CAGNE Bernard, Marie, Philippe

Par Nathalie Viet-Depaule

Né le 2 septembre 1924 à Dijon (Côte-d’Or), mort le 16 mai 2011 à Paris (XXe arr.) ; prêtre (1950), vicaire au Petit-Colombes (Seine, Hauts-de-Seine), prêtre-ouvrier ; ajusteur ; permanent syndical CGT (1965-1980), membre du comité exécutif fédéral (1966-1979) et du bureau de la FTM (1970-1979), secrétaire général de l’USM Île-de-France (1974-1980), président de l’Union fraternelle des métallurgistes (1980-1984).

Bernard Cagne, <em>Mémoires de l’IHS CGT d’Ile-de-France</em>, juin-août 2011, n° 17
Bernard Cagne, Mémoires de l’IHS CGT d’Ile-de-France, juin-août 2011, n° 17

Fils d’un cheminot au PLM, militant de la CFTC, et d’une mère sans profession, tous deux issus du monde rural, Bernard Cagne, deuxième enfant d’une famille de trois, grandit à Lons-le-Saunier (Jura). Scolarisé chez les Frères des écoles chrétiennes, il entra en 1936, avec le désir d’être prêtre, au petit séminaire de Vaux-sur-Poligny puis en 1943 au grand séminaire de Montciel à Lons-le-Saunier. Cette même année, l’ouvrage des abbés Godin* et Daniel*, La France pays de mission ?, lui révéla une autre façon d’envisager le sacerdoce. En juin 1944, il gagna le maquis pour fuir le STO, fit quelques missions en tant que FFI, puis s’engagea, en octobre 1944, dans la Division Leclerc (2e DB). Cet engagement le conforta dans l’idée d’exercer le sacerdoce de plain-pied avec les hommes. Démobilisé le 25 août 1945, il accepta pendant deux ans de poursuivre ses études à Montciel avec l’objectif d’obtenir l’autorisation de quitter le diocèse de Saint-Claude pour rejoindre le nouveau séminaire de la Mission de France à Lisieux. En juillet 1947, Bernard Cagne quitta Lons-le-Saunier pour Montreuil-sous-Bois, où André Depierre*, prêtre de la Mission de Paris, animait une communauté de chrétiens. Son choix était arrêté : travailler comme ouvrier pendant un an, puis achever sa formation de séminariste à Lisieux.

Embauché comme OS par la ferblanterie Weil, immédiatement syndiqué à la CGT, vivant dans un hôtel meublé, il découvrit le monde du travail et l’importance d’une véritable formation professionnelle. Après un apprentissage d’ajustage au centre Bernard Jugault, il trouva du travail chez Pernin où il resta jusqu’à son licenciement, en septembre 1948, pour activité syndicale. Il vécut ainsi un an à Montreuil, en pleine terre ouvrière, participant aux activités de la communauté d’André Depierre, très insérée dans son quartier et composée d’anciens jocistes, de Montreuillois, mais aussi de chrétiens venus d’ailleurs et soucieux de vivre l’Évangile dans une perspective missionnaire.

Après deux ans au séminaire de la Mission de France à Lisieux (1948-1950), Bernard Cagne fut envoyé dans la paroisse du Sacré-Cœur au Petit-Colombes, paroisse confiée aux Fils de la Charité où Louis Rétif était curé. C’est là qu’il fut ordonné prêtre le 24 décembre 1950 par Mgr Guyot. Tout en partageant les tâches paroissiales, il fit équipe avec Louis Bouyer* (prêtre du diocèse de Paris) et Jean-Dominique Warnier (prêtre de la Mission de France), habitant avec eux une « baraque » qu’ils construisirent non loin du Petit-Nanterre pour vivre la même vie que les ouvriers qu’ils côtoyaient. Il milita au Mouvement de la paix et devint rapidement un des secrétaires de la section de Colombes.
En octobre 1951, il fut embauché à la Société française de l’oxyde de zinc où il travailla en 3/8 pendant quelques mois, puis, souhaitant entrer dans une grosse usine, il réussit à tromper la vigilance des enquêteurs (qui ne surent détecter sa qualité de prêtre-ouvrier) et entra, en avril 1952, chez Simca à Nanterre. Il ne resta pas longtemps « incognito ». Un mois plus tard, le 28 mai, il était, avec Louis Bouyer, arrêté et matraqué au cours de la manifestation du Mouvement de la paix contre le général Matthew Ridgway à Paris. Tous les deux ayant déposé plainte pour coups et blessures, l’affaire souleva une vive polémique dans la presse. Elle valut à Bernard Cagne d’être licencié par la direction de Simca et d’être proposé par la CGT en 1952 comme délégué au congrès fédéral de la métallurgie à Lyon.

