LAVENANT Maurice, Joseph. Pseudonymes dans la Résistance : Dédé ou Madame Dédé

Par Jean-Marie Guillon, Robert Serre

Né le 21 juillet 1909 à Brest (Finistère), exécuté sommairement le 20 ou 22 août 1944 à Montélimar (Drôme) ; capitaine de gendarmerie à Digne (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence) ; résistant de l’Organisation de résistance de l’Armée (ORA).

Le capitaine Lavenant, commandant la gendarmerie des Basses-Alpes pendant la guerre, a été considéré par les résistants locaux comme un adversaire et un aventurier. Fêtard, il paraissait au mieux avec l’antenne du Sipo-SD de Digne à qui il rendit divers services.
À partir de quel moment changea-t-il d’attitude et se mit-il à jouer le double-jeu ? Il aurait été convaincu de servir la Résistance par l’animateur du réseau SOE Jockey dans le département, Josz dit « le pilote » (qu’il recherchait jusque-là) et son adjoint Fred Pascaud, représentant du réseau Jockey du SOE britannique (Special Organisations Executive) dans le secteur de Mezel (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence). Il prit contact aussi avec le commandant Chaumont, chef départemental de l’ORA qui hésita avant de l’accepter dans ses rangs. Il permit le 4 février 1944 au résistant Félix Deromas (Armée secrète) d’échapper aux Allemands après un attentat manqué à Digne contre un de leurs indicateurs. Il monta un stratagème pour faire libérer un membre de l’ORA arrêté par les Allemands en allant abattre un marginal, Auguerro, le 26 février, en le faisant passer pour un chef de la Résistance (et se blessa volontairement à la jambe pour faire croire à un combat). Il opéra à deux arrestations, avec les Allemands, le 15 mars à Bras d’Asse (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence), mais fit évader l’un des prisonniers le 23 mars en se faisant tirer sur le bras. Il participa à des interrogatoires de prisonniers et en tabassa au moins un pour donner le change. Il prit le maquis au lendemain du 6 juin 1944 et gagna celui de Thoard (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence) dont il fut considéré comme l’un des chefs. Ayant donné l’ordre aux gendarmes de rejoindre les maquis, il se retrouva le 15 juin, à Thoard, avec la presque totalité des gendarmes du département et des gendarmes du Var repliés à Digne, ce qui posa quelques problèmes logistiques.
Reconnu à un barrage de la Feldgendarmerie, il fut arrêté à Digne le 2 juillet 1944 alors qu’il se rendait à Entrevaux voir un médecin de la Résistance. Il était en uniforme de sous-officier de gendarmerie et était porteur d’un certificat de travail de complaisance au nom de Vincent délivré par le service du STO (Service du travail obligatoire) de Digne. D’après le responsable de l’antenne du Sipo-SD, il aurait été bien traité compte tenu de l’aide qu’il avait apportée dans la répression de la Résistance. Cependant, Maurice Lavenant tenta de s’empoisonner, mais il en fut empêché après un lavage d’estomac. Il fut remis au Sipo-SD de Marseille (Bouches-du-Rhône) le 9 juillet. Emprisonné aux Grandes Baumettes, il aurait été condamné à mort le 13 août 1944.
D’après un témoin, il aurait été gardé rue Paradis jusqu’au 15 août et embarqué le soir avec deux autres prisonniers, alors que les autres détenus étaient libérés. Il se retrouva dans le convoi de condamnés que les Allemands firent partir de Marseille le 16 août, après avoir libéré les autres prisonniers. Compte tenu des coupures de la voie ferrée, ce groupe de vingt-quatre prisonniers fut acheminé en train et à pied. Les Allemands libérèrent des prisonniers en cours de route, notamment six à Pierrelatte (Drôme), un était parvenu à s’échapper au Pontet (Vaucluse) et deux femmes avaient été laissées à la prison d’Avignon.
Les quatorze prisonniers restant furent exécutés à Montélimar, quartier des Meyères, le 22 août 1944 (les dates de l’exécution de ces hommes varient selon les sources et selon les membres du groupe entre le 20 août pour Robert Serre et le 24 août d’après son dossier au DAVCC).
Il reçut la mention « Mort pour la France » et a été décoré de la Médaille de la Résistance à titre posthume le 5 janvier 1959.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article183437, notice LAVENANT Maurice, Joseph. Pseudonymes dans la Résistance : Dédé ou Madame Dédé par Jean-Marie Guillon, Robert Serre, version mise en ligne le 14 août 2016, dernière modification le 18 octobre 2021.

Par Jean-Marie Guillon, Robert Serre

SOURCES : Interrogatoire Alfred Sehmisch par la Surveillance du territoire, 15 février 1945. —SHD 13P53, Journal de marche du commandant Chaumont.  Arch. Dép. Drôme, 132 J 25. — Arch. Dép. Vaucluse 177 J 29 (témoignage Josz). — Arch. dép. Bouches-du-Rhône 55 W 102 (cour de justice de Marseille, dossier Cabagno). — Mémoire des Hommes SHD Caen DAVCC 21 P 70848 et 21 P 587578, Vincennes GR 16 P 344140 (nc). — Daniel Bénédite, Un chemin vers la liberté sous l’Occupation. De Varian Fry au débarquement en Méditerranée. Marseille-Provence 1940-1944, Paris, Éditions du Félin, 2017. — Jean Garcin, De l’armistice à la Libération dans les Alpes de Haute-Provence 17 juin 1940-20 août 1944, Digne, 1983. — Jean-Christophe Labadie dir., La répression allemande. Basses-Alpes 1943-1944, Digne-les-Bains, Archives départementales/Conseil général des Alpes-de-Haute-Provence, 2014, p. 139-140.

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