de famille, il s’enracina dans la haute vallée de l’Aveyron, parcourant à cheval, dans la neige, les causses de Séverac et de Sauveterre afin de rendre visite à ses patients. Il fut aussi, en 1955, à l’origine de la fondation de la maternité de Séverac-le-Château qui fonctionna jusqu’en 1969 à son domicile, 18 rue des douves. Il prit sa retraite professionnelle en 1974.
Yves Testor débuta dans la vie politique en 1924 en adhérant au comité pour la campagne d’Édouard Herriot. Il adhéra à la Jeunesse socialiste SFIO en 1933. Membre de la section socialiste de Gaillac-d’Aveyron, il fonda, en 1936, celle de Séverac-le Château. La même année, il participa à la campagne de Léon Blum, candidat de la SFIO aux législatives à Narbonne (Aude). Son engagement politique fut marqué par son amitié à Paul Ramadier. À la Libération, il demeura membre de la SFIO. Il semble avoir adhéré au PSA en 1958. Mais cette adhésion, si elle fut effective, fut de courte durée. Il adhéra au Parti socialiste issu du congrès d’Épinay et en resta membre jusqu’à sa mort.
Il fut mobilisé en août 1939 comme médecin militaire. En juin 1940, il fut fait prisonnier par les Allemands à Dunkerque (Nord). Il resta pendant trois ans captif dans un camp sur les bords de la Baltique. Grâce à la complicité d’un médecin militaire allemand antinazi, il put être rapatrié sanitaire et fut de retour à Séverac-le-Château le 14 juillet 1943. Il s’engagea dans la Résistance (MUR et AS). L’AS avait été créée en janvier 1943 à Séverac. Elle avait subi un revers important avec l’arrestation, en mars, par les Allemands de l’un de ses responsables, Auguste Gazagnes. Yves Testor, peu après son retour de captivité, en prit la direction. Le groupe AS de Séverac fut renforcé par l’adhésion de réfractaires du STO. Avant même de devenir le maquis Libération, le groupe établit quatre terrains d’atterrissage (Valseur, Terrasse, Trapèze et Tricycle) et mit en place des groupes de sabotage. Repéré, le 28 février 1944, Yves Testor dut quitter son domicile de Séverac avec deux autres résistants séveragais et plongea dans une totale clandestinité
Le 1er juin 1944, Yves Testor a été le fondateur du maquis (AS) Libération plus tard nommé « Arête-Saules », du nom de deux résistants aveyronnais, membres du maquis, tués par les Allemands le 1er août 1944, dans une embuscade (René Dimonais, alias « Arête » et son chauffeur Roland Saules). Il devint une formation armée importante bien organisée, dans un département où les maquis étaient très nombreux. Dès juin 1944, il fut choisi par la mission interalliée qui parachuta, pendant la nuit du 12 au 13, de cinq personnes dont le major britannique Walter Stansfield et le commandant René Dimonais, alias « Arête ». Le maquis, installé près de Séverac, à la ferme de Gandaliès (commune de Lavernhe, Aveyron), eut donc, au plan départemental, un rôle stratégique de première importance puisque la mission avait deux objectifs principaux : accélérer l’unification des mouvements de résistance du département et, surtout, de leurs formations armées ; s’enquérir des besoins des divers maquis rouergats.