Après quelque temps de chômage, il trouva successivement du travail dans une fabrique de ressorts (Lachant et Quesnel), chez Erikson à Colombes puis chez Rateau à La Courneuve. Depuis l’été 1952, il avait décidé qu’il ne pouvait plus à la fois être attaché à une paroisse et travailler. Il quitta la paroisse du Sacré-Cœur et la « baraque » où il habitait. De vicaire-ouvrier, il devint prêtre-ouvrier et participa aux réunions hebdomadaires de l’équipe de la Mission de Paris et à celles de l’équipe nationale des prêtres-ouvriers jusqu’au 1er mars 1954, date à laquelle Rome demanda à tout prêtre-ouvrier de quitter son usine ou son chantier. Bernard Cagne choisit de rester à l’usine pour « être fidèle à la classe ouvrière ». Il garda des liens étroits avec quelques prêtres-ouvriers qui n’avaient pas obtempéré au diktat de la hiérarchie catholique et fit partie en 1957, avec eux, du groupe autour de Bernard Chauveau* rassemblant des « insoumis » pour essayer de maintenir un dialogue avec l’Église institutionnelle. Il se sépara de cette équipe après 1968. Sa vie se confondit dès lors avec celle de ses camarades de travail.

Secrétaire syndical CGT depuis 1953, il devint permanent (1965-1980) en étant membre du comité exécutif fédéral (1966-1979) et du bureau de la FTM (1970-1979), secrétaire général de l’USM Île-de-France (1974-1980) et membre du bureau de l’Union régionale Île-de-France (1974-1980). Il fut également président de l’Union fraternelle des métallurgistes (1980-1984) et membre du Parti communiste (1976-1984) sans cependant y exercer de responsabilités. À partir de 1984, une fois à la retraite, toujours syndiqué, il siégea au conseil national de l’Union fédérale CGT des retraités de la métallurgie.

Bernard Cagne s’était marié en 1974 avec Denise Guichot, secrétaire au service social du Centre CGT Suzanne-Masson.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18339, notice CAGNE Bernard, Marie, Philippe par Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 21 juin 2011.

Par Nathalie Viet-Depaule

Bernard Cagne, <em>Mémoires de l'IHS CGT d'Ile-de-France</em>, juin-août 2011, n° 17
Bernard Cagne, Mémoires de l’IHS CGT d’Ile-de-France, juin-août 2011, n° 17

ŒUVRE : Avec Louis Bouyer, Pour ceux qui ne pourront jamais parler et qu’on ne voudra pas croire, Colombes, poly., 30 mai 1952, 5 p. ; « Deux prêtres témoignent », Les Lettres françaises, 13-20 juin 1952. — Ruptures et découvertes, dactyl., sd (1966), 4 p. — La Lettre à François, 2 volumes, sl, 2004.

SOURCES : AHAP, Fonds Frossard, 2D1 2, 10 et 14. — CAMT Roubaix, 1993002/0002-0006. — Les Prêtres-ouvriers, Éd. de Minuit, 1954, p. 186-187. — Pierre Andreu, Grandeurs et erreurs des prêtres-ouvriers, Amiot-Dumont, 1955. — « Deux prêtres passés à tabac », La Vie intellectuelle, juillet 1952, p. 4. — La Documentation catholique, col. 1024, 1952. — Antoine Delestre, 35 ans de mission au Petit-Colombes 1939-1974, Le Cerf, 1977. — Robert Wattebled, Stratégies catholiques en monde ouvrier dans la France d’après-guerre, Éd. ouvrières, 1990. — Oscar L. Cole-Arnal, Prêtres en bleu de chauffe, histoire des prêtres-ouvriers (1943-1954), Éd. ouvrières, 1992. — Interview faite par Robert Dumont, le 14 avril 1999. — Charles Suaud, Nathalie Viet-Depaule, Prêtres et ouvriers. Une double fidélité mise à l’épreuve 1944-1969, Karthala, 2004, p. 32, 278-279, 374-378. — Entretiens avec Bernard Cagne.

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