Dirigé par Testor, le maquis Libération se renforça pendant les semaines qui précédèrent la Libération, accueillant beaucoup de jeunes et finissant par intégrer la brigade de gendarmerie de Séverac et des gendarmes d’autres brigades. Il finit par rassembler deux-cents hommes environ bien armés, mieux, en tout cas, que beaucoup de maquis aveyronnais. Il opéra à plusieurs reprises de façon spectaculaire contre les forces d’occupation. Le 28 juin, il sabota un tunnel de la voie ferrée de Béziers (Hérault) à Neussargues (Cantal), près d’Engayresque entre Millau et Séverac, interrompant durablement la circulation des trains des troupes d’occupation. Le 23 juillet, près de la gare de Séverac, au lieu-dit la Roquette, le maquis sabota la voie ferrée dans la direction de Marvejols (Lozère), faisant sauter un pont et imposant aux troupes d’occupation le transbordement d’un train à un autre. Le maquis, posté en embuscade tua sept Allemands dont un officier et fit huit prisonniers. Toujours le 23 juillet, une section du maquis s’installa à la ferme des Albusquiés, dans la commune de Recoules-Prévinquières. Le 31 juillet, la maquis Libération attaqua une première fois une colonne allemande de ravitaillement au lieu-dit la Muraillasse à cinq kilomètres de Séverac, sur la route nationale n° 9 (aujourd’hui route départementale 809) reliant Séverac à Millau. Le maquis perdit un de ses hommes, Maurice Bourdon, mais infligea (sources résistantes) des pertes sévères aux Allemands (52 tués, 24 prisonniers). Il récidiva le 18 août, alors que les Allemands préparaient leur évacuation des villes qu’ils occupaient encore au nord et au centre du département, parmi lesquelles, principalement, Rodez. Ce-jour-là, il attaqua une colonne sur la route reliant Rodez à Millau, au bois de Tries, à 3 km à l’est de Viarouge. Le 19 août, il attaqua une autre colonne allemande au bois du Four, sur la route de Laissac (Aveyron) à Millau. Cette colonne quittait le département via Millau et le Larzac. Arête-Saules eut deux morts, Camille Claretto et Philémon Millau.
Entre temps, le 1er août, le maquis subit un revers, perdant dans un guet-apens le commandant René Dimonais, alias « Arête » et son chauffeur, Roland Saules, au lieu-dit la Cantaranne, sur la route nationale 88 dans la commune d’Onet-le-Château, (Aveyron). Il prit désormais le nom de maquis « Arête-Saules ». Toujours dirigé par Testor, Arête-Saules s’installa le 6 août 1944 à Coursac, au sud de la commune de Séverac-le-Château. Après la Libération de l’Aveyron le maquis Arête-Saules, harcela les colonnes allemandes qui refluaient vers le Languedoc méditerranéen et la vallée du Rhône, d’abord dans l’Hérault puis dans le Gard. Les Allemands empruntaient à cet effet, dès le 15 août, les routes du Larzac. Le 27 août, un groupe du maquis qui poursuivait des Allemands fit cinquante-et-un prisonniers au Vigan (Gard).
La colonne allemande partie le 20 août de Rodez fut accrochée fut accrochée par les maquis ardéchois et des éléments de l’armée américaine. Parmi les prisonniers se trouvaient des responsables du massacre de Sainte-Radegonde (17 août 1944), près de Rodez (Voir Sainte-Radegonde, Champ de tir (17 août 1944)). Ils furent exécutés sans jugement, le 3 septembre 1944. Devant l’émotion causée en Aveyron par le massacre de Sainte-Radegonde, Bernard-Henri Bonnafous, alias commandant Richard, de l’état-major départemental des FFI aveyronnais, donna l’ordre au maquis Arête-Saules de fusiller les prisonniers allemands que le maquis avait fait lors des combats de la gare de Séverac-le Château (23 juillet) et de la Muraillasse (31 juillet). Yves Testor refusa, dans un premier temps, d’obéir à cet ordre. Mais ayant reçu entre-temps un ordre similaire, le maquis Arête-Saules procéda à cette exécution extra-judiciaire. Neuf des soldats allemands exécutés furent enterrés dans huit tombes creusées dans un terrain privé à Coursac, près de Séverac. Yves Testor les avait signalés dans un de ses écrits du 26 novembre 1947. Ces corps transférés en suite au camp du Larzac (Aveyron) furent ensuite ré-inhumés en Allemagne. Cette exécution contraire aux lois de la guerre demeura longtemps du domaine de l’omertà. Rétrospectivement Testor et Bonnafous — dont on connaît le profond humanisme — en conçurent honte et remords. Richard Bonnafous reconnut les faits lors du colloque de Saint-Affrique (1993).
Yves Testor intégra, le 8 septembre 1944, avec son maquis, la Brigade légère du Languedoc (BLL) formée par des maquis de la R3 à partir des 80e et 81e régiments d’infanterie reconstitués avec les formations de l’AS, des FTPF et de l’ORA et commandée par Gilbert de Chambrun. La brigade légère du Languedoc intégra l’armée de De Lattre de Tassigny. Le maquis Arête-Saules fit partie, avec deux groupes — Libération et Péguy commandés respectivement par Bernard-Henri Bonnafous et Yves Testor —, le bataillon CFL de l’Aveyron de la BLL.Il participa à la campagne contre l’Allemagne de 1944 à 1945 (Bourgogne, Alsace, Allemagne).
Yves Testor gagna le siège de conseiller général du canton de Séverac-le-Château à toutes les élections de 1945 à 1976. Lors de son dernier mandat, il était vice-président du conseil général et doyen de cette assemblée. Déjà signalé comme peu assidu à l’Assemblée départementale par le préfet en 1961, mais « très populaire » dans son canton selon lui, il fut réélu SFIO en 1964, alors que, observait le préfet, il ne siégeait jamais à l’Assemblée départementale. Il n’en allait plus autant la décennie suivante, car il était noté comme « actif ». Au contraire, en 1976, présenté alors comme un opposant « pondéré » au projet d’extension du camp militaire du Larzac, il a été réélu une dernière fois à ce renouvellement de 1976, au premier tour avec 82 % des suffrages. Mais, d’autres sources indiquent qu’il fut, au moins pendant un moment favorable à l’extension de ce camp militaire, ce qui lui valut d’être contesté dans les rangs du PS aveyronnais. En 1982, il ne se représenta pas et un autre socialiste, le docteur Edmond Gros lui a succédé à l’Assemblée départementale.
Élu conseiller municipal de Séverac-le-Château en avril 1945, il occupa le fauteuil de maire de la commune en 1947-1959, puis en 1965-1985, laissant dans l’intervalle l’écharpe de maire à Eugène Seguin. Maire de Séverac, Testor contribua au développement de cette petite ville doté d’un centre ancien qu’il contribua à rénover mais qui était aussi un nœud ferroviaire qui perdit de son importance avec la baisse du trafic de la SNCF. En 1988, il intervint de façon énergique et efficace afin que le nouveau tracé de la RN 88 modernisée continuât de desservir Séverac avec un échangeur, dans la commune, avec la nouvelle autoroute A 75. Président d’honneur de l’association des Amis du château de Séverac, Testor lui fit donation, avec un bail emphytéotique, de la maison des consuls, édifice Renaissance de la vieille ville de Séverac, dont il était le propriétaire. Après avoir été réélu une dernière fois en 1983, il connut des difficultés au sein du conseil municipal. Il démissionna donc en cours de mandat en 1985 et laissa la place de premier magistrat à son adjoint, Raymond Viala.
Candidat aux élections législatives de novembre 1956, suppléant en novembre 1958, Yves Testor a encore été candidat aux élections sénatoriales de juin 1955 – où il obtint 185 voix sur 944 inscrits au premier tour et 328 au second – puis à l’élection sénatoriale partielle de juillet 1956 (il obtint 218 voix sur 932 exprimés) : il arriva en deuxième position derrière Robert Laurens, maire (CNIP) de Lacroix-Barrez (Aveyron), qui conserva son siège à la haute assemblée jusqu’en 1971. Testor fut désigné en 1974 président du groupe départemental des élus socialistes et républicains au conseil général de l’Aveyron. Yves Testor fut aussi un cinéaste amateur.
Ses obsèques religieuses eurent lieu en l’église Saint-Sauveur de la ville. Il fut inhumé à Séverac-le-Château au caveau du maquis Arête-Saules, aux côtés de son ami écossais Sir Walter Stansfield, parachuté en Aveyron le 13 juin 1944. Yves Testor avait présidé, en juin 1985, la cérémonie de ré-inhumation du Britannique dans ce caveau. Bernard Bonnafous, alias « commandant Richard » — chef adjoint de l’AS de la R3 puis chef des FFI de l’Aveyron — prononça à cette occasion son hommage funèbre. Le sénateur-maire de Séverac-le-Château, rappela son intervention décisive qui, en 1988, empêcha que le nouveau tracé de la RN 88 ne délaissât la desserte de Séverac-le-Château. Jean Puech (UDF puis UMP), président du conseil général de l’Aveyron et Jacques Godfrain, député (RPR) de l’Aveyron, étaient aussi présents à ses obsèques. Une place Yves-Testor fut inaugurée à Séverac-le-Château, près de la mairie, en août 2006, en présence de Bernard Bonnafous, de Jacques Godfrain député, de sa femme et de toute sa famille.

Il était chevalier de la Légion d’Honneur depuis le 13 juin 1945, fut élevé au grade d’officier le 28 août 1957 puis de commandeur le 1er janvier 1986. À cette occasion, eut lieu une cérémonie à Séverac en présence d’Henri Noguères, de Bernard-Henri Bonnafous ancien chef des FFI de l’Aveyron et de Bernard Ferrand secrétaire fédéral du PS de l’Aveyron. Il était aussi titulaire de la Croix de guerre avec étoile bronze 1939-1940, la Croix de guerre avec palme (13 juin 1945), de la King’s metal of courage du roi George VI (1946), de la Croix de guerre soviétique (1950), de la médaille du combattant volontaire de la Résistance et de la Croix du combattant (29 juin 1954), d’officier des Palmes académiques (1er février 1960).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article183333, notice TESTOR Yves, Henri, Mathieu [alias « Mathieu » dans la clandestinité] par André Balent, Gilles Morin, version mise en ligne le 19 septembre 2016, dernière modification le 29 mars 2021.

Par André Balent, Gilles Morin

Yves Testor (1908-2004)
Yves Testor (1908-2004)
Centre-Presse, Rodez
Yves Testor (1908-2004)
Yves Testor (1908-2004)
ONACVG Aveyron

SOURCES : Arch. Nat., F/1a/3228 ; F/1cII/143, 219, 255, 261, 287, 561, 737 ; F/1cIV/151 ; 19770359/18 et 23 ; 19830172/72 ; 19890523/10 et 13. 19780654/75. — Archives de l’OURS, dossiers Aveyron. — Arch. dép. Aveyron, 20 W 396 ; 324 W 529. — Archives A. Seurat. — Arch. FJJ/6EF73/2. — Profession de foi, législatives 1956. — État civil. — Centre-Presse, quotidien, Rodez, février 1986. — Midi-Libre, édition de l’Aveyron, 16 février 1986, 17 février 1986,16 janvier 2004, 18 janvier 2004, 31 août 2006. — La Lettre des amis du château de Séverac, 2004. — Bernard-Henri Bonnafous, La Résistance telle que l’a vécue Bernard-Henri Bonnafous octobre 1941-septembre 1944, texte présenté par Yannis Bautrait et Sylvie Caucanas, Carcassonne, Archives départementales de l’Aude, 2013, 115 p. — Richard [Bernard-Henri Bonnafous], contribution au colloque de Saint-Affrique (1er et 2 octobre 1993), "L’Aveyron en résistance. Les témoins et l’histoire", n° spécial de Résistance en Rouergue, juin 1994, p. 69-74. — Christian Font, Henri Moizet, L’Aveyron et les Aveyronnais durant la 2e guerre mondiale, Rodez et Toulouse, CDDP Rodez, CDIHP Aveyron, CRDP Midi-Pyrénées, 1995, 226 p. — Christian Font, Henri Moizet, Maquis et combats en Aveyron, Chronologie 1936-1945, Rodez & Toulouse, ONAC Aveyron, ANACR Aveyron, CRDP Midi-Pyrénées, 2e édition, 2001, 412 p. [p. 179, 201-202, 255, 265-266, 332, 333, 351, 363, 366, 375, 382 ]. — Christian Font, Henri Moizet, Construire l’histoire de la Résistance. Aveyron 1944, Rodez & Toulouse, CDDP Rodez, CDHIP Rodez, CRDP Midi-Pyrénées, 1997, 343 p. [pp. 225-229, 240, 316]. — ONACVG Aveyron, Le maquis Arête-Saules 1943-1944, collection Mémoires et patrimoine, n°5, dépliant, Rodez, s.d. — Site Aveyron Résistance consulté le 26 février 2016. — Lettre de Françoise Testor, fille d’Yves Testor, à André Balent, 2 novembre 2016. — Courriel d’Henri Moizet à André Balent, 14 octobre 2020.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément